‹ DupleixChapitre 178 sur 189 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

correspondance, s'aggravait par le mauvais état du commerce et par la disproportion qu'on trouvait entre les envois et les retours. La Compagnie calculait qu'elle avait envoyé quinze millions de plus que les retours ; mais Dupleix déclarait que de Pondichéry seulement il avait renvoyé des marchandises pour 31,000 marcs de plus qu'il n'avait reçu (•).

En 1754, la Compagnie écrivait encore qu'elle s'étonnait que des fonds envoyés il ne restât rien. Elle ne comprenait pas comment Dupleix pouvait dire qu'il avait renvoyé plus de fonds qu'il n'en avait reçu (2). Le bilan de l'Inde, envoyé en 1754, ne l'éclaira pas davantage. Un travail fait sur les livres de Paris par deux des syndics prouva qu'on devait avoir aux Indes un fonds immense; mais les lettres des comptoirs prétendaient qu'on y manquait de tout. * Il y a là un fait qui parait une énigme in- « compréhensible, » disait le commissaire Silhouette au garde des sceaux (3).

Dupleix n'en porta pas moins aux yeux du ministre, des directeurs et, par suite, du public, la responsabilité du maintien du dividende à un chiffre peu élevé, comme si les dépenses supplémentaires que sa politique occasionna avaient été la cause unique de l'état précaire des finances de la Compagnie. Or, pour les dépenses de la guerre, d'après une lettre de Dupleix, la Compagnie n'avait encore avancé, en décembre 1752, que dix lakhs, qui allaient être remboursés les premiers!*). Quant aux dépenses militaires supplémentaires , c'était bien peu de chose en comparaison de l'accroissement des revenus, et ce n'est pas tant là-dessus que sur la politique et les jaguirs que portèrent les critiques.

Il y avait eu, de très bonne heure, une opposition de principe très vive aux actes de Dupleix. C'est à l'année 1751 que remontent les premières propositions de rappel dirigées contre lui. Le 1" février de cette année, le commissaire du roi, Guignard de Saint- Priest, fut nommé intendant du Languedoc et remplacé par M. de

(1) Col. C*, 2« série, 316. 9150, 33.

(2) Fr., n. acq., 9145, 225. La Compagnie à Dupleix, 20 février 1754.

(3) Col. C* 40, 2o. Rapport de Silhouette à M. de Seychelles, 30 août 1754. Voir ci-dessus, ch. iv. Histoire financière de la Compagnie.

(4) Arch. Vers. E 3754, 50. Dupleix à Bussy, 9 décembre 1752.

Silhouette, chancelier du duc d'Orléans. Celui-ci avait résidé dix ans en Angleterre et en Hollande et passait pour avoir des idées sur le commerce. Il est constant qu'il y eut dès l'abord une sourde hostilité entre lui et son collègue Montaran. Le bruit en passa jusqu'à l'Inde. Montaran était un ami de Dupleix, cela suffit peut-être pour indisposer le nouveau commissaire. Comme tout le monde en France, celui-ci tenait pour la paix aux colonies et pour une politique purement commerciale ; mais il était orgueilleux, autoritaire, décisif, homme à système, et se déterminait sur des raisonnements plus que sur des faits. D'ailleurs, tout homme nouvellement en place cherche à se distinguer par quelque innovation. Silhouette travailla beaucoup;, s'instruisit du détail et, selon l'ordinaire des gens médiocres, se confirma dans ses vues, hostiles dès l'abord aux plans et à la personne même de Dupleix, dont il ne sut voir que les défauts. Il lui écrivit, le 20 décembre 1751, une lettre polie mais très froide, pour lui annoncer qu'il était nommé commissaire et ajouta qu'il espérait que llnde serait bientôt pacifiée. Rien n'y transparaît des dispositions plus que défavorables où il était et dont on va trouver la preuve.

Un des syndics, Delaître, avait adressé, vers le printemps de 1751, au contrôleur général un mémoire sur l'administration de la Compagnie ('), contenant les observations les plus justes sur le mauvais recrutement, la paresse, l'incapacité des directeurs et sur la régie dictatoriale des commissaires du roi. Quand on eut reçu les nouvelles de l'Inde, ce même syndic lui présenta, à la fin de 1751, un mémoire historique sur ce qui s'était passé depuis onze ans dans l'Inde (2). Il exposait, avec assez de précision et d'exactitude, les faits depuis 1738 jusqu'à la mort de Naser-Sing (décembre 1750). Il pensait que Dupleix présumait trop de ses forces et insinuait que l'amour de la gloire et la confiance en soi pourraient le porter à des entreprises téméraires. « C'était un rôle séduisant, pour un parti- € culier sorti du commun et devenu gouverneur de Pondichéry, « que celui de conquérant et d'arbitre de l'Inde. Il pouvait même

(1) Col. C* 37, 3. Observations sur le gouvernement passé et présent de la Compagnie des Indes.

(2) Col. C« 116, 148, Mémoire historique de ce qui s'est passé relativement aux affaires de la Compagnie des Indes depuis onze ans dans l'Inde.

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