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CHAPITRE II. ib

et rexnplara les quatre commissaires par un seul inspecteur général qui fut son frère Orry de Fulvy, maître des requêtes au conseil d'État (1). Il fut interdit à l'avenir à tout directeur d'exercer un commerce onéreux à la Compagnie, ce qui laisse supposer que les plaintes des actionnaires n'étaient pas sans quelque fondement.

La Bourdonnais, dans une lettre adressée en 1733 à M. de Moras, commissaire du roi, reprochait à la Compagnie de n'agir q^ue par bonds et par sauts, de commencer mille projets et de n'en finir aucun, de varier dans tous ses desseins et dans tous ses ordres : </ il semble, dit-il, que cet esprit d'inconstance provienne de l'incapacité (?). >

L'auteur inconnu de Six lettres sur le commerce en général et celui des Indes en particulier, dont la compétence administrative et commerciale est hors de doute, critique encore, vers 1749, la faiblesse de ses résolutions et le favoritisme qui préside à ses choix (3).

Il est parfaitement démontré par la correspondance de Dupleix et les notes des employés, dont nous parlerons plus loin, que cette critique est des mieux fondées. Les directeurs recommandaient impérativement les protégés des personnes en place et avaient euxmêmes de nombreux clients, parents ou amis. Le favoritisme serait évité, dit l'auteur des lettres, si l'on se résolvait au scrutin secret : « Il n'y aurait plus de luttes de personnes et Ion ne connaîtrait pas au dehors les noms des directeurs opposés à telle ou telle mesure. » Celte critique explique en partie comment le lôle des commissaires du roi fut si important. Les directeurs, petites gens en général et votant à haute voix, étaient privés de toute indépendance.

L'un des syndics nommés en 1748, Delailre, a fait, lui aussi, une critique sévère de l'administration centrale de la Compagnie (*).

Après avoir dit qu'il est malheureusement impraticable que le ministre des finances puisse régir lui-même la Compagnie, il

(1) Demis, IV, avertissement, p. 23. Edit du 23 janvier 1731.

(2) Lettre de La Bourdonnais à M. de Moras, syndic de la Compagnie, concernant les affaires de la Compagnie dans les Indes orientales, 1733. Col. C- 25.

(3) AflF. étr., fonds Asie, 13, 235.

(4) Col. C* 37, 5. Observations sur le gouvernement passé et présent de la Compagnie des Indes, 1751.

admet qu'il y faille préposer des négociants, vu leurs connaissances péciales. Mais, dit-il, « ils sont tentés de diriger le commerce de la Compagnie dans le sens de leurs intérêts particuliers. Ils deviennent souvent eux-mêmes, sous leur nom ou sous des noms empruntés, parties contractantes avec la Compagnie, et leur intérêt se trouve en opposition avec le sien. Ils placent tous les jours des parents, amis, créatures, dans les emplois de la Compagnie, se rendent, par là, maîtres de ses opérations et deviennent partiaux, soit en ordonnant de ce qui est à faire, soit en jugeant ce qui est fait. Les uns ont des déparlements, les autres n'en ont pas. Il n'y en a que quatre attachés à des départements. M. Saintard seul a celui des affaires contenlieuses, dont il est tout à fait incapable, et le détail de l'hOtel de Paris. M. Gilly seul a le détail de la caisse et des achats, M. Caslanier, qui lui est adjoint, ne faisant plus rien. M. Duvelaêr seul a celui des Indes, îles de France et de Bourbon, qu'il traite très superficiellement. M. David seul a celui du Sénégal, MM. Duvelaêr et David ont ensemble celui des armements, MM. Claessen et Michel sont aux ventes. Chaque directeur se renferme dans son département et ne se mêle point de celui d'un autre. Il làclie de se rend)-e l'arbitre du sien. Les directeurs qui n'ont point de département n'entrent point dans l'examen des affaires et s'en rapportent au compte qu'en rendent les directeurs chargés des départements ; les uns et les autres en général travaillent peu et se reposent sur les commis de toutes les recherches, mémoires et travail de quelque peine et longueur. Tous en général sont occupés de leurs affaires personnelles, de leurs vues particulières et très indifiérents sur les intérêts de la Compagnie.

« Les principes sur lesquels l'administration de la Compagnie a été organisée n'ont jamais été réfléchis ni arrêtés depuis M. Colberl. Il y a dans quelques-uns des membres de cette direction des talents, des connaissances et même, à ce qu'on croit, de bonnes intentions. Mais les commissaires du roi, par leur autorité, ôtent à la direction sa liberté et découragent quiconque ne leur est pas attaché particulièrement de rien proposer ni tenter. La direction, cependant, conserve assez de part dans l'administration pour traverser les commissaires dans le bien qu'ils vou-

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« (Iraient faire, et le rendre très difficile dans l'exécution. Chaque « administrateur en particulier ne peut pas faire grand bien, mais « il peut faire beaucoup de mal à la Compagnie. »

Les directeurs étaient ordinairement rivaux et jaloux les uns des autres, et portaient la division dans l'administration. Lorsqu'ils se ménageaient, le sacrifice des intérêts de la Compagnie était le principe de leurs égards respectifs.

Les directeurs choisis parmi les employés revenus de llnde connaissaient certainement mieux les aiïaires, mais ils ofïraient cet inconvénient d'avoir presque toujours fait un grand commerce dans l'Inde, d'y avoir des alliances ou des amitiés. Il en résultait des inlérèls particuliers auxquels le nouveau directeur était porté à sacrifier ceux de la Compagnie. D'ailleurs, il ne pouvait censurer de Paris ce que lui-même avait fait dans l'Inde (^).

t Les syndics, ajoutait Delaître, ont été institués précisément « pour parer à cela et pour répondre au public et au roi de la « bonne régie des directeurs ; mais on doit les choisir très intelli- « gents et parmi les gros actionnaires, autrement il vaut mieux « s'en passer, car ils ne feraient qu'augmenter et consacrer les « abus. Rien n'est plus funeste que d'enlever par leur autorisation « toute responsabilité aux directeurs qui sont les maîtres et qui « peuvent avoir d'ailleurs des liaisons d'intérêt avec les syndics; « les deux seuls syndics qui aient suivi les affaires depuis 1744, « MM. Colabeau et Yerzure, n étaient pas actionnaires, M. Colat beau était même intéressé de la Compagnie de Suède. »

Quant au commissaire du roi, il était le véritable maître de la Compagnie : le public s'adressait à lui, il faisait toute la correspondance avec les ministres. Parmi les directeurs, ceux qui, par leur rang, auraient pu partager l'autorité, ne se mêlaient de rien, d'autres n'osaient et ne pouvaient en réalité faire opposition, d'autres enfin croyaient avoir intérêt à établir et à soutenir son autorité, parce qu'ils aimaient mieux rendre compte au commissaire qu'à des administrateurs actionnaires et éclairés. Enfin, l'exemple de MM. de Fulvy et Rouillé, qui avaient été maîtres absolus de la Compagnie, invitait encore le commissaire du Roi à agir de même.

(1) Col. C2 37, 6. Mémoire de Deluître.

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Il fallait donc distinguer, dans l'administration de la Compagnie, deux régies : l'apparente, par laquelle la direction ordonnait de tout, répondait de tout; la réelle, qui était celle du commissaire du Roi.

Or, un maître de requêtes, qu'on nommait commissaire, arrivait toujours très ignorant des affaires de la Compagnie et souvent de celles du commerce en général. Il avait donc besoin de quelque directeur pour le conduire et l'éclairer. C'étaient les moins attachés aux intérêts de la Compagnie qui étaient les plus empressés à s'offrir de le servir, et il courait grand risque de tomber en de mauvaises mains.

Les commissaires avaient d'ailleurs une fortune à faire et pouvaient se llatter que le poste qu'ils occupaient les mènerait aux premières places. Combien de gens avaient-ils intérêt à ménager, à obliger, sans examiner scrupuleusement ce qui était de l'intérêt de la Compagnie ! Leurs intérêts d'ambition ou de crainte les y in- \itaient, et leur intérêt pécuniaire ne s'y opposait jamais, puisqu'ils n'étaient point actionnaires.

« S'il y a deux commissaires (i), dit encore Uelaître, ils peuvent t être divisés, et alors tout devient atTaire de parti dans la direc- « tion, on perd de vue l'intérêt général, l'intérêt particulier en « profite, les critiques sont justifiées de tout point. » Précisément, en 1731, les commissaires du Roi, MM. de Montaran et de Silhouette, étaient divisés. Les amis et créatures du premier, maîtres par lui de la Compagnie, le soutenaient par intérêt. Son caractère, qui n'était pas de suivre et d'approfondir, leur plaisait beaucoup mieux que celui de son confrère. Le syndicat était nul. Les syndics n'avaient ni correspondance entre eux, ni les connaissances, ni l'esprit nécessaires à des administrateurs principaux, ni l'application, ni le zèle qui auraient pu en partie y suppléer.

t Un des grands défauts du gouvernement passé, dit en concluant f le syndic, a été que les administrateurs n'eussent aucune espèce

(Ij II y en eut deui ù partir du départ de Fulvy en 1745, Rouillé et Monlaran. M. de Saint-Priest fut commissaire adjoint sur la demande de Montaran 1749 fGodeheu à Dupleix, 16 juillet 1749. Fr., n. acq , 9148, 242). Il fut remplacé par Silhouette, février 1751 (Godeheu à Dupleix. 2 février 1751, Fr., n. acq., 9148, 252 .

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