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CHAPITRE XIV

tainement l'idée des ordres secrets qu'il donna plus tard à Godeheu.

Machault, plus pondéré, n'agréa pas d'abord ces propositions, qui furent pourtant connues des directeurs formant le comité des Indes, ou comité secret chargé d'étudier les affaires de ce pays. C'étaient Colabeau, Castanier, Godeheu, Duvelaër. Sur ces quatre hommes, trois au moins devaient être mal disposés pour Dupleix : le vieux Castanier, pour quelque discussion d'argent avec lui à propos du commerce d'Inde en Inde et pour la lenteur qu'il mettait à le rembourser ; Godeheu, que Dupleix même estimait instruit et porté pour le bien public, par naturelle bassesse d'âme, et Duvelaër, qui avait la haute main sur ce département, par la jalousie ordinaire aux hommes médiocres contre les hommes de talent. Les dispositions du commissaire du roi, que les directeurs avaient coutume d'observer pour s'y conformer en courtisans, vinrent sans doute corroborer les leurs, et tous suivirent leur passion en la couvrant du prétexte dont on leurre les honnêtes gens, le bien public. En dehors de sa famille et de ses amis, Dupleix ne fut pas défendu; il n'eût trouvé dans la direction que Montaran pour le soutenir, mais celui-ci n'accepta jamais ses plans et fut, d'ailleurs, laissé en dehors des affaires importantes, à cause de son amitié connue pour le gouverneur. Il ne sut jamais rien de plus que le public.

Les mesures politiques qui devaient, pour le malheur de la France, s'exécuter en 1753, s'esquissent donc dès 1751. Il a été dès lors question du rappel de Dupleix. En 1752, Delaître, qui paraît décidément être le conseiller ou le porte-parole de M. de Silhouette, présente à Machault un mémoire sur un projet d'union avec la Compagnie anglaise (t). Il consistait à fixer à perpétuité les possessions des compagnies, à ne fonder ou à ne fortifier dans l'Inde aucun établissement nouveau (art. 3), à renoncer à tout traité de commerce exclusif. On s'engagerait réciproquement à ne pas se mêler aux affaires des princes du pays (art. 6), à ne pas s'attaquer aux Indes en cas de guerre en Europe. On voit reparaître ici une idée de neutralité réciproque qui datait de 1744 et que le ministre

(1) Col. C* 38, 74. Mémoire sur les inconvénients pour les trois Compagnies française, anglaise et hollandaise de leur mésintelligence dans l'Inde.... Projet pour le rétablissement et le maintien de l'union, 3 juillet 1752, par Delaître à Machault. Renvoyé à Silhouette par le ministre.

Puisieulx n'avait pas voulu reprendre en 1750, malgré les prières de la Compagnie.

Au commencement de 1753, après l'arrivée du Dauphin (décembre 1732), qui apportait les correspondances de l'Inde en date de février précédent, un directeur, probablement Duvelaër, remit un mémoire inspiré des idées que Delaître et Silhouette faisaient prévaloir dans le comité secret (0. Il y disait que les Anglais, très jaloux de leur commerce, ne souffriraient jamais la prépondérance des Français, qu'après tout ils défendaient dans l'Inde la politique d'équilibre qui était de règle en Europe. Il admettait l'abandon du Carnate et de Masulipatam, le maintien de Mébémet-Ali et même le don de quelques aidées aux Anglais, pour que nous puissions garder Karikal. Il proposait que chaque Compagnie nommât un commissaire qui devrait partir en avril 1733. Il faudrait nommer un homme doux, d'un commerce aisé, intelligent et incorruptible. Dupleix, dont l'esprit entier et l'animosilé contre les Anglais était connue^, serait suspendu de son gouvernement, et l'on comptait que ce désagrément l'engagerait à revenir en France. On voit que ce directeur était prêt à toutes les concessions, et que, s'il désapprouvait Dupleix de ne pas aimer les Anglais, il trouvait très légitime que les Anglais ne nous aimassent pas.

Un autre mémoire du 13 mars 1753, dont l'auteur est très bien informé par des lettres particulières et appartient aussi à la direction, demande qu'on rappelle Dupleix, qui est haï de tout le monde, qu'on offre la paix sans la solliciter, que dans les conditions on montre également de la fermeté et de la douceur, qu'on se contente des limites dont nous avons besoin, et qu'on prévienne les demandes en rendant généreusement toutes les terres, villes, etc., qu'on nous a données ou que nous avons prises (2).

Ces idées paraissent peu ordinaires. Si elles pouvaient être proposées sérieusement à l'examen du ministre, c'est que les nouvelles

(1) Col. C* 39, 73. Mémoire sur la situation de la Compagnie d'après les nouvelles du Dauphin (décembre 1752). Le mémoire pourrrait être de Godeheu ou de Duvelaër. L'auteur, en effet, est un directeur, connaît bien Dupleix et a connu Lenoir aux Indes. Mais l'auteur est plus large sur les concessions que ne le fut Godeheu.

(2) Col. C* 39, 49. Mémoire sur les affaires de l'Inde, 13 mars 1753. Renvoyé par Machault à Silhouette. Il est sans doute du directeur Michel.

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