III PREFACE
qu'il est de leur intérêt d'accepter le secours de nos troupes contre la turbulence de leurs sujets ou les invasions de l'étranger.... Grâce à la mauvaise adininisiraliun des gouvernements indigènes, la solde de ces troupes demeurerait toujours en ariière. La dette envers la Compagnie grandirait donc en même temps. Il serait facile d'ohlenir du prince des concessions de territoires en paiement, ou la mission de percevoir les impôts avec une délégation de la toute-puissance. D'allié du nabab, on en deviendrait alors le protecteur... La perspective d'un duel avec l'Angleterre n'inquiète Dupleix (|ue médiocrement : cela rentre dans ses calculs {').... Mais l'œuvre de préparation était multiple et longue. Il fallait d'abord réorganiser l'administration de la Compagnie, fortifier Pondichéry, créer une armée.... La seconde partie de la tâche était la plus délicate. Comment arriver à nouer des rapports avec ces nababs entourés d'un luxe éblouissant, hauts comme les monts?.... Avec sa connaissance du caractère hindou, Dupleix comprit que la premièie condition pour réussir, c'était de se présenter dans les négociations non pas comme un marchand, mais comme un officier du Grand Mogol. Dupleix va donc se revêtir des insignes du pouvoir hindou, et, par bonheur, il n'a qu'à les ramasser dans les archives de la Compagnie. Il entreprend un voyage au Bengale pour se faire reconnaître comme nabab de Chandernagor C^).... Il veut instruire son embryon d'armée; il étudie les moyens d'assurer le recrutement des ci payes. »
Ainsi Dupleix a tout prévu, tout préparé. « Disgracié en 1724, « dans sa sfditude, il songeait déjà à la conquête de l'Inde. » Toute sa conduite est dès lors présentée comme la suite d'une volonté inflexible et divinatrice, et l'historien salue en lui « l'un des plus « grands génies du xviiie siècle (3). » Mais bientôt la fortune l'abandonne : « Il n'y avait dans l'assemblée des directeurs aucune * énergie, aucune intelligence; la lâcheté et l'avarice y régnaient « seules. Et cette assemblée était souveraine! Le ministère, aussi « borné que le conseil des directeurs,.... n'avait que du dédain
(1) Ouvr. cité, p. 16.
(2) Ibid.. p. 18.
(3) Ibid., p. 317.