‹ DupleixChapitre 3 sur 189 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

« pour ce qui se passait aux colonies.... On envoya Duvelaër à « Londres pour s'entendre avec le cabinet de Saint-James. Les di- « plumâtes de la Grande-Bretagne manœuvrèrent pour obtenir le « rappel du politique qui leur inspirait tant d'alarmes (';. Ils dé- « darèrent qu'ils ne feraient aucune difficulté pour rappeler Saun- « ders, mais qu'ils demandaient en retour qu'on i-elevàt Dupleix « de son poste. Ni Duveiaëi-, ni l'incapable Mirepoix, l'ambassa- « deur de France, ne soupçonnèrent le piège ('). On conclut avec « l'Angleterre une convention dont les termes impliquaient le rap- « pel des deux gouverneurs.... Dupleix était condamné ('). »

Je n'éprouvais nulle défiance devant cette épopée triomphale et douloureuse oîi Dupleix, conquérant d'un empire, succombe par la honteuse faiblesse de ministres tremblants devant l'Angleterre : elle se déroulait même avec une logique apparente, le génie ne l'emportant d'ordinaire qu'au jugement de la postérité.

Et pourtant il demeurait étrange que les directeurs de la Compagnie des Indes, à défaut des ministres, eussent méconnu en lui un mérite qui nous apparaît à nous si éclatant. On les accusait, il est vrai, d'ignorance, d'avarice, de jalousies mesquines, mais quels faits ces mots cachaient-ils? Même les gens passionnés ou haineux cherchent des excuses à leurs vengeances ou à leurs bassesses ; presque toujours l'intérêt public leur sert de prétexte. D'ailleurs les hommes placés à la tête des grands services d'un État, s'ils sont de valeur inégale, sont rarement sans valeur : leurs fautes s'expliquent par leurs vices ou leurs préjugés, non par leur sottise. Les gens du xvm^ siècle ne nous étant pas inférieurs, que je sache, on devait supposer que certaines raisons avaient pu empêcher les directeurs d'approuver ou même de comprendre les idées de Dupleix.

Savait-on, par exemple, si les principes de la Compagnie, la nature de son administration, la puissance de ses ressources lui permettaient de suivre une entreprise hardie, coûteuse et longue? Ne pouvait-il enfin s'être rencontré d'autres obstacles que l'ignorance ou la mauvaise volonté des directeurs? C'est ainsi que les défaites et les victoires d'une armée s'expliquent mieux si l'on observe son

(1) Ouvr. cité, p. 280.

(2) Ibid., p. 281.

(3) liid., p. 282.

Page 1