CHAPITRE II
mery, a 5 lieutenants, 4 enseignes en pied, 4 enseignes surnuméraires, soit 14 officiers; il en est de même du Mwhault. \J Auguste^ capitaine Médard, a 2 lieutenants, 4 enseignes et 4 surnuméraires, soit H officiers. Ainsi les premiers ont 14 officiers et le troisième 11, au lieu des o réglementaires. Quelle que soit l'augmentation prévue à cause de l'état de guerre, il y a surnombre, car le Lassay de la même escadre n'en a que 8, le Geraldus 7, le Rouillé et VEspérance 7 seulement; ces vaisseaux étaient tous du port de 5 à 600 tonneaux. Cela se traduisait par des dépenses de traitements, d'entretien, de port permis, qui finissaient, après une campagne de vingt mois, par s'élever très haut.
Recueillons maintenant les dépositions des témoins qui ont vu ces officiers dans l'exercice de leurs fonctions. Il n'est pas mauvais de remonter un peu en deçà de la date de 1718; on sait la puissance des habitudes et combien il est difficile de corriger des abus traditionnels, d'autant plus que le corps d'officiers se renouvelait lentement. Or, nous trouvons dans la correspondance d'Hébert, envoyé aux Indes comme gouverneur en 1706, des renseignements intéressants sur la manière dont fonctionnaient à Lorient les armements et la marine de la Compagnie.
Il écrivait aux directeurs : « Vous aurez un journal de voyage de « Boisloré (capitaine du Maurepas) qu'il fait faire par son pilote et « dont il se dira l'auteur, mais il ne passe pas pour navigateur, et « c'est une chose des plus étonnantes que la Compagnie donne un (' de ses vaisseaux à commander à un homme qui n'est pas capable « d'être pilotin, mais il a trouvé un protecteur dans la Compagnie, « et c'est assez (0. »
Puis, exposant ses réflexions sur le service en général, dont les abus lui apparaissaient sans doute pour la première fois, il recommande de construire des hangars à Lorient pour abriter les marchandises et pour éviter les vols. Il dénonce l'adjudicataire de l'armement Verdier, employé infidèle qui a 600 livres par an et qui s'est fait, en six ans, 30 ou 40,000 écus d'économies. « Il faut le « remplacer par un honnête homme, un maitre d'équipage, pourvu
(1) Col. C- 68, 55 et suivants. Hébert aux directeurs, à bord du Maurepas, en rade de la Concepcion ^Chili), 31 décembre 1706.
qu'il ne soit pas Provençal. Il faut nommer les capitaines avant le radoul) pour qu'ils soient présents aux travaux, ainsi que les écrivains, pour (|ue ceux-ci reçoivent les fournitures et assistent aux adjudications. Il faut faire travailler au radoub le charpentier du vaisseau, qui a intérêt à ce que ce soit bien fait; autrement, il y a intelligence entre le commis de la Compagnie et le maître charpentier pour faire payer cher ce qui a été fait légèrement. Ainsi, le gouvernail de l'Aurore était pourri, quoique déclaré bon, et il est tombé en pleine mer. Il a fallu remplacer les mais du Saint-Louis, déclarés bons pourtant par le maître mâteur du roi, qui est de connivence. La Toison d'or, radoubée entièrement à neuf, a eu une voie d'eau au bout de quinze jours de voyage, et l'on a trouvé la préceinte si pourrie, que les clous n'y tiennent pas.
« Pour les vivres, l'adjudicataire devait fournir du bœuf désossé : il a fourni moitié bœuf désossé, moitié avec os. D'ailleurs, on pèse les bœufs dès leur abatage, et la Compagnie paie ce poids total, tandis qu'on ne devrait payer que le poids de la viande en barils, comme dans la marine du roi. Les plus belles pièces disparaissent par la connivence du commis et des bouchers ; le biscuit est mis en soutes et après l'on déclare la quantité au capitaine; il conviendrait qu'il ne fût embarqué qu'après réception par l'écrivain. La chandelle, vendue pour moitié cire, n'en contient que trois onces à la livre. La farine de Bretagne est mêlée de gravier; on la garde dans des futailles trempées d'eau de mer, ce qui ne vaut rien. Les moutons qu'on a embarqués ne pesaient que 10 à 12 livres quand on a voulu les manger. On a embarqué 600 poules par vaisseau. La moitié sont mortes de maladies ou d'accident ; 250 poules, dans des cages plus grandes, suffisent. »
Il critique aussi la composition des équipages. « Il y a, dit-il, dans chaque vaisseau, 9 ou 10 pilotins embarqués par faveur, l'un recommandé par le gouverneur, l'autre par le capitaine du port, celui-ci par un ami, celui-là par Madame une telle. Les équipages aussi sont trop forts : on donne 5 hommes par chaque canon, 3 suffisent. D'ailleurs, on compte le Maurepas à 50 canons; il n'y en a pas la moitié en batterie, à cause de l'en-