CHAPITRE II
temps. A vrai dire, on ne savait guère en France en quel état pouvaient être les comptoirs.
Lenoir revint dans l'Inde avec le capitaine Desboisclairs. Ils devaient conférer ensemble sur l'état des établissements et les changements à y introduire pour le bien du commerce • . En outre, tandis que Desboisclairs élaborait une série de règlements pour les vaisseaux en relâche dans l'Inde, Lenoir rédigeait, d'accord avec lui, un long mémoire sur l'état de la colonie, qui est une description plutôt qu'un plan de réorganisation. Nous avons là un tableau assez précis de ce qu'elle était en 1727 ^2).
Pondichéry, établissement principal et siège du conseil supérieur, n'avait encore qu'une citadelle datant de 1706 et des remparts commencés depuis 1724 et inachevés. Sauf sur deux cents toises où elle avait la hauteur prévue de seize à dix-sept pieds, on avait laissé la muraille à neuf ou dix pieds seulement, de peur d'inquiéter les princes du pays. La partie du sud, depuis le fort Sans-Peur jusqu'à la mer, étant défendue par la citadelle, devait être entourée en dernier lieu. La dépense avait atteint 13,000 pagodes (3) : on estimait qu'il en faudrait encore autant. On l'avaitcouverteen partie par une contribution de la Compagnie, en partie par le produit des amendes et des taxes spéciales sur les employés et les Malabares.
Les revenus consistaient dans les fermes du tabac, du bétel, de l'araque, et dans le change des monnaies : le tout valait par an 7,390 pagodes. La ferme des aidées dépendant de Pondichéry, Ariancoupan, Mourougapatam, Oulgaré, montait à 2.750 pagodes ; le droit d'entrée de 3 % ad valorem sur toutes les marchandises, le droit de sortie de 1 °/o rapportaient environ 8,000 pagodes. La dépense totale du comptoir était de 137,132 livres.
La Compagnie avait une loge à Masulipatam, et à Yanaon un petit poste qui dépendait de la loge. Au Bengale, sur la rivière, à deux lieues de la rade de Balassor, se trouvait un établissement où
(1) Col. C* 74, 167. Dupleix au contrôleur général, 8 octobre 1727.
(2) Col. C* 74, 261. Mémoire sur l'état des établissements de l'Inde en 1727, par Lenoir d le chevalier Desboisclairs. Pondichéry, 6 octobre 1727.
(3) Valeur intrinsèque de la pagode : 5 1. 50 (Cossigny, Lettre critique sur l'histoire des Indes de l'abbé Guyon. Paris, 1744). Valeur relative au change, ordinairement 8 1. 10 s., parfois 4 roupies, soit 10 livres.
l'on entretreoail un employé et les gens nécessaires pour garder les bots ou bateaux des pilotes. La dépense était jointe à celle de Chandernagor. Ce dernier comptoir, dont les aidées rapportaient 9 à 10,000 roupies, coûtait 58,600 livres par an. A quarante lieues en amont on faisait garder par deux pions la loge de Cassimbazar dont on ne se servait plus.
Calicut, jadis le principal établissement de la Compagnie sur la côte de Malabar, était presque abandonnée depuis la fondation de Mahé. Quelques employés y résidaient pourtant encore pour garder la loge et les magasins. Mahé, occupé en 1721, avait déjà coûté des sommes considérables. « L'alïaire était incompréhensible, » disait Desboisclairs. « La Compagnie semblait s'en être fait un point « d'honneur, et les dépenses déjà faites étaient une raison de ne « point l'abandonner. On y avait envoyé un ingénieur, le sieur Dei- « dier, qui évaluait à plus de 130,000 piastres les dépenses à y faire « pour le fortifier. On y entretenait, en 1727, une garnison de « 350 hommes, un major et un ingénieur qui, avec les autres em- « ployés, coûtaient annuellement 90,696 livres (i). «
Le comptoir de Moka n'était qu'un magasin installé dans des bâtiments loués, et celui de Surate était abandonné, faute d'avoir pu payer les dettes de la Compagnie.
Lenoir, le nouveau gouverneur, avait reçu des pouvoirs que Desboisclairs trouvait excessifs. « Il faut, disait celui-ci, y mettre « des bornes justes et raisonnables, et mettre le conseil supérieur « dans l'exercice libre de ses fonctions (2). »
C'était d'autant plus nécessaire que, par une lettre des directeurs au conseil supérieur, en date du 12 décembre 1724, on voit que leur intention était de faire de Pondichéry le comptoir principal de
(1) Mémoire de Lenoir et Desboisclairs, Col. C* 74, 261. État de la dépense de Mahé, f. 265-268.
Etat-major : 7 officiers; 3 compagnies d'infanterie comprenant chacune : 1 capitaine. 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 4 sergents, 6 caporaux, 6 anspessades, 60 soldats blancs, 2 tambours, 1 fifre, 1 caporal et 54 soldats topas; 1 maître canonnier, 4 seconds, 12 adjudants, 1 aumônier européen, 1 aumônier indien, 3 chirurgiens, une vingtaine de naïrs, brames, etc.
Pour le commerce : 1 chef (Molandin), 5 employés, 1 chef d'interprètes (Lalande), etc.
.2) Loc. cit., f. 277. Addition de la main de Desboisclairs. Il s'agit du droit de suspendre et de déplacer les employés, sauf approbation de la Compagnie.