X PREFACE
organisation et la valeur de ses soldats, que si l'on se contente de lire le récit des batailles et de suivre les incidents des mêlées.
Je n'avais ni l'intention ni le désir de justifier Godelieu et ses collègues, mais de chercher parmi quelles institutions, parmi quels hommes avait vécu Dupleix. Ses historiens l'en isolent, comme si sa grandeur len rendait indépendant; ils le font surgir dans l'histoire vers 1746, sans qu'on sache très exactement ce qui s'était fait avant lui dans l'Inde, ce qu'il y avait fait lui-même, s'il devait être aidé ou contrarié par ceux qui lui obéissaient et par ceux qu'il servait lui-même. xMon ambition se bornait à éclaircir cette partie obscure de son existence, à en relier les faits à ceux qui s'étaient produits auparavant ou en même temps, en un mot à chercher et à faire apparaître dans cet épisode célèbre cette loi de continuité qui règne dans la nature. Mais en lisant sa correspondance, je trouvai qu'il ne faisait aucune allusion à ces plans politiques dont je supposais l'existence démontrée. Or, si jusqu'ici l'on s'était trompé en les lui prêtant, s'il n'avait en réalité rien prévu, s'il avait agi seulement sous l'impulsion de la fortune, tout alors changeait d'aspect et peut-être son échec pouvait-il s'expliquer autrement qu'on ne l'avait fait. D'après cette vue, je fus conduit à examiner l'organisation et l'histoire de la Compagnie depuis son origine pour savoir si ses principes et ses habitudes se prêtaient ou s'opposaient aux conceptions de Dupleix, et, parallèlement, à étudier année par année pour ainsi dire la vie de ce dernier pour déterminer l'origine et le progrès de ses idées. Ce travail devait me donner les raisons vraies de sa disgrâce, soit les raisons traditionnelles, mais appuyées de faits précis, soit d'autres, s'il s'en trouvait.
Je ne voulais me servir que de documents originaux. Il n'existe, d'ailleurs sur la Compagnie des Indes qu'une courte étude de M. Boimassieux '); quant aux historiens de Dupleix, ils ne disent rien de précis sur lui avant 1746(2). Les mémoires d'avocats publiés de part et d'autre à l'occasion du procès qu'il soutint contre la Compagnie .sont suspects même dans leurs citations, qui sont
(1) Dans son livre les Grandes compagnies de commerce. Paris, in-8, 1892. (2; ïlxception faite pour une brochure de Guet, qui contient des faits exacts relatifs à sa vie de 1724 à 1740.