‹ DupleixChapitre 34 sur 189 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« Golard est un coquin que la Compagnie aurait dû exclure à la t mort de Dumas. Moreaux, atrabilaire et fripon, ne sait que peu « de chose de l'Inde. Courlin a de la naissance, mais nulles cont naissances et nul talent. Boyelleau, d'une famille pauvre, que « Godeheu croit honnête et dont Dumas fait un grand homme, a su « faire ses affaires et est fort à son aise, mais ses connaissances de « l'Inde ne s'étendent pas fort loin. »

En somme, si l'on excepte Law l'aîné et l'Irlandais Friell, Dupleix ne trouvait parmi les conseillers de l'Inde que des gens médiocres ou pires encore. « Le défaut général des employés, dit-il, est de s'alta- « cher à leur intérêt particulier. Les talents pour occuper les pre- « miers postes comme il faut ne sont point communs dans l'Inde. »

Parmi les sous-marchands et les commis, à part Delarche, « qui est sage, fort rangé, sait la langue persane, et qui, sans la vanité, vice ordinaire de l'enfant de l'Inde, serait un employé sans défaut, » la plupart sont notés comme paresseux, bornés ou malhonnêtes. De M. du Bausset, qui fut plus tard son procureur après son départ, Dupleix écrit, en 17o0 : « Tout le monde dit de lui qu'il est très « propre à être fait conseiller. Je crois que vous comprenez ce que « cela veut dire (0. A dire vrai, il ne fait qu'un pensionnaire de la « Compagnie. Je l'occupe à prendre soin des limites et des coco- « tiers (2). » On voit quelle était la faible valeur de ce personnel en 1750, à l'époque la plus brillante de la Compagnie, et quels tristes auxiliaires Dupleix put avoir pour l'exécution de ses plans.

Tous ces employés étaient sans autre fortune que celle qu'ils avaient pu gagner dans le commerce particulier ; leurs appointements leur permettaient à peine de vivre et les malversations paraissent être passées en coutume. La prise de Madras fut l'occasion d'un vaste pillage; presque tous ceux qui y avaient séjourné y avaient fait leur main, au dire de Dupleix, et méritaient la lettre rouge. Mais en dehors de cette occasion exceptionnelle, les employés avaient l'habitude de contracter les marchés de la Compagnie en leur propre nom. C'était un abus courant et les coupables ne croyaient pas commettre de faute en lui repassant avec bénéfice les

1) On disait dans l'Inde que le poste de conseiller était un poste de chanoine.

(2, Col. C- 15. État des employés de l'Inde.

marchandises qu'ils faisaient fabriquer avec les piastres mêmes envoyées d'Europe par elle (* . Ils faisaient aussi du négoce et le plus clair de leur temps était consacré à fournir des cargaisons au commerce d'Inde en Inde. La Compagnie ne les occupait qu'en second lieu. Ils n'y faisaient pourtant pas fortune. Le sieur Guillaudeu, qui avait amassé 120,000 roupies, était une exception parmi les employés subalternes (v. Ils menaient, en effet, la vie fort large, étaient pour la plupart mariés à des femmes du pays, quelquefois d'origine européenne, plus souvent de sang mêlé, parfois même de sang indigène, bien que ces dernières alliances fussent mal vues.

« On appelait mestices(me5f 12:0) les enfants nés d'un Européen et « d'une femme noire, lesquels, d'après l'édit de 1661, sont réputés f regnicoles et Français ; les enfants mariés à des Européens font « des quartices et enfin, augmentant toujours enblancheur, ils sont « appelés créoles. La plupart de nos employés sont mariés à ces « créoles dont la source est plus ou moins obscure. Il y en a cepen-

* dant qui viennent directement des Portugais. Il n'y a pas de noirs t parmi les employés, mais seulement des fils de blancs et de créoles

• (appelés fils de l'Inde) (3). » Boyelleau et Dupleix lui-même étaient mariés avec des créoles. Le conseiller Lenoir, chef à Yanaon, avait épousé la petite-fille d'une esclave de M""« François Martin, Delarche, la fille d'un Arménien, Cotterel, une fille d'esclave, Laurain, aussi une esclave, quoiqu'il fût parent du directeur Saintard. De tels mariages nuisaient à l'avancement.

Les enfants ne recevaient d'éducation que si on les envoyait en France; la mère de M°*= Dupleix, femme du chirurgien de la Compagnie, ne savait pas écrire. Ce n'est qu'après 1731 qu'il y eut un maître d'école à Chandernagor, et, vers la même époque, la Compagnie essaya vainement d'établir à Pondichéry trois religieuses ursulines pour l'éducation des filles W.

Ces employés avaient peu de chose à faire, puisque le travail

(Ij Fr. n. acq., 9144, 218. Les direcleurs à Dupleix, 28 février 1749. Gosse et iJalaurens sont intéressés dans le marché des cotons qu'ils achètent pour la Compa^-Tiie. Ils n'ont pas cru commettre de faute.

(2) Arsenal, 4743, 49. Lettre de Dupleix, 1735.

(3} Fr., 8980, 50. Dupleix aux syndics et directeurs généraux. Chandernagor, 28 novembre 1737.

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