‹ DupleixChapitre 38 sur 189 · DU COMMERCE DE LA COMPAGNIE DES INDES · texte numérisé non relu

DU COMMERCE DE LA COMPAGNIE DES INDES

Objet. — Achats et ventes. — Visites. — La pacotille et la fraude. — Produits nets.

Que pouvait rapporter à la Compagnie le commerce compris sous le nom de commerce des Indes, c'est-à-dire celui de Pondichéry, de Bengale et de Calicut (i)?

On y achetait des étoffes de soie, des toiles peintes ou brodées, des cotonnades, des mousselines plissées, rayées et brodées, du poivre, du riz, quelques drogues, du cuivre, de l'étain, de la toutenague, des bois de teinture, du borax, de la laque, du salpêtre et de la cire. On y portait d'Europe des vins et eaux-de-vie, du drap, du corail, du fer, du plomb, de la verrerie et toute sorte de petite quincaillerie. Le corail se vendait à 200 "/o de bénéfice, les eauxde-vie et les vins à 100 °/o, d'autres marchandises au pair et même au-dessous du pair : ces dernières complétaient pourtant l'assortiment et faisaient vendre le reste. Le fort portant le faible, le bénéfice total d'une cargaison bien faite pouvait être de 50 %•

Quant aux marchandises de l'Inde, telles que le salpêtre, le coton, le poivre, la laque, les différentes espèces de mousselines et de toiles dont la consommation était permise en France, le bénéfice sur le prix d'achat était énorme et devait être évalué, au bas mot, à 200 Vo, tous frais faits.

En supposant l'envoi annuel aux Indes de deux vaisseaux de 4S0 tonneaux et de 130 hommes d'équipage coûtant en solde, arme-

(1) Mémoire sur ce que la Compagnie des Indes peut tirer de bénéfice de son commerce, année commune. Col. C* 15. 3 (très probablement de Dulivier).

ment et frais de roule 188,600 livres, emportant en marchandises 6,000 marcs de piastres évalués à trente livres, soit 180,000 livres, et en argent 36,000 marcs, soit 1,080,000 livres, la cargaison totale employait 1,260,000 livres. Avec le dépérissement des vaisseaux et les fiais d'armement, on arrive à un déboursé total de l,o't8,600 livres.

Les 1,350,000 livres provenant, tant de l'argent embarqué que de la vente de la cargaison (9,000 marcs de bénéfice compris), devaient donner en France, à 200 "/o, 4,OoO,0001ivres, qui laissaient, tous frais déduits, un bénéfice net de 2,301,400 livres. En le supposant seulement de 1,600,000 livres, en déduisant encore les frais des comptoirs évalués à 200,829 livres, mais qui se trouvaient en partie balancés par les 50,000 livres de revenu que la Compagnie possédait à Pondichéry et par les primes de 50 livres et de 75 livres par tonneau, payées par le roi, à l'exportation et à l'importation, les bénéfices restaient encore considérables.

Le café valant à Moka six, huit et dix sous la livre, année commune, se vendait quarante sous en France. Sur 1,200,000 livres de café qu'on vendait, le bénéfice était de 16 à 1,700,000 livres. Le bénéfice du commerce de Chine était évalué 1,400,000 livres net.

Mais rien ne se faisait selon les prévisions.

Pour le commerce des Indes orientales (y compris la Chine), les années 1725 et 1726 laissèrent un déficit de 1,064 livres et l'année 1724 ne donna pas de profits, puisqu'un seul vaisseau revint sur les deux qui avaient été expédiés.

La Compagnie n'ayant reçu de la Prévotière et de Beauvollier, gouverneur de Pondichéry depuis 1723, que des renseignements sans valeur, vu l'incapacité de ces employés, envoya, nous l'avons dit, M. Lenoir, qui avait déjà fait l'intérim du gouvernement, et le capitaine Desboisclairs, pour passer une sorte d'inspection des comptoirs et pour donner leurs idées sur les méthodes commerciales à employer. Ils rédigèrent en commun un mémoire qui, quoique signé des deux, paraît être surtout l'œuvre de Lenoir, au moins pour les parties qui traitent du commerce (i).

(1) Col. C* 74, 261. Mémoire sur l'état des établissements français de l'Inde par Lenoir et le chevalier Desboisclairs, fait par eux et signé le 6 octobre 1727.

Page 1