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CHAPITRE m

Lenoir demandait que Pondichéry fût regardé comme le cheflieu où seraient adressés les fonds un an à l'avance: les autres comptoirs fourniraient les marchandises et les feraient parvenir par les vaisseaux qui naviguaient d'Inde en Inde. Les magasins de Pondichéry ainsi remplis fourniraient leur chargement aux vaisseaux d'Europe qui seraient arrivés en août et réexpédiés en octobre, gagnant ainsi bien du temps.

« En effet, si l'on n'a pas de fonds d'avance à Bengale comme les « autres nations, pour faire travailler, on est obligé de prendre ce « qu'on trouve et au prix des marchands, au lieu d'avoir des sor- € tes choisies. A la côte de Coromandel, on ne peut faire travailler t que dejanvier en septembre. Si les fonds n'arrivent qu'en août, f c'est la mauvaise saison, et de septembre en décembre les pluies t empêchent de travailler et de blanchir les toiles. » Avoir à Pondichéry un véritable entrepôt où les vaisseaux prendraient leur chargement .sans retard pour leur retour en France, c'est ce que Lenoir et Desboisclairs trouvent de plus important pour avoir un commerce réglé et avantageux.

A la même époque ('), Dupleix, alors conseiller à Pondichéry, adresse au contrôleur général un mémoire sur le même objet (2).

Il y invoque, pour donner de l'autorité à sa parole, six années passées dans Texercice des premiers emplois. Il est intéressant d'y voir les idées que Dupleix, alors âgé de trente ans, avait sur le rôle de la Compagnie et sur la façon de développer son commerce. Il dit, comme Lenoir, qu'il faut avoir des fonds d'avance dans l'Inde pour préparer le chargement des vaisseaux. Il suppose l'envoi de quatre gros vaisseaux ou de six petits et il estime nécessaire, pour leur chargement, 600,000 pagodes et 100,000 autres répandues dans le commerce de l'Inde (-5). Avec cet arrangement, la

(1) 8 octobre 1727. C- 74, 167. Dupleix au Contrôleur général.

(2) Ce mémoire se trouve C* 20, 50, sous le titre suivant : Mémoire sur les établissements de la Compagnie et sur son commerce dans les Indes orientales, trouvé non signé dans le scellé de M. Desboisclairs en août 1728, daté de Pondichéry, 8 octobre 1727.

Il a été identifié par l'écriture. Plus tard nous en avons trouvé des passages dans les papiers d'Ariel, donnés comme {;xtraits d'un mémoire de Dupleix- Desgardes existant aux anciennes archives de l'Inde à Pondichéry.

Compagnie aura la marchandise belle et bien assortie ; on ne sera pas pressé à la visite, les vaisseaux d'Europe ne feront qu'un court séjour dans l'Inde, ils partiront en octobre ou en janvier et les ventes de France se feront de bonne heure.

« Il faut, dit-il encore, que les vaisseaux d'Europe se suffisent à eux-mêmes et n'achètent rien en cours de voyage. Il faudrait d'ailleurs qu'il y eût à Pondichéry un magasin d'agrès et d'apparaux pour les vaisseaux de l'Inde et au besoin pour ceux d'Europe. Il en a coûté, en achats, des sommes énormes à la Compagnie, qu'elle peut s'épargner en envoyant tous les ans ce qu'il faut ('). » Il préconise aussi l'achat du droit de frapper des roupies qui fut plus tard obtenu par Dumas. On avait négocié deux ans sans résultat pour cet objet, parce que les offres d'argent de la Compagnie étaient trop médiocres.

* Ce privilège lui rapporterait d'abord 3 % net sur le chiffre de « la fabrication. De plus, l'on est obligé de laisser passer à Madras, « pour y changer leur argent en roupies, les marchands armé- « niens, maures et autres venant de Perse, Bassora ou Moka sur « nos vaisseaux. Les particuliers font la même chose pour tous les « envois qu'ils font à Bengale, et cela au grand bénéfice des Anglais,

• qui tiennent du Grand Mogol le privilège de monnayage et l'ont « payé fort cher et s'opposent en dessous main à ce que nous l'ob- « tenions. Il faudrait faire comme les Anglais et sadresser direc- « tement au Grand Mogol pour éviter les exactions des vice-rois, « dont le monnayage est un des gros revenus. » Quant au commerce d'Inde en Inde, que ses biographes le louent d'avoir inventé, en quoi ils se trompent, Dupleix pense en 1727 qu'il ne peut plus rapporter beaucoup. « Les Anglais, dit-il, y ont gagné pendant la

* dernière guerre, mais chacun d'eux a voulu profiter de la liberté « que la paix donnait. Ils ont envoyé un trop grand nombre de « vaisseaux et ont habitué les négociants du pays à n'acheter qu'à

♦ très bon compte les marchandises qu'ils payaient autrefois très t cher. Les Français n'ont commencé à faire ce commerce que « depuis qu'il est mauvais. La Compagnie n'y a pas gagné d'ar-

(1) La Bourdonnais, dans sa lettre à Moras, cite un exemple curieux de l'incompétence de Lenoir en matière navale et des vols et gaspillages que se permettaient les officiers de vaisseau en spéculant sur cette ignorance.

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