‹ DupleixChapitre 40 sur 189 · CHAPITRE, ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE, ni

« gent, heureuse si elle se trouve au pair jusqu'à présent, b Dupleix veut pourtant qu'elle continue, dès lors qu'elle n'est pas en perte. Elle aura plus tard profit à avoir créé des courants commerciaux et provoqué l'activité des négociants du pays. Mais il faut que les Européens donnent l'exemple, les Malabares alors risqueraient leur argent. Pour cela, la Compagnie devrait engager de jeunes négociants pourvus de 10 à 11,000 écus, plutôt plus que moins, à venir trafiquer dans ces contrées. On pourrait, à l'exemple des Anglais, diminuer les douanes et les rétablir plus tard quand on aurait goûté en France ce commerce.

« Je sais, ajoute Dupleix, le peu d'inclination que les Français ont de sortir de leur pays, lorsqu'ils s'y voient dans une certaine aisance. Les Anglais, bien dilïérents, viennent dans les Indes avec de gros fonds et affrontent toutes sortes de dangers pour augmenter leur capital. Rien ne leur paraît difficile à surmonter. C'est à la Compagnie à suppléer par des augmentations de privilèges au peu de dispositions de la nation. »

La pauvreté des employés, qui n'ont 'que leur solde et qui ne reviennent jamais en France en état de se passer d'emploi, les empêche de faire du commerce. Dupleix voudrait que la Compagnie autorisât le conseil à leur prêter, avec les garanties voulues, une certaine somme, à la grosse aventure, et même diminuât quelque chose sur le prix de la grosse. Il voudrait aussi que la Compagnie autorisât ses employés à rapporter en France, lors de leur retour, une certaine quantité de marchandises. « Quel chagrin, dit-il, avec « un retour évident sur sa propre situation, pour un employé sans « bien en Europe, de ne pouvoir espérer d'y retourner sans courir € risque d'y mourir de faim? Y a-t-il rien de plus mortifiant que « de se voir forcé de passer ses jours dans des climats si contraires « à notre tempérament et parmi des nations dont les mœurs et les « façons nous sont si étrangères? Quelle joie, au contraire, ne res- « sentirait-on pas si, après avoir bien servi et avoir par ménage- <i ment ramassé quelque chose, l'on espérait de l'augmenter consi- « dérablement de retour en France et pouvoir, par ce moyen, finir « ses jours avec tranquillité dans le sein de sa patrie ? Cette satis- « faction ne se connaît véritablement que lorsque l'on se trouve « dans ce cas. »

La Bourdonnais écrivait presque à la même date à M. de Moras une lettre très étendue sur les atTaires de la Compagnie, où il critique les errements suivis par elle dans son commerce (i) et surtout riiabitude de n'envoyer des fonds que pour l'année même. « Vous saurez qu'en janvier les contrats finissent, les ouvriers, n'étant plus occupés, s'écartent et s'engagent ailleurs. En juin arrivent les vaisseaux. Il faut faire de nouveaux contrats, vendre l'argent avec précipitation, le marchand renchérit ses cotons, les Pileuses, les tisserands, les porteurs, les blanchisseuses, les batteurs, tous profitent généralement du besoin qu'on a d'eux. Les écrivains, les marchands étant pressés, comme ils ont plus de peine, se font aussi plus payer. Toutes ces petites parties font un grand tout. »

Il ajoute quil a lui-même acheté des marchandises des mêmes sortes que la Compagnie à 10 et 12 Vo meilleur marché. « Les frais menus et grands sont plus forts pour la Compagnie que pour les particuliers, parce qu'on est dans l'habitude de gagner plus avec elle qu'avec d'autres. Ajoutez que les ouvriers sont obligés de a payer plusieurs détours aux écrivains et chefs de caste, ceux-ci en paient aux courtiers et aux marchands et les marchands ont des dépenses d'éclat à faire. Il faut que tous ces petits monopoles se trouvent payés par les contrats de la Compagnie. Cela renchérit fort les marchandises.

a II \ a d'ailleurs peu de marchands à Pondichéry. Le principal est un certain Soucrama (Soukourama)(-), agent d'une société de commerce dite des vieux marchands et composée de gens de Madras qui y ont les neuf seizièmes des intérêts et le reste est à des marchands de Pondichéry plus ou moins riches, en tout cas peu accoutumés aux grandes affaires.

« Celte société est maîtresse du marché et s'en prévaut d'autant plus que les employés craignent, s'ils la contrarient, de manquer de marchandises et qu'ainsi rien ne l'excite à faire mieux. » Il eût été fort intéressant pour la Compagnie d'avoir des employés qui s'appliquassent au commerce des terres afin de réformer

(1) La Bourdonnais à M. de Moras. C* 25, 151, 1733.

(2j Dont le nom est porté par un vaisseau frété à Pondichéry par les conseillers.

Page 1