‹ DupleixChapitre 41 sur 189 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les abus. Mais il y en avait peu ou point qui s'occupassent de ces détails. Ils étaient, en général, très ignorants sur ce qu'on appelait le commerce des terres, môme les chefs (').

Fallait-il faire un nouveau contrat, ils prenaient pour règle les anciens, sans considérer que leurs prédécesseurs avaient pu se tromper. Ils croyaient avoir beaucoup fait pour la Compagnie en entretenant les choses sur l'ancien pied. Ils étaient incapables de voir clair dans les friponneries des Indous ; or, écrivains, ouvriers, maçons, forgerons, domestiques, tous volaient autant qu'ils le pouvaient. Des directeurs assuraient à La Bourdonnais qu'on ne pouvait empêcher le mal que du plus au moins. Il cite un écrivain qui, pris en flagrant délit de vol, fut condamné à payer 2,000 roupies d'amende. 11 ne les paya qu'à condition de servir le premier vaisseau. On le lui accorda, parce qu'autant valait lui qu'un autre. Il sut sans doute se rembourser.

Un gouverneur anglais disait que, dans l'Inde, l'intelligence et la fidélité étaient rarement jointes ensemble : « Mal pour mal, il vaut « mieux être exposé à l'intelligence de son employé qu'à la merci « d'une fidélité ignorante. »

Les errements de la Compagnie ne se modifièrent pas, malgré les avertissements, et bien que Lenoir même fût devenu directeur à son retour en France, nous voyons Dumas faire les mêmes plaintes que Dupleix et La Bourdonnais.

La Compagnie n'avait, en effet, pas de fixité commerciale. Les

(1) M. Lenoir, dit La Bourdonnais (note 23 de son mémoire, C-25, 183 . qui a l'esprit marchand, ne s'est pas assez appliqué à cette connaissance. Il n'agit pas mieux pour lui que pour les autres. J"en suis d'autant plus surpris que je ne saurais ajuster sur ce fait sa pénétration ni son activité avec une si grande indifférence, ni ses défiances ordinaires avec une confiance qui paraît aveugle ; la Compagnie, cependant, paie toujours les marchandises bien cher. .Je n'ai vu que M. Dupleix et un peu M. Vincens qui cherchaient à pénétrer la vérité. Mais ce n'est pas si facile que l'on pourrait se l'imaginer. 11 faut avoir fait quantité d'affaires par soi-même, avoir été actif à pénétrer la conduite des écrivains, avoir confronté les différents comptes et sur les contradictions avoir approfondi la vérité. Plusieurs fois j'ai envoyé des gens s'en informer sur les lieux mêmes et leur ai donné de fortes récompenses pour prix des connaissances qu'ils me donnaient et je ne m'y suis confié qu'après que trois ou quatre m"ont confirmé la même chose. C'est ainsi que j'ai fait assez vile une assez belle fortune. Mais je ne me suis appliqué qu'aux marchandises dont on fait commerce aux Indes et non à celles qu'on porte en Europe.

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causes en apparailronl clairement à quiconque aura pénétré la détresse financière qui paraît avoir été ignorée de tout le monde, hors des directeurs. Les employés des Indes s'en étonnaient et s'en décourageaient, leurs peines et leur zèle se trouvant en pure perte par les variations de la Compagnie (').

En réponse à des mémoires précis, à des demandes émanant d'hommes qui étaient sur les lieux mêmes et qui exposaient si clairement et avec tant d'unanimité les conditions nécessaires d'un bon commerce, la Compagnie ne répondait que par des ordres très vagues pour ce qui touche le commerce, et ridiculement minutieux pour de petites mesures bonnes à laisser à l'arbitrage des conseils. On dira que ces ordres étaient d'Hardancourl, mais ni Lenoir ni, après lui, Dumas n'ont fait mieux. La raison qui empêchait la Compagnie de faire droit aux réclamations des conseils, c'était la détresse financière et surtout l'incurie qui l'entretenait.

Elle envoyait dans l'Inde des piastres achetées en Espagne et monnayées dans les ateliers de l'Inde. Elle les payait 49 livres le marc au lieu de 48, et les frais de monnayage, soit 3 "/o, étaient à sa charge. Les marchandises fabriquées à l'aide de ces fonds étaient rendues à Lorient et vendues à la vente annuelle de la Compagnie.

L'achat, la visite et le choix des marchandises donnaient lieu, nous l'avons vu, dans l'Inde, à des collusions entre les employés et les marchands.

Mais en négligeant les risques de mer, l'une des plus fortes causes de pertes était la pacotille, vrai fléau du commerce de la Compagnie, presque impossible à empêcher, par la complicité des chefs des équipages et des gens de la côte de Bretagne. Ceux-ci, toujours aux aguets avec leurs chaloupes, allaient recevoir les ballots de pacotille jusqu'à cinq et six lieues en mer.

Un grand nombre d'officiers étaient notés comme pacotilleurs, mais il ne parait pas que la Compagnie se soit montrée en fait aussi sévère à leur égard que le voulaient ses règlements. Ils devaient être punis par la confiscation de leur pacotille et la perte de leurs appointements. Mais l'inspection était sans doute faite sans beau-

1) Fr. 8981, 11. Dupleix aai directeurs et syndics de la Compagnie Chandernagor, 25 nov. 1738.

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