CHAPITRE
coup de rigueur el peut-être par des gens intéressés à ne rien voir, car si l'on parle beaucoup de pacotille, on surprenait bien peu de gens.
Une fois pourtant, en 1730, on saisit sur les vaisseaux le Solide, la Badine el le Jupiter une quantité prodigieuse de pacotille qui fut confisquée à l'arrivée à Lorient. Les marchandises consistaient en broderies et pièces blanches du Benuale, et valaient plus de 200,000 livres. Les capitaines La Franquerie et La Feuillée furent condamnés à la perte de leurs appointements, à la confiscation de leurs marchandises, à 3,000 livres d'amende et à tous les dépens iK.
Une autre fois, un ami de Dupleis, M. de Saint-Georges, se vit aussi confisquer une forte pacotille, mais il ne paraît pas avoir été puni autrement, et sa pacotille fut, par lui ou un prêle-nom, rachetée à bon compte à la vente.
La Compagnie défendait aux conseils de laisser charger sur ses vaisseaux même les effets des particuliers, car on les avait vus chargés au quart d'effets qui n'étaient pas à elle (-). On vit même le lieutenant Barbaron, pacotilleur intrépide, faire passer sur le vaisseau où il était oOO balles de café au nez du capitaine de Joannis.
A toutes les ventes, il y avait une partie de marchandises confisquées ,3), mais il en passait beaucoup plus.
Les vaisseaux revenaient des Indes au mois d'août ou de septembre. La patache des fermes établie aux Glenans, armée de quatre canons et de la contenance d'environ trente tonneaux, allait à leur rencontre, les joignait et les accompagnait à leur mouillage sous l'île de Groix. Les employés des fermes établis dans cette île allaient à bord avec leur chaloupe. Ces employés, arrivés à bord avant que les vaisseaux fussent mouillés, y restaient jusqu'à ce qu'ils fussent relevés par ceux de Port-Louis, qui accompagnaient le vaisseau jusqu'à Lorient. Il leur était ordonné de ne laisser
(1) Fr. 8929, 313. Lettre de la Compagnie au conseil supérieur de Pondichéry, 28 février 1730.
(2) Ibid , 316.
(3) C* 23, 107. Vente de 1730. Le produit net des saisies des vaisseaux l'Argonaute, la Danac et le Royal Philippe monte à 110,924 1. 6 s. 10 d. Les directeurs de la vente au contrôleur général, 4 nov. 1730.
rien débarquer du tout. Les scellés avaient été mis à Groix sur les barres d'écoulilles , cambuses et cabanes. A Lorient, on les apposait aussi sur les chambres des officiers. Le contrôleur général des fermes procédait alors à la visite des coffres, sacs et hamacs de l'équipage, des collres, malles et elïets des officiers. Pendant le dégréemenl du vaisseau, il plaçait des commis et des factionnaires aux écoutilles, sur les gaillards et sur les passavants, pour surveiller les ouvriers. La nuit, on laissait également des soldats et des commis en sentinelle. Quand tous les elTels avaient été visités, on faisait encore une visite générale, et il restait deux commis à boi'd pour s'assurer que la cargaison était conforme à la facture et à la déclaration du capitaine, après quoi les marchandises étaient mises au magasin de la Compagnie des Indes.
Les marciiandises une fois en magasin, on annonçait la vente par affiches imprimées qui donnaient des renseignements sur la provenance et la nature des marchandises et les dates et conditions de la vente 0.
Mais malgré tous les règlements et toute la surveillance, la fraude s'exerçait encore audacieusement.
Les marchandises dites prohibées étaient versées dans un magasin spécial d'où elles ne devaient sortir que pour être réexportées. Mais il en entrait dans le royaume frauduleusement, par la tolérance des directeurs qui tenaient à plaire aux négociants pour les attirer à Lorient et qui ne s'inquiétaient guère de faire observer les règlements des fermes. Les quantités qui entraient devaient provenir exclusivement des vaisseaux de la Compagnie, et les sorties ne devaient se faire qu'en ballots plombés. Mais d'autres marchandises étaient introduites à Lorient par les barques de pêche qui les allaient chercher en mer à bord des vaisseaux, de là dans le magasin et mêlées aux marchandises déjà visitées, plombées avec elles ou vendues tout simplement à Lorient, oii les officiers et subré-
(1) C* 23. 109. Adiche de la vente du 13 septembre 1730. Le paiement doit être fait : au comptant avec 10 °/o d'escompte au 30 octobre; à une usance avec 9 0/. d'escompte au 30 novembre ; à deux usances avec 8 »/o d'escompte au 30 décembre On acceptait en paiement les lettres de change d'au moins 1,000 livres, les coupons de dividendes de la Compagnie payables d'octobre 1730 à janvier 1731, les bordereaux de dépôt d'espèces dans la caisse de la Compagnie.