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CHAPITRE m

cargues de la Compagnie tenaient boutique ouverte d'espèces les mieux, choisies. C'est à eux qu'on s'adressait pour les marchandises de goût et de qualité, parce qu'ils achetaient plus cher et mieux que la Compagnie, qui préférait le nombre à la qualité et n'avait que des sortes inférieures.

Il ressort de là qu'une singulières tolérance régnait à Lorient. D'ailleurs, les commis des fermes qui devaient accompagner les vaisseaux faisaient très négligemment leur service; ils ne gardaient ni les portes de la ville, ni l'entrée du port par où le prohibé et la pacotille arrivaient au magasin.

Pour les marchandises permises dans le royaume et qui devaient porter les plombs de la Compagnie, on les plombait dans la ville avec des faux plombs ou avec les vieilles étiquettes et les vieux plombs ayant servi qu'on ramassait avec soin.

Enfin, les porls permis donnaient lieu à de grands abus. « Réglementairement, la Compagnie prend l'argent des officiers et, au retour, leur rembourse au double. Elle seule fait le commerce des marchandises. Mais en fait, outre le port permis d'argent, les officiers embarquent à Lorient des marchandises qu'ils revendent en route et en rapportent de l'Inde ; le tout aux frais de la Compagnie, qui paie le transport. On le tolère pour faire vivre les habitants de Lorient qui regardent cela comme un privilège (i).

Les directeurs envoyés à Lorient et à Nantes pour y faire les ventes procédaient à une visite rigoureuse des cargaisons. Ils s'assuraient d'abord que les emballages n'avaient pas été touchés, puis vérifiaient et comptaient eux-mêmes les pièces de chaque balle.

Par la correspondance quotidienne qu'ils avaient avec le contrôleur général, nous voyons qu'ils étaient seuls en possession des clefs du magasin, qu'ils faisaient passer devant eux, chaque soir, tous les journaliers employés par une même porte, pour éviter qu'on n'y introduisît des marchandises de pacotille.

Assez souvent on découvrait que des vols avaient été faits dans l'Inde. Les voleurs décousaient l'enveloppe extérieure des ballots, incisaient les deux toiles de l'intérieur, en retiraient quelques

(1) Mémoire, concernant différents abus très préjudiciables au commerce de la Compagnie, au contrôleur général. C^ 40, 1755, du commissaire Moras.

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pièces, puis ils recousaient la toile avec du fil de voile pour donner le change (0.

Dans de tels cas, on écrivait aux comptoirs de l'Inde pour leur reprocher leur négligence. Ceux-ci, accusés sans aucune preuve, puisque la Compagnie constatait le vol sans savoir où il avait été fait, se plaignaient, non sans raison, ;d'être traités injustement et de voir leur zèle méconnu.

Quelquefois, les vols paraissaient plus graves. Dans un envoi de Chandernagor, le directeur Godeheu (le père) trouva neuf balles recousues avec du fil de toile à voile, les enveloppes gommées avaient été coupées. A la visite, il trouva faute de quatre-vingt-treize pièces de diverses sortes sur un total annoncé sur les factures de sept cent quatre-vingt-dix pièces. La même année, il manquait quarante-six pièces dans les caisses de soieries.

Procédant ensuite à la visite des thés, les directeurs trouvèrent que sept cent soixante-dix-sept petites barces de thé Souchong, contenant 7,600 livres, étaient pleines de vieux thé gardé en boutique dix ans. Le goût que cela avait ne pouvait même se supporter. Le thé avait été reçu de confiance à Canton, parce que les barces étaient entourées de joncs neufs. Il parut impossible de l'exposer à la vente de la Compagnie, de peur de déprécier le reste de cette marchandise, mais on l'envoya à l'étranger.

Ce fut, pour la Compagnie, une perte d'environ 57,000 livres. Heureusement pour elle, les pertes sur les envois de Chandernagor se trouvèrent n'être qu'une erreur de compte et d'emballage; on retrouva les quantités manquantes dans la cargaison d'un autre vaisseau (').

Malgré les soins et le mouvement qu'ils se donnaient, les directeurs (jui dirigeaient la vente n'étaient pas à l'abri de vives critiques. En 1730, les négociants se plaignirent que dans l'adjudication il y avait eu des préférences, des prédilections marquées, que la baguette tombait à la première enchère de certains adjudicataires. On leur reprochait aussi d'adjuger exclusivement, l'un les marchandises de Chine et de Moka, l'autre les toiles et mousselines

(1) C* 22, 160. Godeheu au contrôleur général. Nantes, 2 septembre 1729.

(2) C« 22, 183, 191, 213, 218. Lettres du directeur Godeheu au contrôleur général, octobre 1729,

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