CHAPITRE IV
174i, les bénéfices ayant servi à payer les dépenses, comme il fut expliqué à l'assemblée de décembre 1744. Mais les vaisseaux dont le retour devait s'effectuer régulièrement en août 1744, n'étant arrivés qu'à la fin de décembre, la Compagnie se trouva dans l'impossibilité de payer le dividende et de suffire aux frais de l'expédition de janvier 1743 0 .
Dans l'assemblée d'administration du 30 décembre 1744, on proposa différents moyens de se procurer des fonds. Le premier consistait à retrancher une partie du dividende et à aliéner le produit de ce retranchement en rentes perpétuelles ou viagères; le second, à faire une loterie de rentes viagères ; le troisième, à créer ^0,000 actions d'emprunt de 1,000 livres, portant intérêt à 7 1/2 «/o; c'étaient de véritables obligations. Pour payer les l,oOO,000 livres d'intérêt et assurer le remboursement, on aurait fait un fonds annuel de 2,300,000 fr. en retranchant 30 livres de dividende aux actions. Le quatrième moyen proposé était plus singulier peut-être. On faisait un appel de 300 livres par action en augmentant de 30 fr. le dividende '^'. Cela revenait à faire un emprunt forcé à 6 Vo,mais on voit le sens attaché au mot dividende, qui désigne ici tout autre chose que ce qu'on a coutume d'y entendre. Or, le public effrayé ayant retiré ses fonds de la caisse au lieu de renouveler les billets d'emprunt comme à l'ordinaire, la Compagnie, qui vivait sur son crédit, s'était trouvée dans l'embarras, et la première pensée des directeurs avait été de demander au roi une avance à valoir sur le produit de la ferme du tabac. Mais il lui était déjà dû parla Compagnie 1,80C,000 livres pour le dividende de 1743 des 11.000 actions dont il était propriétaire, 900,000 livres prêtées en novembre 1744, et 900,000 livres exigibles pour l'impôt du dixième. Les directeurs furent donc mandés à Versailles le 26 décembre et reçurent injonction de suspendre le paiement des dividendes échéant au 2 janvier 1743. Malgré leurs observations, malgré l'arrivée des six vaisseaux attendus à Lorient, malgré l'offre faite par les chefs des Compagnies de finance et de banque de prêter les fonds nécessaires
(1) Elle n'avait même pu paver les lettres de change à échéance du 20 novembre 1744 que grâce à un secours de 900,000 livres obtenu du roi Cavalier à Dupleix. 28 février 1745. Fr.. 9147, 102 .
'2) C* 31, 94 Délibération de la Compagnie du 30 décembre 1741.
pour ce paiement, offre justifiée par la crainte de voir baisser tous les fonds en môme temps que les actions de la Compagnie, le ministre maintint l'ordre donné. Le public fut averti par affiche qu'il serait sursis au paiement du dividende jusqu'après la vente des marchandises composant les retours attendus en 1745 (i). On espérait cependant encore que le roi consentirait à faire des avances sur la ferme du tabac; car le public avait accueilli très mal la nouvelle de la suspension du dividende ; on trouvait étrange qu'une Compagnie dont l'actif était évalué à 161 millions ftjt réduite à celte pénurie, surtout quand la ferme des tabacs rapportait 11 millions dont on ne lui lassait que 8. Les dettes exigibles, qui montaient à 25 millions, étaient plus que balancées par les recettes probables du commerce évaluées, avec quelque complaisance peutêtre, à 35 millions. On trouvait d'autant plus extraordinaire que le gouvernement refusât une avance dans ces conditions. On disait que le ministre prétendait mettre une distinction odieuse entre les engagements du roi envers les actionnaires et ses engagements généraux. « On les regarde, dit-on, comme une société de marchands « et on les renvoie à la Compagnie pour discuter leurs intérêts. « Mais quand leur donne-t-on ce titre? Quand on a mis la Compa- * gnie hors d'état de remplir ses engagements avec eux.
0 S'ils sont réellement associés, disait-on justement, pourquoi « ne les appelle t-on pas à l'administration d'un commerce qui est « leur affaire particulière? Pourquoi n'écoute-t-on pas leurs plaintes « sur des dépenses inutiles et prématurées qui se montent à plus « de quinze millions, et que le commissaire du roi a faites de son « chef sans en avoir seulement rien communiqué aux directeurs « qu'il n'a traités que comme de simples commis? Si, au contraire, « l'autorité s'est réservé à elle seule la conduite et le bénéfice du « commerce de l'Inde et s'il est vrai que Tactionnaire soit au « nombre des autres créanciers de l'État en vertu des fonds qu'on « lui a hypothéqués et auxquels il s'est livré avec confiance, pour- « quoi a-t-il la douleur de voir la foi publique violée à .son égard « plutôt qu'elle ne l'est à l'égard des membres de l'État, envers « qui le roi a d'autres engagements de même nature ? »
(1; C* 31, 94. Délibération de la Compagnie du 30 décembre 1744.