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CHAPITRE IV

Il est certain que le public considérait les actionnaires comme des créanciers de l'Élat, et les actions comme des fonds d'État (•).

A la suite de ces événements, une assemblée générale des actionnaires fut tenue à l'hôtel de la Compagnie, le 30 janvier 1745. Elle adressa au roi une i-equète préparée par les directeurs, par laquelle on suppliait très humblement Sa Majesté de confirmer à la Compagnie tous les privilèges qui lui avaient été accordés par les édits de 1664, 1685 et 1725 et les lettres patentes de 1717, de permettre l'aliénation de 1,500,000 livres sur la ferme du tabac pour gager un emprunt, de compenser les sommes à lui dues avec celles dues par lui à la Compagnie pour la traite des tonneaux (2) et de lui confirmer pour l'avenir cette gratification, de l'exempter du dixième pour les revenus de la ferme du tabac. On demandait encore que le roi assurât la défense maritime de la Compagnie ou l'indemnisât des frais extraordinaires qu'elle ferait pour cet objet, on le priait de permettre que des syndics fussent nommés pour surveiller la gestion des directeurs et en rendre raison aux assemblées générales qui seraient convoquées de temps en temps.

L'assemblée nomma ensuite par acclamation quatre syndics, MM. le duc de Béthune, le comte de Lassey, M. de Fontpertuis et M. de Saint-Port, qui furent priés d'en désigner huit autres aux suffrages de l'assemblée. Parmi ces derniers étaient M. Giliy, député du commerce de Montpellier, MM. de Laistre, Verzure, Colabeau, négociants 3).

Le 23 juin suivant, dans une seconde assemblée tenue au même endroit, le contrôleur général répondit favorablement au nom du roi à la requête qui vient d'être exposée. Les directeurs et syndics avaient déposé chacun cinquante actions pour le temps de leur administration, en vertu du règlement nouveau.

On résolut ensuite de faire un appel de 500 livres par action, savoir : 200 livres d'argent comptant, plus les quatre coupons des

(1) C* 31, 100. Mémoire sur l'état actuel de la Compagnie des Indes, décembre 1744 (par un actionnaire).

(2) Les 50 sols par tonneau à l'importation et 75 sols à l'exportation, qui avaient cessé d'être perçus en 1730 lors de la rétrocession de la Louisiane au roi.

(3) C* 31, 133. Assemblée générale du 30 janvier 1745.

78 DIPLKIX, SES PLANS POLITIQUES, SA DlSGRACfe.

dividendes de 1744 et 1745, évalués à 300 livres. En échange de ces versements, la Compagnie émettait des billets de crédit portant intérêt au denier 20, hypothéqués sur la ferme du tabac.

Le dividende de 1746 (payable en 1747) devait être réduit à ISri livres, comme ceux des années suivantes, tant que l'emprunt ne serait pas remboursé. Ainsi la Compagnie empruntait à ses actionnaires 200 livres par action et paraissait supprimer le dividende, mais celte suppression n'était qu'apparente, puisque sa valeur était en partie représentée par les billets de crédit. Le contrôleur général permit que l'assemblée des actionnaires se réunît de temps à autre. « Le temps de cacher l'état de la Compagnie est passé, disait-il « d'un Ion agréable el affectueux; Messieurs, votre sort est dans « vos mains. Le public se conformera au degré de confiance et « d'estime que vous paraîtrez avoir dans votre propre bienC). » 11 fut ainsi décidé que l'assemblée aurait lieu tous les ans, le 20 décembre, qu'il y aurait seulement six syndics, que le roi désignerait parmi les douze syndics existants

Le tout avait été voté à l'unanimité, « sauf la petite importunité « d'un jeune magistrat qui voulait faire agréer, au lieu d'appel de « fonds, un projet de loterie. » Ce projet fut, comme on le pense, rejeté avec la même unanimité. On en revenait ainsi à une organisation logique : mais on comprend le mécontentement des actionnaires trompés par une erreur de vingt années sur la nature de leurs actions. En annonçant à Dupleix ces événements, Dumas, dans une lettre du 30 janvier 1745(2), lui disait que le roi prêtait neuf millions pour l'envoi de 1745 et que les actionnaires feraient vingt à trente millions pour l'année suivante. Le directeur Cavalier disait de son côté : « Voilà le fruit des armements de Moka, des dépenses « immenses faites aux Indes depuis le départ de M. Lenoir, de « l'armement en guerre de l'escadre de La Bourdonnais, des dé- « penses horribles que cet homme a faites à l'île de France, du « commerce ruineux de la côte d'Afrique, du Sénégal et des îles de « l'Amérique, à quoi joignez la guerre de Mahé (3). »

Cependant la Compagnie équipa pour les Indes cinq vaisseaux

(1) C* 31, 135. Assemblée générale du 23 juin 1745.

(2) Fr., 9147, 200. Dumas à Dupleix. Paris, 30 janvier 1745. (3; 9147, 102. Cavalier à Dupleix, 28 février 1745.

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