CHAPITRE IV
dont le mauvais temps retarda le départ jusqu'au 14 juin ('). Ils devaient prendre 100,000 marcs de piastres pour les dépenses de l'Inde et former une escadre de course sous le commandement de La Bourdonnais (2).
Mais de juillet 1744 au 21 octobre 1745 la mer et les Anglais lui enlevèrent douze vaisseaux. La perteétaitévaluéeà 10,(300,000 fr.(^.
Les syndics et directeurs de la Compagnie, en faisant connaître ces désastres à M. de Maurepas, le supplièrent de faire passer aux Indes une escadre de quatre vaisseaux du roi pour secourir les comptoirs et les îles (4). Eux-mêmes faisaient partir à la lin d'octobre quatre vaisseaux, dont l'un, le Centaure^ avait soixante-douze canons et cinq cents hommes d'équipage. Cette flotte portait 45,000 marcs d'argent, non pour faire du commerce, mais pour subvenir aux besoins des comptoirs. Ils portaient aussi toutes les munitions de guerre et de bouche qu'on avait pu y charger. Les directeurs écrivaient à Dupleix, en lui annonçant cet envoi : « La « Compagnie sent parfaitement la situation étroite et les embarras « dans lesquels vous pourrez vous trouver, elle s'est dit à cet égard « tout ce que vous pourriez lui dire, mais il a été absolument im- « possible de faire mieux, eu égard aux circonstances des temps et « aux événements fâcheux arrivés dans le courant de cette année(â). »
Les ressources avaient fondu dans les mains des directeurs à mesure qu'elles y arrivaient. Ils avaient reçu 200 livres par action des actionnaires, soit 10 millions, ils avaient émis 5,032 billets de loterie à 700 livres, donnant droit à une rente viao^ère de 5o li-
(1) Fr., 9144, 28. La Compagnie à Dupleix, 15 octobre 1745. C* 31, 192. Orry à Dupleix, 29 janvier 1745.
(2) Ibid., C* 31 187. Orry à La Bourdonnais.
(3) C 31, 314. État des vaisseaux que la Compagnie a perdus depuis le commencement de la guerre : 12 juillet 1744, Vestale, venant des Indes ; 18 août
1744, Saint-Géran, brisé sur l'île d'Ambre ; 4 décembre 1744, Favori, pris à Achem ; 18 janvier 1745, Apollon, allant au Sénégal ; 5 février 1745, Dauphin. Jason, pris sur Banca ; 5 février 1745, Hercule, venant de Chine ; 9 février
1745, Fiére, revenant de l'île de France ; 12 juin 1745, Maurepas, pris au Sénégal ; 22 juillet 1745, Henriette, allant à l'Amérique ; 2 août 1745, Charmante, prise à Lomsbourg ; 21 octobre 1745, Saint-Gervais, pris sur l'île de Glénan.
(4) C* 31, 219. Les directeurs à M. de Maurepas, 27 octobre 1745. (5; F'r., 9144, 28. La Compagnie à Dupleix, 15 octobre 1745.
80 Dll'LElX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.
vres. Cela avait donné à peu près 2,200,000 francs, mais en regard de ces 12 millions de ressources liquides on devait 9 millions au roi, on avait perdu la valeur de douze autres millions, on avait fait les frais d'envoi de cinq vaisseaux en 1746. Et pourtant il fut délihéré dans l'assemblée du 10 mai 1746, tenue en présence du contrôleur général Mâcha ult, de paver en 1747 un dividende de 70 livres. On eut encore recours au roi.
En septembre 1746, la Compagnie adressa au ministre un mémoire dans lequel elle demandait d'abord 100,000 marcs pour son envoi de 1747 ; en second lieu, 40 millions au moins pour former un fonds de commerce ; on en devait faire trois parts : la première à envoyer aux Indes, pour faire un fonds d'avance, la seconde à employer immédiatement après l'arrivée des vaisseaux pour acheter les marchandises du premier retour, la troisième à envoyer la deuxième année pour remplacer le premier fonds qui serait alors dépensé (ij.
La Compagnie n'ayant que 8,300,000 fr. de revenus gagés sur la ferme du tabac, dont une partie (2,950,000) était hypothéquée pour le paiement des rentes viagères, il ne lui restait pour toute ressource que 5,350,000 fr. Depuis les retours de décembre 1744, il n'y avait plus de commerce. On ne pouvait rien espérer des actionnaires qui avaient fourni un premier emprunt, le crédit était perdu. 11 fallait pourtant trouver 40 millions. Les commissaires du roi proposèrent (2) de porter le revenu de la Compagnie à 9 millions. Le capital correspondant serait, évalué au denier 20, de 180 millions, c'est-à-dire augmenté nominalement de 80 millions. La Compagnie restituerait au roi la ferme du tabac, qui valait alors 1 1 millions, et pour que le public ne crût pas que le roi remettait en pur don 80 millions à la Compagnie, les commissaires suggérèrent à celle-ci de réclamer le paiement de diverses créances réelles ou prétendues sur le Trésor.
Machault lui-même examina l'affaire ; il lut dans l'assemblée et consigna de sa main sur le cahier de rapport ses réflexions sur les points débattus.
(1) C* 32, 175. Mémoire sur les secours dcniaiidés au roi par la Compagnie des Indes, par Fontpertuis, syndic.
{2) C* 33, lOU. iSilualion de la Compagnie des Indes en 1747, 9 mai 1747.