‹ DupleixChapitre 54 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le roi accordait sur ses propositions des provisions et nominations. Il eût donc été parfaitement conforme à ses statuts que la Compagnie fît la guerre sur terre pour conquérir, comme elle la faisait sur mer pour défendre sa marine. Il était même probablement dans les vues de Louis XIV qu'elle fit des conquêtes.

Mais en réalité, l'établissement de la Compagnie française aux Indes n'a pas été l'œuvre de la force. Laissant de cùté les circonstances dans lesquelles se sont formés nos premiers établissements, voyons quels titres la Compagnie avait à la propriété du seul territoire où elle fût chez elle. Surate n'était qu'une loge dans une grande ville à côté d'autres loges européennes, à Pondichéry il en était autrement. C'était une ville française et sous la juridiction de la Compagnie. « Les terres de la Compagnie y étaient de deux espèces, « savoir l'ancien domaine consistant en l'aidée de Pondichéry et « celle d'Âriancoupan, et les nouvelles aidées données depuis « quinze ans par les gouverneurs de la province, qui consistent en « celles d'Oulgaret et de Mourougapac. Les premières appartien- « nent à la Compagnie, de manière qu'on ne lui peut faire sur leur « possession aucune difficulté, parce que nous les possédons en con- « séquence de la cession qui a été faite à la reddition de Pondi- « chéry par les Hollandais, qui les avaient acquises légitimement du « prince Ram-Raja, lors seigneur du pays. Ce prince ayant été en- « suite chassé par le Mogol, ce monarque n'est entré en possession « que de ce qui appartenait au prince Ram-Raja lors de la con- « quête. Les secondes sont d'une autre nature. Nous ne les « possédons que par tolérance, car, quoiqu'elles nous aient été « cédées par les nababs ou gouverneurs de la province, leurs suc- « cesseurs sont toujours en droit de nous les redemander, attendu « que les fonds de l'empire appartiennent absolument au prince. « Cependant, comme notre honneur est de les conserver, on est « obligé de temps en temps de faire des présents aux officiers du « gouvernement, et quand ces présents, qu'on ménage néanmoins « le mieux qu'il est possible, iraient, année commune, au tiers ou « à la moitié du revenu, c'est toujours un avantage réel d'en con- « server la possession. Nous avons en outre unepetitealdéeau nord, « donnée par Daoud-Kan, nommée Calcapet, qui ne produit rien, « mais dont la conservation nous est importante à cause qu'elle est

« toute de bois et que nous en tirons la provision et consommation « de cette place (i). »

L'établissement de Chandernagor et ses quelques aidées, ceux de Calicut et Surate, simples loges, avaient eu pour origine une concession précaire faite par le nabab de la province, concession rendue aulbentique par un firman qu'il fallait faire renouveler à chaque changement de prince. Le renouvellement devait être demandé par ambassade spéciale et cela coûtait toujours fort cher. Le firman pour Chandernagor renouvelé en 1715 coûta 40,000 roupies ("^).

En 1731, Dupleix pour le même objet payait encore 10,000 roupies au nabab, et 5,000 à ses officiers (3). Les Maures réservaient avec un soin jaloux leur souveraineté. Ils défendaient aux Européens de se faire la guerre dans le domaine du Mogol où ils étaient établis, et les Hollandais, en 1693, avaient payé 200,000 livres à Ram-Rajah pour obtenir de lui la permission d'assiéger Pondichéry. La possession des aidées n'était pas même assurée : en 1710 les Hollandais avaient été obligés par les Maures de quitter Conjimer, à cinq lieues au nord de Pondichéry ; le fort et les villages avaient été désarmés et abandonnés W. Les Danois établis à une demi-lieue de Chandernagor, ayant été assiégés plusieurs mois dans leurs loges par les indigènes, s'échappèrent et firent la course contre les vaisseaux du pays : le divan ou ministre des finances du nabab de Bengale rendit un paravana qui déclarait les trois nations, anglaise, hollandaise et française, responsables des prises faites par les Danois, si elles ne les remettaient pour être punis aux mains du gouverneur d'Ougly (^).

Il n'y avait nulle différence entre les diverses nations européennes ; toutes étaient sous la dépendance des princesdu pays, même du

(1) C 72, 90. Lettre du conseil supérieur de Pondichéry à la Compagnie, Pondichéry, 18 février 1721.

(2) C* 69, 166. Hardancourt. gouverneur de Chandernagor, à Pontchartrain, 30 décembre 1715.

(3; Fr. 8979, 8. Dupleix aux directeurs généraux, Chandernagor, 30 octobre 1731.

(4) C* 69, 7. Lettre d'Hébert, gouverneur de Pondichéry, à Pontchartrain, 15 février 1710.

5, C* 69, 130. Relation faite par ordre de Hardancourt, 1714.

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