‹ DupleixChapitre 55 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

simple faussedar (gouverneur) ou jaguirdar (bénéficiaire) dans la circonscription duquel se trouvaient leurs établissements. Leurs comptoirs n'avaient d'autres fortifications que des palissades et des haies autour du territoire, sauf le cas où, par tolérance ou par argent, les Maures fermaient les yeux sur la construction de fortifications régulières. Lorsqu'on commença à bâtir le mur d'enceinte de Pondichéry en 1724, on se contenta de l'élever de neuf à dix pieds par des mesures qu'on fut obligé de garder avec les puissances du pays, à qui on s'efforça de le faire considérer comme un simple mur d'enclos sans défenses militaires. Il eût été difficile aux Européens de tenter dans ces pays une entreprise de conquête un peu considérable, sans s'exposer à une guerre très sérieuse ; aussi ne le firent-ils jamais.

La Compagnie française, en particulier, n'a jamais voulu avoir autre chose que des comptoirs, et ses soldats n'ont eu à faire que des opérations de police. Reconstituée en 1719, elle avait pourtant envoyé aux Indes beaucoup d'argent en même temps que des ordres énergiques présageant une politique d'expansion. Outre les mesures d'ordre militaire à prendre à Pondichéry, elle ordonnait d'avoir à Calicut un fort, de ne ménager rien pour cela, ni argent ni hommes. Elle envoyait des employés à Masulipatam i), un vaisseau à Poulo- Condor. Ce dernier établissement ne réussit pas, mais les employés de l'Inde obéissant à l'impulsion qui leur était donnée agirent sans hésiter. Le sieur Courton résidait à Masulipatam dès 1721 (2) ; la même année, Molandin, chef à Calicut, y faisait bâtir une loge et envoyait à Mahé le sieur Vlamin, qui y établissait un magasin (3); enfin en 17:23, Courton achetait un terrain sur la Godavéry, près d'Ingiron-Yanaon, pour y établir un magasin (4).

C'est l'établissement de Mahé qui devait avoir le plus d'importance ; il obligea la Compagnie à de grandes dépenses militaires qui durèrent jusqu'au temps de Dupleix.

(1) C* 72, 79. Lettre de la Compagnie, 24 février 1720. Réponse du consçil supérieur, 17 février 1721.

(2) C* 72, 120. Lettre du conseil supérieur, 9 novembre 1721.

(3) C* 72, 151. Vlamin aux commissaires généraux de la Compagnie, 30 décembre 1722.

(4) C* 72-409. Courton au conseil supérieur, 24 janvier 1723.

C'est en vue du commerce du poivre qu'il fut créé. Le prince ou rajah qui régnait sur la rivière de Malié avait déjà offert au directeur Hébert un établissement sur ses terres. La Compagnie ordonna au conseil de Surate de faire tous ses efforts pour parvenir à le former (>;. Molandin, chef à Calicut, signa, le 2 avril 1721, un traité avec Bayanor, prince de Bargaret. « Le prince accordait à la t Compagnie de France, de faire une loge à la rivière de Mahé de « quelle grandeur elle jugera à propos. » Il promettait de ne point fournir de poivre de son pays, à aucun Européen, avant d'avoir fourni à la Compagnie la quantité qui lui en serait nécessaire. Elle devait lui payer treizefanonsde droit par candil de poivre et vingt-six francs par candil de cardamome. Elle devait aussi lui fournir des capitaines, des matelots, des passeports pour faire naviguer des navires du prince sous le pavillon français. On ne devait chagriner ni les Brames ni les femmes, ni tuer les vaches dans les terres de Bargaret, Les deux contractants se promettaient appui mutuel en cas de guerre ('). Sauf cette dernière clause qui se retrouvera dans les accords signés par Dumas et Dupleix, ce traité a un caractère exclusivement commercial. C'est sous ce rapport qu'il fut considéré à Paris; on se réjouit de l'acquisition à cause de la quantité de poivre et de cardamome qu'on espérait tirer de ce nouveau comptoir. On donna l'ordre au conseil de Pondichéry d'envoyer à Molandin les six pièces de canon qu'il avait demandées, 80 soldats de recrue arrivés en 1723, 100,000 roupies et plus, s'il était nécessaire. Molandin avait déjà fait construire des magasins et des logements; il s'était transporté à Mahé, ne laissant à Calicut que quelques employés (3). Il écrivait, en 1723, qu'il pourrait tirer de là 6,000 tonneaux de poivre, mais il se plaignait des Anglais qui arrêtaient et maltraitaient nos pêcheurs. Ceux-ci étaient établis non loin de là, à Tallichéry : ils avaient offert à Bayanor de l'indemniser de toutes ses dépenses et de lui donner encore une forte somme, s'il voulait

(1) C», 2*= série, n» 4. Lettre de la Compagnie au conseil de Surate, 6 avril

(2) C«, 2* série, n° 4. Copie des articles que Bayanor, prince de Bargaret accorde à la royale Compagnie des Indes.

(3) C», 2<- série, n° 4. Lettre écrite par N. S. les conseillers d'État au conseil supérieur de Pondichéry, 16 janvier 1723.

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