‹ DupleixChapitre 67 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Anglais , car l'affaire avait fait très bon effet chez les Européens (*).

En 1723^ le conseil de Pondichéry, ayant besoin de vendre des matières d'argent, envoya Dupleix à Madras le 18 décembre, pour tâcher d'y vendre 1,000 marcs d'argent en barres; il y signa, le 23, avec le marchand malabare Chevachedy, la vente de 7,000 serres d'argent à 7 pagodes 7 fanons de Pondichéry la serre, payables 30,000 pagodes immédiatement et le reste à deux mois (2). Il avait en même temps ouvert une négociation pour obtenir l'autorisation de frapper des roupies.

En 1724, il fit un voyage à la Chine (3), comme subrécargue du vaisseau le Saint-Joseph. 11 était chargé de payer 8,486 taëls dus par le sieur la Bretéche, chef du comptoir deMacao, et qui était revenu à Pondichéry au commencement de l'année. Le vaisseau emportait une valeur de 77,000 pagodes appartenant à la Compagnie. Dupleix avait dû accepter avec joie l'occasion de faire un voyage lucratif.

Mais il écrivit de Chine à son père qu'il ne pensait pas pouvoir faire un grand profit à ce premier voyage, car il avait emprunté à la grosse aventure au taux de 18 "/o, et le grand nombre des vaisseaux chargés en Chine pour la côte de Coromandel laissait peu d'espoir de bien vendre les retours. Mais il comptait que l'expérience acquise lui servirait pour l'avenir. En tout état de cause, il pourrait acquitter sa dette de 400 pagodes envers la succession de Dulivier (*). Reparti de Canton à la fin de décembre 1724, il arriva le 11 mars 1723 à Pondichéry (0). Ce voyage fut pour lui l'occasion d'un très grave ennui. 11 y avait à Canton un employé nommé Lhuillier, auquel il était dû 2,02o livres d'appointements. Il prétendit que, spéculant sur le besoin oîi il était, Dupleix lui avait extorqué une cession de ses droits pour une somme minime. Sur une somme totale de 3,940 livres payables à Pondichéry pour les

(1) C* 72, 334. Lettre générale du conseil supérieur aux directeurs. Pondichéry, 23 janvier 1723.

(2) Fr., n. acq., 8930, 968. Délibération du conseil supérieur, 18-26 décembre

(3) C* 73, 32. Lettre générale du 15 octobre 1724.

(4) Fr., n. acq. Dupleix à son père. Canton, 22 décembre 1724.

(5) C* 73, 165. Lettre du conseil supérieur à. la Compagnie, 14 octobre 1725.

1 1 1 m PI.EIX, SKS PLANS POLITIQUES, SA DISGRACE.

appointements et la gratification deLliuiliier, celui-ci disait n'avoir reai que 200 piastres, représentant environ 1 ,200 livres. Or, Dupleix, lorsqu'il louciia, à Pondichéry, le décompte deLhuillier, expliqua que des marchands chinois, créanciers de celui-ci, lui avaient, à Canton, réclamé leur créance, et qu'il avait promis de les faire payer par le premier vaisseau. La modicité de la somme payée à leur débiteur s'expliquait par ce fait qu'elle était la différence entre ses dettes et son avoir. Au fond, il y avait eu sans doute une affaire entre Dupleix et Lhuillier qui, ayant besoin d'argent, avait peutêtre accepté des conditions un peu dures, mais ensuite, trouvant exagéré le bénéfice que s'était réservé Dupleix, il se plaignit d'avoir été trompé par lui, niant qu'il eût aucune dette et lui reprochant d'avoir touché 3,940 livres pour un déboursé de 1,200. C'était une véritable accusation d'escroquerie. La plainte fut examinée en France par les directeurs, mais seulement en 1726. Ils renvoyèrent l'affaire au gouverneur de Pondichéry, Lenoir, ordonnant de destituer Dupleix au cas où Lhuillier aurait dit vrai, et de lui faire restituer ce qu'il aurait indûment perçu (').

La lettre de la Compagnie était du 28 décembre 1726, elle parvint à Pondichéry fort tard ; c'est le 3 décembre 1727 que Lenoir en donna connaissance au conseil. Sans avoir fait d'enquête, celui-ci arrêta que Dupleix serait prié de se retirer, et que son passage pour la France lui serait offert sur l'un des vaisseaux en partance (2). Lenoir ne parait pas avoir montré envers Dupleix la modération qu'il aurait dû, mais il ne fit pas d'enquête, ce qui était grave. Il était, nous l'avons vu, autoritaire et tracassier. Dupleix avait aussi le caractère entier et irritable; y avait-il déjà eu entre eux quelques froissements? C'est ce qu'il est impossible de déterminer avec précision. Peut-être y avait-il un peu de jalousie. Dupleix avait envoyé, en octobre 1727, au contrôleur général, sous le couvert du capitaine Desboisclairs, un mémoire sur le commerce de la Compagnie dans l'Inde, ce qui avait pu paraître à Lenoir, qui en envoyait un en même temps, une inconvenance présomptueuse de la part

(1) Arch. col. Dossier Dupleix. Mémoire de la Compagnie au contrôleur général, 2 février 1727.

(2) Fr., n. acq., 8930. Fonds Ariel. Délibérations du conseil supérieur de Pomlichérv du 3 décembre 1727.

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