‹ DupleixChapitre 74 sur 189 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tableau de sa situation de fortune, il accepta ses propositions : « J'ai examiné en habile confesseur, écrit Dupleix i ■, votre confes- « sion du 10 août, que la commère avait déchirée, aussi bien que la « lettre du 11. L'une et l'autre me confirment de plus en plus qu'il « faut que vous songiez promptement à gagner du bien. Vous ne le « pouvez mieux qu'en profitant des offres que je vous ai faites et « que je vous réitère encore. Je vous attends ici au mois de février « ou de mars prochain. Vous ne pouvez pas presser la commère de « vous suivre. Habituée à se voir au milieu de sa famille, elle « aurait de la peine à la quitter, aussi ne faites rien, mon cher « compère, sans la consulter.... Je compte fort sur la promesse que « vous me faites de venir me trouver en février (1733), vous ne « pouvez choisir une plus belle saison, je vous attends donc, mais « souffrez que je vous répète encore que je ne vous croirai que « lorsque je vous saurai en rivière. Ne vous arrêtez pas aux dis- « cours des jésuites, de Dubois, de La Bourdonnais. Ils ne songent « qu'à leurs intérêts, non aux vôtres. Ils vous regardent comme « leur homme d'affaires et se moquent de vous après que vous avez « bien travaillé. Tous ces gens sont riches. Comment se sont-ils « enrichis? En naviguant. Depuis 1717 vous êtes dans l'Inde; « qu'avez-vous fait pendant ces quinze ans? Où est votre fortune? »

Vincens était sans fortune, cela est évident d'après cette lettre. II quitta Pondichéry probablement à la date indiquée, avec sa famille tout entière, après avoir donné sa démission de conseiller (2).

II allait être l'associé et le conseiller de Dupleix dans leurs opérations commerciales communes. D'autre part, sa famille et celle de sa belle-mère firent reprendre à leur ami la vie qu'il avait menée à Pondichéry, et lui rendirent agréable ce séjour du Bengale, où il s'était si fort ennuyé d'abord. Les craintes qu'il avait eues au commencement sur l'effet du climat l'avaient quitté, et sa santé se maintint excellente (3). En attendant la disgrâce souhaitée de Lenoir

(1) Fr., 8979, 53. Dupleix à Vincens. Chandernagor, 13 octobre 1732.

(2) Les lettres de Dupleix nous manquent depuis la fin de 1732 jusqu'au 27 janvier 1735. Nous savons- que Vincens était à Chandernagor en 1733. Il adresse à la Compagnie, à cette date, un mémoire sur le commerce de Tlnde (Chandernagor, l" décembre 1733; col. C-, 2« série, n" 5).

(3; Sauf un flux de ventre passager en octobre 1732.

et sa propre nomination à Pondichéry, il s'ingéniait à bien servir la Compagnie et surtout à pratiquer pour son compte le commerce d'Inde en Inde, auquel le Bengale était très favorable. Ce pays, fort riche, pouvait fournir à la Compagnie française plus de marchandises qu'elle n'en demandait. Pourvu qu'il fût prévenu assez à temps pour faire exécuter les commandes, le directeur n'eût pas été embarrassé de charger quatre grands vaisseaux (1). Il avait, dès le mois de juillet 1732, reçu le tiers des chargements pour le départ de novembre iV. Il apportait une grande exactitude à la visite. « Je fais mes efforts, écrit-il, pour t relever ce comptoir qui avait été longtemps comme abanf donné. La Compagnie sentira la conséquence de le soutenir et de t le pousser aussi loin qu'elle le jugera à propos.... L'augmentaf tion des contrats ne sera jamais embarrassante quand les vais- * seaux nous parviendront aussitôt que le Philibert et le Dauf phin (3). »

Mais une fois ces devoirs de sa charge remplis, une fois expédiées les deux cargaisons que la Compagnie lui demandait par an, Dupleix était libre de donner toute son activité à ses affaires personnelles. Les affaires de la Compagnie ne motivent certainement pas la dixième partie de la correspondance de Dupleix à cette époque. Le reste regarde un peu sa famille et beaucoup plus ses affaires, où tant de gens étaient intéressés, qu'on peut dire que c'était comme une petite Compagnie dans la grande.

Les biographes de Dupleix ont parlé du commerce d'Inde en Inde sans dire en quoi il consistait. On va essayer de donner sur ce point quelques éclairci-ssements. Comme c'est de là qu'il prétendit plus tard avoir tiré une fortune, il est indispensable de soumettre cette assertion à un examen sérieux. Il faut aussi rechercher si quelques projets d'ordre politique germaient dans son esprit : or, c'est Dupleix lui-même qui nous dira ce qu'on doit croire de sa richesse, c'est sa correspondance qui nous révélera quels projets d'avenir formait cet homme de trente-quatre ans, en pleine vigueur phy-

(1) Fr., 8979, 23. Dupleix à Hardancourt. Chandernagor, 14 janvier 1732.

(2) Ibid., 46. Dupleix à Lenoir. Chandernagor, 11 juillet 1732.

(3j Fr., 8979, 74. Dupleix à M. de Moras, président pour le roi de la Compagnie, 30 novembre 1732.

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