CHAPITRE VII
prêtées par un Anglais de Calcutta à la grosse aventure (i), 6,400 roupies à 9 o/o par Sichterman, chef du comptoir hollandais de Chinsura (2). Le sieur Godeheu même, qui alors était son ami, lui confiait des fonds et lui donnait carte blanche (3). On le voit emprunter en une fois 60,000 roupies à un banquier indou de Patna, Fatechem (4 . En 1731, il pouvait déjà disposer de sommes assez considérables; il avait « dans sa manche » Coja Cachique, Arménien; il avait pu offrir à Yincens 10,000 roupies à intérêt ou à la grosse aventure (5). En 1732, Yincens et lui firent à eux deux les fonds pour un vaisseau qui devait aller de Bengale à Surate, de là à la Chine et revenir au Bengale (6).
A peine nommé, il avait fondé une nouvelle société dans laquelle étaient entrés bien des gens de Pondichéry et ses amis avant tous. Cette société, dont il allait être le véritable directeur, se trouvait en concurrence avec celle de Pondidiéry, puisque toutes deux faisaient le même commerce. Parmi les membres, nous devons compter Yincens, Trémisot, chef à Mahé, Fouquet, employé à Masulipatam, Dulaurens, greffier du conseil de Pondichéry. Ils étaient à la fois actionnaires et agents, faisant leurs affaires eux-mêmes, d'accord avec les capitaines et subrécargues qui étaient intéressés dans les expéditions. Yincens, en particulier, naviguait beaucoup : les chefs de comptoir préparaient les cargaisons, et ces négociants étaient bien plus exactement servis que la Compagnie.
« J'ai mis les fers au feu, écrivait-il en septembre 1731 à Lenoir, « je ne sais si je pourrai réussir C). » En décembre, il annonçait à Yincens l'envoi à Surate de trois vaisseaux ; un quatrième partait pour Benderabassi. 11 en avait acheté un cinquième pour les Maldives qu'il nommait le Cauris. Le Louis XV partait pour Achem avec 100,000 roupies de fret. C'étaient donc six vaisseaux armés et expédiés en trois mois. Non content de cet effort d'activité, Dupleix projetait pour 1732 le voyage de Manille ou celui de Djedda, et de-
(1) Fr., 8980, 66. 26 novembre 1737. Dupleix à M. Court.
(2) 8980, 136. 26 juin 1738. Dupleix à Sichterman.
(3) Godeheu à Dupleix (Fr., n. acq., 9148, 192). Lorient, 18 février 1740.
(4) Fr., 8981, 2. Dupleix à Burat, à Patna. 27 octobre 1738.
(5) Fr., 8979, 2, 17. Dupleix à Vincens, 4 octobre, 11 décembre 1731.
(6) Fr., 8979, 35. Dupleix à Vincens, 8 avril 1732.
(7) Fr., 8979, 1. Dupleix à Lenoir, 25 septembre 1731.
mandait à son ami d'acheter le vaisseau le Pondichéry et de s'entendre, pour cette affaire, avec deux négociants portugais de Madras, Louis de Médère et Carvaltio (0. Il lui demandait de prendre la charge de subrécargue dans le vaisseau ou d'y placer son beaufrère Aumon! (-). Il avait fait peindre tous ses vaisseaux en rouge. « C'étaient les seuls rougets de l'Inde. »
Tous n'étaient pas d'égale force. Le Samt- Jean-Baptiste, le Fortuné, la Sainte-Rose, le Fidèle n'étaient que des brigantins. Le Caum et le Louis XV n'étaient guère plus forts. Seuls V Heureux et VUnion étaient de 3 à 400 tonneaux. En janvier 1732, ils étaient tous en mer pour leurs différentes destinations (3).
Le 6 février 1732, Dupleix acheta encore un vaisseau de 250 tonneaux qu'il envoya au Pégou chercher du bois de teck dont le Bengale manquait absolument. Il expédiait le même jour un vaisseau indien pour Masulipatara, avec une cargaison de riz, et priait Fouquet de lui renvoyer des colons s'il en trouvait à bon compte. Le 23 partait encore un vaisseau chargé de la même denrée. Très actif, entendu dans l'armement, il avait trouvé moyen de diminuer de moitié les frais de radoub des vaisseaux, arrêté les friponneries et mis de l'ordre où il n'y en avait jamais eu W.
En juin 1732, il donna ordre à Vincens, encore à Pondichéry, de lui acheter deux vaisseaux qu'il destinait au voyage de Surate et de Chine : « Comptez sur moi, ajoutait-il, sur ma bourse et mon cré- « dit qui. Dieu merci, n'est pas petit dans ce pays, l'ayant poussé t cette année fort loin (â). » Mais se défiant sans doute de la timidité de Vincens, il acheta lui-même à Calcutta le Harrisson pour 17,600 roupies ; Martin, employé à Surate, lui acheta le Bal, le meilleur voilier de l'Inde. Cela fît seulement trois vaisseaux de plus, car Yincens ne put avoir le Pondichéry; la flotte de Chandernagor monta jusqu'au nombre de onze vaisseaux. Dupleix écrivait à son associé et compère Tremisot (6) : « Je compte cette année en-
(1) 8979, 17. Dnpleix à Vincens, 11 décembre 1731.
(2) Mari de Marie Albert, sœur cadette de M"' Vincens.
(3) Fr., 8979. Dupleix à Vincens, 14 janvier 1732.
(4) 8979, 36. A Vincens, 8 avril 1732.
(5) Fr., 8979, 42. A Vincens, 5 juin 1732.
(6) Fr., 8979, 50. 31 août 1732. Il avait été parrain du jeune Tremisot comme de plusieurs autres enfants d'employés.