CHAPITRE VII
t voyer deux vaisseaux à Surate, le Fortuné ira à Manille. J'ai « donné l'ordre à Vincens d'acheter VUnion et le Pondichénj ; l'un « ira en Perse, l'autre, nous lui chercherons une destination. Je « compte envoyer deux' vaisseaux aux Maldives; celui qui y a été « cette année (1732) a fait un bon voyage, et il donnera 40 "/o de « bénéfice. Il y retourne avec un autre, V Entreprenant, que j'at- « tends du Pégou. Le Louis XV, que j'attends dans le mois que « nous allons entrer, retournera à Achem. Ainsi, comptant le « Jean-Baptiste et V Entreprenant, il sortira d'ici, s'il plaît à Dieu, « dix vaisseaux (i\ »
« Ce pays a un peu changé de face depuis que j'y suis, écrivait-il « à un autre v'), et Pondichéry, sans exagération, est tombé absolues ment. Je l'ai réduit à deux vaisseaux, et j'en ai ici ou à la colo- « nie onze qui ont leurs voyages assurés. J'ai, grâce à Dieu, jusqu'à « présent, assez bien réussi. Ainsi soit de l'avenir. » Il venait à Chandernagor maintenant quatorze ou quinze vaisseaux par an. La Bourdonnais, avec lequel il avait été en relations d'affaires et d'amitié, recevait de lui, en janvier 1733, la lettre suivante, assez curieuse de style :
« Je souhaite que le remède que vous allez chercher en France « contre la maladie épidémique de Pondichéry, la misère, puisse « être un spécifique sûr et sans doute tel que bien des gens le « désirent. Vous pouvez croire que je tâche autant que je le puis « de soulager ceux qui sont assez vigoureux pour parvenir jus- « qu'ici. J'emploie, pour y parvenir, des recettes de capitaine su- « brécargue et d'officiers mêlées avec quelques onces de bon vin et « quelques dragmes de bal. Le tout ensemble forme un julep qui, « facile à prendre, a procuré jusqu'à présent un rétablissement de « santé à tous ceux qui ont voulu en prendre. Il vous sera libre, « Monsieur, d'en venir prendre votre part quand vous le jugerez « à propos. Je pense qu'un peu de sirop de Surate, avec quelques
(1) Bal, Harrisson, Fortuné, Union, Cauris, Entreprenant, Louis XV, Saint- Jean- Baptiste, Fidèle, Henri.
Le Bal avait coûté 30,000 roupies, il prit le nom de Diligent, le Harrisson s'appela l'Aimable (Lettre à Martin de Surate, 18 janvier 1733). Il périt en
(2) Deidier, ingénieur à Mahé, 30 novembre 1732. Fr., 89*9, 63.
« gouttes d'or potable de Chine, feront sur vous un effet merveilf leux(i). »
Il annonce à La Bourdonnais le départ prochain de neuf vaisseaux.
Ainsi Dupleix avait porté la vie dans le comptoir jusque-là inerte de Chandernagor. Nous verrons ce qu'il y avait de factice dans cette prospérité. Il avait néanmoins fait un changement visible à tous. La vie qu'on y menait à cette époque nous est assez bien connue par ses lettres pour que nous puissions essayer d'en esquisser le tableau.
t Ciiandernagor n'a commencé à devenir considérable, écrit un i témoin oculaire (-) en 1734, que depuis que le sieur Dupleix le « dirige. La plus grande partie de ses prédécesseurs, soit par l'ime puissance de rien entreprendre, soit par la crainte des événef ments, s'en sont toujours tenus à régir les affaires de la Compa- * gnie et n'ont fait que peu ou point de commerce particulier. On « y voit depuis trois ans, suivant l'aveu de tout le monde, un grand t changement, et pour peu que les affaires réussissent, cet établis- « sèment approchera de celui des Anglais. »
On peut dire que Dupleix avait trouvé tout à faire en arrivant. La loge était en très mauvais état et très mal meublée : « Il lui en avait coiàté bon, dit-il (3), pour la mettre en état de recevoir un étranger. Alors que le gouverneur anglais de Calcutta avait oOO roupies par mois, avait sa table et tousses domestiques blancs et noirs payés, la batterie de cuisine, la vaisselle de table et le linge aux dépens de la Compagnie, alors qu'il était meublé et éclairé, Dupleix, avec 222 roupies par mois, devait payer tout cela et meubler encore la loge. Il eût abandonné son traitement à la Compagnie si elle eût voulu payer les dépenses de sa table, les domestiques, la chandelle et enfin ce qui dépend d'un ménage. » Malgré ces plaintes, il trouvait moyen de s'installer personnellement selon ses goûts. C'est sans doute avec le produit de ses premiers voyages qu'il fit construire ou aménager les deux maisons
(1) Fr., 8979. 91. A La Bourdonnais, 18 janvier 1733.
(2; Coi. C« 75, 168. Lettre de la Garde-Jazier, 23 août 1734.
(3) Fr.. 8979. 92. Dupleix à Hardancourt, 18 janvier 1733.