‹ DupleixChapitre 79 sur 189 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu'il possédait à Bengale en 1735, ainsi qu'un jardin qu'il revendît plus tard à la Compagnie (i'.

L'une lui avait coûté 3,000 roupies, l'autre 14,000 ('2). Le jardin était attenant à l'une d'elles qui était située à Satgasia (3). Dupleix l'avait cultivé et planté, il s'y plaisait parce que l'air y était excellent. Il en avait demandé le dessin à la Vabre, de Cassimbazar, et il y fit venir en 1736 les quatre statues de son jardin de Pondichéry.

Depuis que la famille Vincens était arrivée, il avait renoncé à la vie retirée qu'il menait. M™^ Albert avait avec elle ses filles, M"" Aumont (Marie Albert, née en 1711) ; Ursule de Migna-Yida, appelée familièrement Oùtchoii, née en 1718, et qui devait épouser (4),àChandernagor, le sieur de Saint-Paul, conseiller à ce comptoir; Rose ou Rosette, née en 1720, la plus belle femme de l'Inde (»), qui épousa, le 24 janvier 173o, le fils d'un riche marchand de vins de Paris nommé d'Arboulin, oncle d'Aumont (6). * C'était la meil- « leure famille de l'Inde française^ » dit Dupleix 0). Cela doit s'entendre de l'honorabilité, car elle était peu fortunée. Vincens dut soutenir la famille de son beau-père, simple chirurgien de la Compagnie, après la mort de celui-ci. Un historien rapporte (s) pourtant que jVpe Albert donnait en dota ses filles 700 pagodes, soit 3,500 livres en argent et en bijoux (9\

(1) Fr., n. acq., 9144, 29. Lettre de la Compagnie à Dupleix, 1745.

(2) Ars , 4743, 41. Dupleix au P. de Montalembert, 19 décembre 1735. Ars.. 4743, 5. 7 mars 1735, à Burat.

(3) Sur le Gange, à quelque distance de Chandernagor.

(4) Ars., 4744, 23.

(5) Ars., 4743, 53.

(6) Ars., 4743, 61. Dupleix à d'Arboulin, 19 décembre 1735.

(7) Ibid.

(8) Guet, Origines de l'Inde française. Jàn Bégum (M""^ Dupleix), 1706-1756, brochure in-8. Paris, Baudoin, 1892, p. 23. L'auteur ne dit pas d'où il tire ce renseignement.

(9) M'»^ Albert était ûlle d'une Indienne appelée Joanne, mariée à un Portugais de l'Inde. Cette Joanne de Castro ligure comme marraine de sa petite fille. M"" Vincens, dans l'acte de baptême de cette dernière. Mais on sait que le mélange de sang indigène était plutôt une cause de mésestime aux yeux des Européens et que de tels mariages étaient considérés comme des mésalliances par les employés. Arch. col., État civil. G' 125, 2 juin 1706. M^^ Albert ne savait pas écrire. Col. État civil de Chandernagor, G' 137. acte de baptême de

Dupleix avait été en étroites relations avec cette famille. Il avait été parrain avec M^^ Vincens (21 oct. 1725) et l'année d'après avec Ursule Albert. Le 29 avril 1731, il figurait de nouveau comme parrain à côté de M"'^ Vincens ('). Ce sont elles qu'il appelait familièrement les commères.

Dans ces petites sociétés de l'Inde française, peu nombreuses, oîi la bonne éducation telle qu'on l'entendait en France était l'exception (2), il y avait d'autres sociétés plus étroites, presque des coteries, comme il s'en fait dans les petites villes. M™' Vincens avait dans l'Inde la réputation d'avoir beaucoup d'esprit. Avec ses sœurs, spirituelles sans doute comme elle et jolies, quelques amis bien choisis parmi les conseillers et les officiers, elle semble avoir formé la plus unie et la plus gaie.

L'argent ne manquait pas ; on le dépensait aussi vite et aussi joyeusement qu'il était gagné. Les jeunes femmes avaient sans doute, comme à Pondichéry, bien du temps à perdre : Dupleix leur reprochait, avant leur venue, de ne pas l'employer à lui envoyer des vingt pages d'écriture. On dut recommencer les fêtes et les par ties dont le voyage à Madras est un exemple tragi-comique. On avait des voisins européens, le directeur hollandais de Chinsura, Sichterman, celui du comptoir ostendais, Schonamille, même les conseillers anglais de Calcutta. Les relations d'affaires et de voisinage étaient autant d'occasions de se recevoir réciproquement. L'arrivée des vaisseaux d'Europe ouvrait aussi une saison de plaisir autant que de travail. Et quand, les vaisseaux repartis, le comptoir retombait dans son calme, la vie du petit cercle oîi se plaisait Dupleix continuait plus paisible, mais non sans agrément. Il aimait la musique; il avait jadis emporté aux Indes une basse de Tiole. Il avait acheté aux Hollandais des esclaves musiciens qu'il avait payés fort cher et dont il avait composé un petit orchestre

Joseph-XavierNicolas Bacchus de Saint-Paul, 23 octobre 1737. La marraine, Rose de Castro, a déclaré ne savoir signer.

(1) Col. État civil de Pondichéry, G' 125.

(2) La première femme de Saint-Paul est l'ancienne maîtresse de Duvelaër. Elle meurt sans sacrements, assez comme elle a vécu, dit Dupleix. Ars., 4743, 59, décembre 1735 (Voir plus haut le recrutement du personnel). M°" Guillaudeu,^ femme du conseiller, fait serment de ne pas se trouver où sera Dupleix. Ars., 4743, 72. 20 février 1736, Dupleix à Guillaudeu.

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