CHAPITRE VII
qu'il appelait sa symphonie (i). Quinze ans après, il regrettait encore son hautbois de Bengale {-).
« Nous tâchons de nous divertir, écrit-il au capitaine de Saint- * Georges, son ami [^), et nous avons établi une chevalerie dont « vous entendrez parler. Elle nous procure des assemblées où l'on t se réjouit à merveille, mais nous ne recevons dans cet ordre que « gens dont l'humeur convient à la société. Tout autre en est exf pédié. Ainsi voyez si vous convenez. L'on pourra, à ma considé- « ration, vous passer bien des choses, et si vous ne pouvez venir « vous-même pour être reçu, je vous promets, aussitôt que vous € aurez fait passer votre supplique, que l'on vous enverra la croix, < les brevets et les statuts,
« La sœur Marie se porte à présent beaucoup mieux, écrit-il à € Aumont. Le reste des frères et des sœurs se porte bien. L'on « attend les absents pour recommencer les chapitres, où je compte, € si Dieu me donne vie, chanter les plus mélodieux Béné (^). »
Il est aussi question de sœur Ursule, de frère Jacob, son fiancé, de sœur Rosette et de frère Carloman, son jeune mari (à).
Ces réunions intimes n'empêchaient pas les réceptions plus fastueuses où, malgré sa sobriété personnelle, il tenait par orgueil à égaler les directeurs étrangers. Nous voyons par sa correspondance qu'il tenait à honneur d'avoir une table recherchée. Dès 1732, il faisait venir de France vaisselle et provisions, une caisse de verres assortis, quelques botiches d'olives de Provence, d'anchois, d'huile, une centaine de bouteilles de vin de Pakarète (6). C'est à son frère qu'il adressait ordinairement les commissions de ce genre 0). Duvelaër, son ami, directeur à Lorient, lui envoyait des vins de Champagne et de Bourgogne que les Français de l'Inde préféraient aux vins du Rhin : « Pour ce qui est de moi, dit Dupleix, vous
(Ij Ars., 4744, 66. Hamont en a conclu qu'il composait des symphonies.
(2) Fr., n. acq., 9151. Dupleix à Godeheu, 9 novembre 1753.
(3) Ars., 4743, 59. Dupleix à Saint-Georges, 19 décembre 1735.
(4) Ars., 4743, 77. Dupleix à Aumont, 4 mars 1736. Les Béné sont sans doute quelque formule de réception, imitée de Molière, à l'usage de la chevalerie de Chandernagor. La sœur Marie est M"": Aumont.
(5) Ars., 4743, 76. Dupleix à Vincens, 4 mars 1736.
(6) Fr., 8979, 65. 30 novembre 1732, Dupleix k Casaubon.
(7) Ibid., 13. 30 novembre 1732, Dupleix à son frère.
« savez le peu de cas que je fais de toutes ces espèces. » Pour les autres, il demande Champagne, Bourgogne, Côte-Rôtie, des liqueurs, surtout du parfait amour (')
Ces réceptions et ces travaux ne prenaient qu'une part de son temps. Il paraît s'être adonné à certaines études au moins comme délassement. Il avait des goûts scientifiques, se faisait envoyer d'Europe les bons livres nouveaux dont il voyait les comptes rendus dans le Mercure. Il était curieux d'estampes. Un jour il demande à son frère de lui en procurer un recueil en quatre volumes du prix de 800 livres, contenant plus de six cents estampes. Il demande l'ouvrage de Réaumur sur les insectes (2). Non content de lire les livres des autres, il s'occupe lui-même de recherches analogues. Il envoie à l'abbé Pluche, auteur du Spectacle de la nature, un journal, tenu depuis trois années, de la pluie tombée à Bengale, pour confirmer son système de la formation des pluies par l'évaporation des mers (^^). Il remercie un correspondant de lui avoir envoyé « la dissertation d'un petit monstre dont une femme indienne est accouchée W. » Le conseiller Groiselle, qui était chef à Patna, lui expédiait des animaux vivants, des cerfs, des oiseaux, un rat blanc. Un sieur du Cap lui apportait des monnaies du Népaul, des boîtes d'argent, des peintures, et recevait mission de continuer à rechercher les curiosités de toutes sortes (5).
Il aimait aussi les armes du pays, les diamants, les verreries. Il demande à Groiselle de lui envoyer de Patna un sabre, un arc, un carquois garni de flèches, « le tout propre et riche, rien de commun, * et un service à dessert de verre doré. Il le prie de lui faire savoir ce qu'il trouvera de curieux (6).
Il écrivit jusqu'à Delhi pour avoir des miniatures qui se faisaient sur papier à Agra et représentaient * les rois Mogols, les seigneurs, les dames et plusieurs autres choses de cette nature, tant à nu qu'habillées. » Il se disait fort curieux de peintures (7;, et le premier
(1) Fr., 8982, 16. 15 janvier 1739, Dapleix à son frère.
(2) Fr., 8982, 16. A son frère, 15 janvier 1739. '3i Ibid., 236, A l'abbé Pluche, 5 février 1740.
(4) Ars., 4743, 40. Au frère Laupia, 19 décembre 1735.
(5) Fr., 8982, 111. A Groi.selle, 20 août 1739.
(6) Ars., 4743, 70. A Groiselle, 20 février 1736.
(7; Fr., 8979, 6. A Forestieri à Delhi, 4 novembre 1731.