CHAPITRE Ml. i
envoi ayant été gâté par la pluie, il pria son correspondant d'en faire un second (' .
Il aimait les animaux. Il avait, outre les cerfs et les oiseaux dont on a parlé, des chiens, entre autres un appelé Fidèle, qu'il regretta longtemps et dont il avait gardé la race ^2).
Il lisait aussi avec une certaine passion les gazettes, et priait ses voisins de Calcutta de lui faire passer celles qu'ils avaient, fussentelles en anglais. Il ne savait pas cette langue, mais, dit-il, « nous « avons ici des messieurs qui sauront bien me les expliqucir (3). »
Il est curieux que cette vivacité d'esprit dont fait preuve Dupleix ne l'ait jamais porté à étudier ni l'anglais ni les langues indiennes, qu'il lui eût été bien facile d'apprendre s'il l'eût voulu.
Il organisa un théâtre de société à Chandernagor, sur lequel malheureusement nous n'avons pas d'autres renseignements W.
Il ne faut pourtant pas croire qu'il ait donné à ces amusements la meilleure part de son temps. L'ambition d'avancer, l'ardeur de parvenir à la richesse, sont ses passions dominantes. Son commerce le préoccupait sans cesse. Il y déployait une ingénieuse audace et d'admirables qualités de persévérance. Le commerce d'Inde en Inde se faisait surtout en transportant d'une partie de l'Inde dans l'autre les marchandises indigènes, à l'exclusion des marchandises d'Europe réservées à la Compagnie. Chaque contrée offrait certains produits en abondance et manquait de certains autres. Le Malabar, Mahé et Calicut fournissaient le poivre et le bois de santal; la Chine donnait le camphre, l'or, le vif-argent, la porcelaine; la Perse, ses belles laines de Carmanie et des parfums; on trouvait au Bengale le riz, la verrerie, le meilleur salpêtre; on rapportait de Manille ou des Maldives les cauris, d'Achem (Atchin), le bois de teck. Les vaisseaux partaient chargés des produits du pays et allaient d'escale en escale, faisant un véritable cabotage; parfois aussi, ils allaient en droiture à une seule destination. En tous cas, ils revenaient à leur port d'attache avec un fret de marchandises étrangères qui y fussent de bonne défaite. Tous les Eu-
(1) Ibid., 52. 2 septembre 1732.
(2) Ars., 4744, .36. A la Garde-Jazier, 15 décembre 1736.
(3) Fr., 8980, 8. 12 juin 1737, à M. Stackhouse, gouverneur de Calcutta.
(4) Fr., 8982, 24. A M. Eliot, 20 juin 1739.
ropéens et un grand nombre de marchands maures faisaient ce commerce. Qu'ils fussent propriétaires ou non des vaisseaux, les commerçants comme Dupleix ne faisaient pas à eux seuls les cargaisons. Selon leurs ressources ou leurs vues, ils chargeaient euxmêmes le vaisseau ou prenaient du fret. Ils étaient à la fois négociants et transporteurs, ce qui n'est d'ailleurs que fort ordinaire. Ces armements ne comportaient pas une grande mise de fonds; les vaisseaux n'avaient pour équipage que des lascars, sauf l'état-major et une dizaine de matelots européens; ils coûtaient peu ('), bien moins qu'en Europe, parce que, étant bâtis au Pégou, oîi l'on trouvait à pied d'œuvre toutes sortes de bois de construction pour rien, les ouvriers seuls causaient la dépense; encore était-elle très modique (2). Quant aux frais d'armement, un vaisseau de 500 tonneaux évalué 80,000 livres, armé de quelques Européens et de matelots maures, coûtait par an 80,000 livres tous frais faits (3).
(1) Le brigantin le Fortuné (1731) avait coûté 5.300 roupies, mais il était en mauvais état ; le Harrisson, 1732 (alias Aimable), 17,000 roupies ; le Bal, 1732 (alias Diligent), le meilleur voilier de l'Inde, 30,000 roupies; la Princesse Emilie (1738), 12,050 roupies ; le CautHs (1731), 5,500 roupies; la Concorde (1739), 16,000 roupies.
(2) Col. C*, 20, 62. Mémoire de Dupleix sur le commerce de la Compagnie,
(3) Col. C» divers, 6, fol. 71. Tableau des dépenses ordinaires pour un an des vaisseaux naviguant d'Inde en Inde. (Vers 1735, de La Bourdonnais, très pi'obablement, vu les allusions fréquentes à son projet de faire de l'île de France l'entrepôt de ce commerce.)
Un capitaine 2,700 1.
Un second 1,800
Un troisième officier 1,350
Un quatrième officier 900
Un maître d'équipage européen 750
Un canonnier 750
Un contremaître 600
Dix matelots chrétiens ou métis, 12 1. par mois 3,000
Soixante-dix lascars ou matelots maures, 6 1. par mois. . . . 12,350
Riz, légumes secs, huile, etc. (pour l'année) 4,800
Carène, gréement 35,000
Assurance (10 °/o de la valeur du vaisseau) 8,000
Intérêt de 80,000 1. à 5 "/o l'an 4,000
Cas fortuits '^>000
Total 80,0001.
ou 32,000 roupies.