‹ DupleixChapitre 83 sur 189 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

plein développement. Il avait expédié, de concert avec ses associés, onze vaisseaux pour les différentes destinations ordinaires H).

Pendant les mois qui suivirent leur départ, le bruit courait dans l'Inde que Lenoir, le gouverneur de Pondichéry, partirait en octobre i73o. Il l'avait écrit à Burat, mais Dupleix croyait que c'était une ruse de sa part pour découvrir les sentiments cachés. Comme Lenoir avait fait récemment séquestrer par la force, et d'accord avec les Anglais de Goudelour, un vaisseau suédois venu pour commercer dans l'Inde, Dupleix espérait qu'il y aurait là un prétexte pour son rappel. Le bruit courait aussi à Pondichéry que luimême allait y revenir parce qu'il faisait réparer la maison de son jardin.

Certes, quoique moins désireux qu'en 1731 du poste de gouverneur, il eût été assez flatté d'un pareil avancement. Mais il ne tarda pas, s'il en avait eu quelque espérance, à être détrompé. Le Saint-Pierre, arrivant des îles le 8 juillet, apporta la nouvelle du remplacement de Lenoir par Dumas et de Dumas aux îles par La Bourdonnais : « Je ne suis du tout point étonné du premier,

* écrit Dupleix ('-), mais pour le second, les bras m'en sont tomf bés. Il faut croire que la tête a tourné à la Compagnie ou bien

* qu'elle veut perdre les îles. Il est assez fâcheux pour M. Lenoir t d'être relevé par le plus cruel de ses ennemis qu'il traita en face « de la Compagnie de fripon, offrant d'en donner la preuve.... «■ Bien des gens comptaient que je devais relever M. Lenoir. Je ne « l'ai jamais cru, de façon que cette nouvelle ne m'a pas surpris. « Je ne pouvais, du reste, quitter si vite ce pays sans apporter un « dérangement considérable à mes affaires particulières qui, ma « foi, me touchent plus que l'honneur d'être gouverneur de Pondi- « chéry, honneur qui ne date de rien, lorsque nous serons rendus f en Europe, où chacun rentrant dans sa coquille ne se fera distin- « guer qu'autant qu'il aura du bien. > Et il ajoutait ces mots où

(1) Ars., 4743. 11. Dupleix à Burat (son associé), chef à Cassimbazar, 26 mai. Vincent (Aimable a touché à Cochin le 1" février; Atmiont (?) a touché à Cochin le 11 janvier ; Diligent à Surate et Bender ; Qn.atre-Sœurs, à Mangalore ; Chandernagor, à Mahé, 13 mars ; Union, à Mahé, 20 mars ; V Entreprenant Ta à Mascate, deux vaisseaux aux Maldives, un vaisseau à Manille.

(2) Ars., 4743, 23. Dupleix à Burat, 4 août 1735.

148 Dll'LlilX, SES PLANS POLITIQUES, SA DISCRACE.

se marque son dépil : « Au surplus, j'ai la consolation de voir que t l'on aurait été fâché de me perdre en ce pays. »

Il parle naturellement de l'événement à tousses correspondants, mais à ses amis il laisse voir le fond de sa pensée et il semble qu'il ait été plus froissé de la nomination de La Bourdonnais que de celle de Dumas. Il fit d'assez bonne grâce son compliment à Dumas en le priant de lui garder la même amitié qu'il avait eue jusqu'à présent, mais il ajouta : « La nomination de M. de LaBour- « donnais à votre place m'a surpris ainsi que toute l'Inde iO. Dieu « veuille que la Compagnie n'ait point lieu de s'en repentir. La « vivacité et la pétulance du sujet me le font craindre. »

Il écrivit aussi au directeur Castanier qu'il avait appris avec assez de tranquillité la nomination de Dumas, bien qu'il eût quelques i-aisons de croire qu'il pouvait prétendre à ce poste, mais qu'il avait été infiniment étonné d'apprendre que La Bourdonnais en avait la survivance assurée, comme on pouvait le voir par les lettres qu'il écrivait à tout le monde (2).

C'était là le vrai motif de son ressentiment. Avec ses amis, il se gêne moins. Dans la lettre qu'il écrit à l'ancien major de Pondichéry La Farelle, sa pensée peu bienveillante apparaît sans ménagement : « Que direz-vous, écrit-il (3), de la nomination de La Bour- « donnais au gouvernement des deux îles? Il n'a rien épargné « pour obtenir ce poste, tout a été employé et il a, dit-on, beaucoup « d'obligation à son épouse. Je n'en crois rien, elle est trop bien « élevée pour avoir fait aucune bassesse, mais cependant, ce diable « de bruit ne vaut rien du tout. Tous les officiers des vaisseaux le « disent. Je ne sais si la Compagnie sera satisfaite de ce nouveau « gouverneur.... : vous le connaissez, je n'en dis point davan- « tage. »

Enfin il dit à Duvelaèr W : « J'admire la modestie de La Bourdon-

(1) Ars., 4743, 36. Dupleix à Dumas, le 19 décembre 1735.

Il ne faut pas oublier que La Bourdonnais ne faisait plus partie du personnel de la Compagnie, étant passé au service des Portugais.

(2) Ars., 4743, 47. Dupleix à Castanier, 19 décembre 1735.

(3) Ars., 4743, 52. Dupleix à La Farelle, 19 décembre 1735.

(4) Directeur à Lorient. Ars., 4743, 56. Dupleix à Duvelaër, 19 décembre

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