LL ETES
Les nombreuses observations dont nous avons donné la relation non-seulement prouvent l'influence thermométrique, mais encore fixent les limites auxquelles peuvent parvenir les tissus aux diverses températures, sans perdre leurs propriétés de nutrition.
Remarquons que ce mode d’action sur les propriétés de nutrition est absolument le même que sur toutes les autres propriétés inhérentes aux tissus. En effet, d’un côté nous voyons, la chaleur agir en détruisant les propriétés d’où résultent les mouvements, d’un autre côté le froid en retardant leur disparition.
Il n’est rien qui doive nous étonner dans celte concordance. Toutes ces manifestations doivent se produire tant quil y a vie dans la partie. Or la vie disparaîtra plus vite sous l'influence de la chaleur que sous l'influence du froid, car le mouvement dénutritif est d'au tant plus actif que la température est plus élevée, et d'autant moindre que cette température est plus basse. |
La conservation d’un lambeau dépend également de l’état hygrométrique du milieu dans lequel il est conservé ; si dans nos expériences nous avons fait usage de pêtits tubes de verre pour renfermer nos greffes, nous “avions en vue de les soustraire moins à l’action de l'air qu’à celle de l'humilité. Onsait, en effet, que, sous l’influence de cette dernière, l’altération des tissus a lieu plus rapidement ; dans un tel milieu les ferments réagissent avec plus d'intensité aux dépens des matières azotées.
Le volume variable sous lequel est conservé un tissu n’est pas sans apporter une différence dans la durée de Ja vitalité. La longévité est en raison inverse de la masse.
PE
C'est ce que chacun constate quotidiennement dans l’altération spontanée des viandes alimentaires. Cellesci résistent d'autant plus longtemps à la décomposition, toutes choses égales d'ailleurs, qu’elles offrent un plus petit volume. Et dans tous les cas les parties périphériques sont déjà atteintes lorsque le centre est encore intact.
Muis jusqu'ici, dans cette étude de la durée vitale des éléments, nous n'avons parlé que de l'influence des températures comprises entre zéro et + 30°. Il faut maintenant examiner l’aclion des tempéraiures supérieures ou inférieures à ces deux limites.
Sur ce point, nous n’avons aucune expérience personnelle. Les résultats que nous allons donner, nous les empruntons à la thèse de M. Bert.
Une chaleur d'environ + 50° à laquelle ont étéexposées pendant une heure vingt minutes, les queues de deux surmulots a rendu ces dernières impropres à la vie. (Bert, Vifaiité des tissus, exp. Lxvn et Lxvurr.)
Mais dans ces deux faits, il faut tenir compte de deux éléments : du degré de la chaleur et de la durée de son influence. Cette remarque est importante; car, si la durée de l'exposition est moindre, les éléments peuvent conserver leur vitalité, quoique exposés à une température égale et même plus élevée.
Trois expériences, en effet (exp. Lx1v, Lxv, et Lxvi), nous montrent que des températures de + 45° + 50° + o1",ne peuvent être nullement dangereuses, pourvu que les tissus ne subissent l’action du calorique que pendant quelques minutes (quinze minutes environ).
Si, au lieu d'exposer les tissus en expérience à la vapeur d’eau, on les immerge dans l’eau chaude, les élé-
— À] — ments de ces tissus éprouvent certaines modifications qui n’entraînent pas la mort, mais qui changent leur mode de vitalité, Dans la plupart des expériences faites dans ces conditions, on a noté une résorption assez rapide de la partie greffée qui avait contracté adhérence. (Exp. Lxv).
On peut comparer, il nous semble, cette résorption, suite d'immersion dans l’eau chaude, aux phénomènes observés, chez l’homme, consécutivement à des brûlures produites par une source de chaleur de moyenne intensité, mais dont l'influence a duré un certain temps.
Le calorique pénètre profondément dans l'épaisseur des tissus sans les attendre violemment; mais les éléments anatomiques subissent quelques changements dans leur composition et dans leur mode de nutriton. Dans ces cas, ia lésion paraît dans les premiers jours superficielle, tandis qu'elle est réellement plus profonde, ainsi qu’on le constate dans l’avenir. En outre, les éléments qui ne sont pas mortfiés ont besoin de se restaurer pour être à même de concourir à l’élimination des eschares et à la réparation des tissus. Et le nombre des cellules modifiées dans leur vitalité ne peut-il pas expliquer également la mort de l'individu dans certains cas de brûlure, où le calorique, quoique n'ayant engendré qu'un premier degré, a éteint par rayonnement une surface énorme et a pénétré à une grande profondeur. La vie du pauvre blessé ne peut subsister, tant est amoindrie la vie dans un grand nombre d'éléments composant son être.
Le froid est beaucoup moins redoutable que la chaleur pour la vie des cellules, ainsi que le témoignent
Georges Martin. 4
cinq expériences (LXIX, LXX, LXXI, LXXI et LxxIL), dans lesquelles des queues de rats ont été soumises, s02/ dans l'air, soit dans l'eau, pendant un temps assez long (3 h. 30, 2 h. 30,3 h., 2 h. 30, 2 h. 30), à des températures notablement inférieures à zéro. Dans tous ces cas, les greffes ont parfaitement réussi. Toutefois, les phénomènes consécutifs à l'adhérence nous obligent à faire iei une distinction. Dans les cas où le thermomètre marquait de zéro à — 5°, la partie greflée n’a subi aucune modification dans sa composition anatomique, tandis qu'il n’en est pas de même à une température plus basse, lorsque le thermomètre marquait — 6°, — 12° et — 16°, le tissu inséré était devenu malade: la moelle de l’intérieur des vertèbres s'était remplie de médullocelles et au bout de quelques mois les os s'étaient résorbés. Néanmoins, les éléments anatomiques peuventsupporter une température inférieure sans que consécutivement la résorption nes'empare d'eux, pourvu que le séjour, dans un mileu réfrigérant, ne soit pas aussi prolongé. Soumise à l'influence d'une température de + 18°, une queue de ral a rapidement contracté adhérence, et les phénomènes consécutifs dans l’intérieur des tissus n’ont consisté que dans l'apparition de quelques médullocelles, sans la moindre résorption osseuse (Lxx1v). Puisque les tissus conservent leurs propriétés vitales de nutrition, après avoir élé soumis à l'épreuve de températures aussi basses, il faut bien admettre que, quoiqu'ils soient roides et durs, les éléments anatomiques ont besoin, pour être congelés, d’un froid plus intense. La limite extrême où le froid apporte des modifications de structure incompatibles avec la vie, n’a pas élé encore délerminée expérimentalement; mais
les faits que nous venons d'analyser suffisent grandement à éclairer la pratique chirurgicale.
Après avoir montré par des preuves directes les avantages qu'offrent le froid et un espace confiné pour la conservation de la vitalité des éléments, il convient de se demander s’il n'existe pas quelques agents physiques ou chimiques, qui, en s’oppvsant aux transformations putrides, agiraient dans le même sens et viendraient augmenter la durée de la vie cellulaire.
Pour le moment, on ne connaît aucun médicament capable de prolonger cette vie. Mais ne pourrait-il pas se faire que quelques dissolutions alcalines fussent propres à conserver, pendant un laps de temps plus ou moins long, les propriétés de nutrition, comme on l’observe pour la contractilité musculaire. On sait que M. Caliste constata que l'irritabilité musculaire se conservait pendant longtemps dans une solution étendue de potasse, tandis que l’action seule de l’eau distillée la détruisait assez rapidement. On sait en outre que M. Pélikan a vu des muscles de grenouilles, plongés dans ces solutions, être encore intacts après quatorze jours. Enfin, M. Brown-Séquard a remarqué la contractilité de l'iris pendant seize jours; ce que ce physiologiste explique par le séjour de cette membrane dans les milieux alcalins de l'œil.
Nous regrettons que le temps ne nous ait pas permis d’expérimenter avec ces liquides, mais nous nous proposons à la première occasion de les étudier,
Maintenant, nous passons à l'examen de certains corps liquides ou gazeux, dans le but d'apprécier leur nocuité ou leur innocuité.