FAIT DE M. LE FORT
Il s’agit ici d’un cas d’ectropion.
Un lambeau suffisamment large, pour qu’il puisse, après rétraction, recouvrir la surface cruentée, est taillé sur la face. externe du bras gauche. M. Le Fort prend soin de comprendre dans ce lambeau toute l'épaisseur de la peau, mais sans intéresser le tissu cellulo-xraisseux qui double sa face profonde.
L'état anatomique de la partie qui reçut le lambeau n'est pas décrit dans l'observation ; on sait seulement d’une manière générale que si, à l’état normal, le tissu cellulaire sous-cutané de la paupière est lâche, il devient au contraire assez résistant et compacte quand une affection chronique s'empare de cette partie.
Cherchons maintenant si nous pouvons découvrir
cette même influence dans les différents cas de réussite obtenus sur les animaux.
LS 5 LE Sur l'âne. — La seule expérience que nous connaissions sur cet animal est celle de Wiesmann. Cest à la partie inférieure du cou qu’il enleva un morceau large d'un pouce et long d'un pouce et demi. L'auteur ne donne aucune autre indication.
Sur la chèvre. — Dans l'observation du succès obtenu sur cet animal par le même physiologiste, il nous est également impossible de rien trouver.
Sur le mouton. — Baronio, dans ses deux premières opérations, enleva ses lambeaux des deux côtés de la colonne vertébrale, un peu au-dessus de l’origine de la queue, et eut le soin que toute la peau fût bien enlevée avec son tissu cellulaire. Dans les deux opérations qui suivirent, l'opération fut faite sur le même mouton parallèlement à la colonne vertébrale et à 4 pouces plus haut que dans les opérations précédentes. [l n’est pas donné d’autres détails. Enfin, dans les deux dernières expériences, les lambeaux, pris encore parallèlement à la colonne vertébrale, près des épaules, comprenaient non-seulement le tissu cellulaire, mais encore quelques fibrescharnues. lei, iln’y a pas de doute à avoir, l’insertion a bien été faite sur tissu dense.
Wiesmann, pour une des deux expériences sur les béliers, nous donne des renseignements des plus précis. Dans celle qui porte le n° 1x, l’opération fut faite au niveau de l’os sacré, et le lambeau comprend un peu du muscle cutané, de telle manière que le tissu cellulaire sous-jacent est soulevé, mais nullement atteint.
Il nous est impossible de rien découvrir ayant rapport à la recherche que nous poursuivons dans les reiations
— 66 — ’ de succès de Dieffenbach et de Lantilhac sur le lapin, de même que dans celles de M. Bert.
Comme on le voit, il est difficile de trouver, dans tous les cas de succès que nous venons de parcourir, l'influence de la texture dense.
Du reste, c’est un fait presque constant en médecine, il est fort difficile d'appuyer sur les observations antérieures une théorie nouvelle ;-c'est plutôt aux expériences futures à les confirmer. Qu'il nous soit permis d'ajouter que nous avons l'espoir de voir nos idées Jusüfiées par les recherches de l'avenir.
Nous ne sommes d’ailleurs pas les premiers qui attirons l'attention sur ce point après expérimentation ; d'autres, avant nous, et sans que nous le sachions, avaient déjà fait cette remarque.
Dans un article du docteur Bardet intitulé : Réflexions sur les plaies avec ablation, publié dans l'annuaire de la Société de médecine du département de l'Eure, pour 1812, voici ce qu'on lit :
« En vain, vous réunirez les plaies avec ablation dans les parties du corps qui n’auront pas un tissu ferme, spongieux, pulpeux, comme aux ailes du nez, au menton, à la circonférence des lèvres, à la partie antérieure du bout des doigts, à la partie antérieure des orteils. »
En outre, tout dernièrement, M. Le Fort, à la Société de chirurgie (1), exprimait la même idée, en des termes peut-être moins précis: « J’ai eu le tort, dit ce chirurgien, dans cette première tentative, de prendre la peau dans loute son épaisseur ; j'espère, au contraire, le suc-
(4) Séance de la Société de chirurgie, 31 janvier 1872; Gazelte des : hôpitaux, n° 17. 1872.