III. — Explication de l'influence de la température
Dans le commencement de nos expériences, nous nous étions imaginé que la coaplation organique ne pouvait se faire que dans le cas où la chaleur du lambeau était sensiblement équivalente à celle du corps, et nous pensions, pour cette raison, que, si les expériences de mammifères sur oiseaux réussissaient, tandis que celles d'oiseaux sur mammifères avaient jusqu'ici échoué, cela tenait à ce que, dans les premières, le lambeau transplanté trouvait sur le corps de l'oiseau une chaleur suffisante, tandis que, dans les secondes, il n'en était pas ainsi pour le lambeau de l'oiseau transplanté sur le mammifère. Nous avons voulu appuyer cette idée théorique par des expériences, et voici ce que nous avons fait. Sur deux ulcères en bon état nous avons inséré une vingtaine de greffes prises sur moineau, pigeon el poule; nous avons mis en même temps, sur les mêmes
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ulcères, comme terme de comparaison, une dizaine de greffes dermo-épidermiques humaines dont le résultat, comme on le sait, est presque toujours heureux. Mais quel n’a pas été notre étonnement de voir les premières œreffes adhérer presque aussi bien que les autres. Il fallait done abandonner notre première idée, d'autant plus qu’à la même époque il nous fut envoyé, par le D' Immisch, médecin des duels de l’Université d'Heidelbere, un certain nombre de faits dont on trouvera plus loin la relation, et dans lesquels ce praticien raconte avoir obtenu plusieurs succès au moyen de l’emploi de compresses d’eau glacée.
A la suite de ces faits, voici, sur le point qui nous occupe, ce que nous croyons pouvoir admeltre.
Il est un fait observé que la cicatrisation des plaies peut se faire à différentes températures, mais que ces phénomènes de ricatrisation se font beaucoup plus rapidement lorsque la température est élevée. C'est ce que l’on constate, dans la série anormale, chez les êtres dont la température diffère. Et, à ce sujet, citons un passage du savant mémoire de MM. Vulpian et Philippeau (1) sur la régénération des nerfs :
« Les phénomènes de régénération ne marchent pas non plus avec la même rapidité chez les animaux de classes différentes. Ainsi, la régénérat'on paraît se produire plus promptement chez les oiseaux que chez les mammifères, et La tendance à la réunion ou à la production d’un tissu nouveau intermédiaire aux deux bouts séparés parait aussi plus active chez les premiers que chez les seconds. Pour n’en citer qu'un exemple, M. Auguste Valler a vu, trois jours après la section du sciatique, chez un pigeon, l'extrémité inférieure du bout spi-
(4) Mémoire de la Société de biologie, 1859, p. 413.
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nal, présenter un renflement formé par une exsudation gélatineuse dans laquelle on apercevait déjà des fibres nerveuses nouvelles. (Compte-rendu de l’Académie des sciences, 15 mars 1852.)
« Si de la classe des oiseaux nous passons à celle des batraciens, nous trouvons au contraire que les phénomènes de régénération affectent une marche excessivement lente. »
La différence apportée par l'espèce animale dans l'évolution des phénomènes dont il vient d’être question tient uniquement à une différence de température.
La chaleur (1), en effet, qu’elle soit intrinsèque ou extrinsèque, active tout travail cellulaire. Tous les chirurgiens ont constaté que la cicatrisation s'effectue beaucoup plus vite en été qu’en hiver, et que la réunion immédiate s'obtient plus fréquemment dans les pays méridionaux que dans le nord.
La chaleur se comporte, par rapport aux phénomènes de cicatrisation, de la même manière que pour la série des phénomènes qui président à la naissance d’une plante et à son développement complet (2). Sous de clmais différents, deux mêmes plaies reçoivent, pour arriver à guérison, une quantité égale de chaleur.
(1) Guyot, Traité de l’Incubation, 1840.
(2) La durée de la végétation paraît être en raison inverse de la température moyenne; de sorte que, si l’on multiplie cette température moyenne par le nombre de jours durant lesquels une même plante végète dans des climats distincts, on obtient des nombres à peu près égaux. Ce résultat n’est pas seulement remarquable en ce qu’il semble indiquer que sous toutes les latitudes, à toutes les hauteurs, la même plante reçoit, dans le cours de son existence, une quantité égale de chaleur; il peut aussi trouver une application directe en permettant de prévoir la possibilité d’acclimater un végétal dans une contrée dont on connait la .
température moyenne du mois. (Boussingault, Economie rurale, 2 éd., t. II, p. 690).
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Partant de ce fait que la prolifération est plus rapide. à une température élevée, il est facile de comprendre que, dans les cas de greffes, l’adhérence du lambeau aura lieu ‘plus rapidement. Dès lors, ce dernier entre plus promptement dans le torrent de la circulation générale, et par suite se trouve moins longtemps exposé aux chances de mort que peuvent lui apporter les différents agents délétères.
Les cas de réussite du D' Immisch, par l'emploi d’une méthode que nous sommes loin d'adopter, concordent, eux aussi, avec la théorie que nous venons d'émettre. Les compresses d’eau glacée qu'emploie ce chirurgien ont, suivant nous, deux effets différents, mais simultanés. D'une part, si le froid retarde les phénomènes d’adhérence, de l’autre, ainsi que nous l'avons prouvé dans notre premier chapitre, il conserve au tissu du lambeau transplanté une vitalité assez longue pour attendre la formation du pont organique qui lui amènera des aliments de nutrition et lui assurera des moyens d'existence.