‹ Durée et simultanéité, à propos de la théorie dEinsteinChapitre 26 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

distance — dans le temps (le nombre -^ désignant

des secondes du système S'). Cette ligne, on le voit, s'écarte d'autant plus de M'N'P' que la vitesse du système est plus considérable.

Ici encore la théorie de la Relativité prend au premier abord un aspect paradoxal, qui frappe l'imagination. L'idée vient tout de suite à l'esprit que notre personnage en N', si son regard pouvait franchir instantanément l'espace qui le sépare de P', y apercevrait une partie de l'avenir de ce lieu, puisqu'elle est là, puisque c'est un moment de cet avenir qui est simultané au présent du personnage. Il prédirait ainsi à un habitant du lieu P les événements dont celui-ci sera témoin. Sans doute, se dit-on, cette vision instantanée à distance n'est pas possible en fait; il n'y a pas de vitesse supérieure à celle de la lumière. Mais on peut se représenter par la pensée une instantanéité de vi-

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sion, et cola suffit pour que l'intervalle —, de l'avenir du lieu P' préexiste en droit au présent de ce lieu, y soit préformé et par conséquent prédéterminé. — Nous allons voir qu'il y a là un eifet de mirage. Malhcureurement, les théoriciens de la Relativité n'ont rien fait pour le dissiper. Ils se sont plu, au contraire, à le renforcer. Le moment n'est pas venu d'analyser la conception de l'Espace- Temps de Minkowski, adoptée par Einstein. Elle s'est traduite par un schéma fort ingénieux, où l'on risquerait, si l'on n'y prenait garde, de lire ce que nous venons d'indiquer, où d'ailleurs Minkowski lui-même et ses successeurs l'ont effectivement lu. Sans nous attacher encore à ce schéma, (il appellerait tout un ensemble d'explications dont nous pouvons nous passer pour le moment;, traduisons la pensée de Minkowski sur la figure plus simple que nous venons de tracer.

Si nous considérons notre ligne de simultanéité E'N'F', nous voyous que, confondue d'abord avec M NI»', elle s'en écarte au fur et à mesure que la vitesse v du système S' devient plus grande par rapport au système de référence S. Mais elle ne s'en écartera pas indéfiniment. Nous savons en effet qu'il n'\ a pas de vitesse supérieure h celle de la lumière. Doue les Longueurs M'K el PT', égales

ù s , ne sauraient dépasser -. Supposons leur

cette longueur. Nous aurons, nous dit-on, au delà

de E' dans la direction E'H', une région de passé absolu, et au-delà de F' dans la direction F'K' une région ^avenir absolu; rien de ce passé ni de cet avenir ne peut faire partie du présent de l'observateur enN'. Mais, en revanche, aucun des moments de l'intervalle M'E' ni de l'intervalle P'F' n'est absolument antérieur ni absolument postérieur à ce qui se passe en N'; tous ces moments successifs du passé et de l'avenir seront contemporains de l'événement en N', si l'on veut; il suffira d'attribuer au système S' la vitesse appropriée, c'est-à-dire de choisir en conséquence le système de référence. Tout ce qui s'est passé en M' dans un intervalle

écoulé -, tout ce qui aura lieu en P' dans un intervalle à s'écouler - , peut entrer dans le présent,

partiellement indéterminé, de l'observateur en N' : c'est la vitesse du système qui choisira.

Que d'ailleurs l'observateur en N', au cas où il aurait le don de vision instantanée à distance, apercevrait comme présent en P' ce qui sera l'avenir de P' pour l'observateur en P' et pourrait, par télépathie également instantanée, faire savoir enP' ce qui va y arriver, les théoriciens de la Relativité l'ont implicitement admis, puisqu'ils ont pris soin de nous rassurer sur les conséquences d'un tel état de choses1. En fait, nous montrent-ils, jamais

1. Voir, à ce sujet: Langevin, Le temps, l'espace el la causa-

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l'observateur en N' n'utilisera cette immanence, à son présent, de ce qui est du passé en M' pour l'observateur en M' ou de ce qui est de l'avenir en P' pour l'observateur en P'; jamais il n'en fera bénéficier ou pâtir les habitants de M' et de P'; car aucun message ne peut se transmettre, aucune causalité s'exercer, avec une vitesse supérieure à celle de la lumière; de sorte que le personnage situé en N' ne saurait être averti d'un avenir de P' qui fait pourtant partie de son présent, ni influer sur cet avenir en aucune manière : cet avenir a beau être là, inclus dans le présent du personnage enN'; il reste pour lui pratiquement inexistant.

Voyons s'il n'y aurait pas ici un effet de mirage. Nous allons revenir aune supposition que nous avons déjà faite. D'après la théorie de la Relativité, les relations temporelles entre événements qui se déroulent dans un système dépendent uniquement de la vitesse de ce système, et non pas de la nature de ces événements. Les relations resteront donc les mêmes si nous faisons de S' un double de S, déroulant la même histoire que Set ayant commencé par coïncider avec lui. Cette hypothèse va faciliter beaucoup les choses, et elle ne nuira en rien à la généralité de la démonstration.

Donc, il y a dans le système S une ligne MNP dont la ligne MNP est sortie, par voie de dédou-

lilè {Bulletin de la Société française &■ philosophie, 1912) et Bddington, Espace, temps et gravitation, trad. Rossignol, p.61-66.

blement, au moment où S' se détachait de S. Par hypothèse, un observateur placé en M' et un observateur placé en M, étant en deux lieux correspondants de deux systèmes identiques, assistent chacun à la même histoire du lieu, au môme défilé d'événements s'y accomplissant. De même pour les deux observateurs eu N et N', et pour ceux en P et P', tant que chacun d'eux ne considère que le lieu où il est. Voilà sur quoi tout le monde est d'accord. Maintenant, nous allons nous occuper plus spécialement des deux observateurs en N et N', puisque c'est de la simultanéité avec ce qui s'accomplit en ces milieux de ligne qu'il s'agit1.

Pour l'observateur en N, ce qui en M et en P est simultané à son présent est parfaitement déterminé, car le système est immobile par hypothèse.

Quant à l'observateur en N;, ce qui en M' et en P'

1. Pour simplifier le raisonnement, nous supposerons dans tout ce qui va suivre que le même événement est en train de s'accomplir aux points N et N' clans les deux systèmes S et S' dont l'un est le duplicata de l'autre. En d'autres termes, nous considérons N et N' à l'instant précis de la dissociation des deux systèmes, en admettant que le système S' puisse acquérir sa vitesse v instantanément, par un saut brusque, sans passer par les vitesses intermédiaires. Sur cet événement constituant le présent commun des deux personnages en N et N' nous fixons alors notre attention . Quand nous dirons que nous faisons croître La vitesse v, nous entendrons par là que nous remettons les choses en place, que nous amenons encore les deux systèmes à coïncider, que par conséquent nous faisons de nouveau assister les personnages en N et en N' à un même événement, et qu'alors nous dissocions les deux systèmes en imprimant à S', instantanément encore, une vitesse supérieure à la précédente.

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était simultané à son présent, quand son système S' coïncidait avec S, était également déterminé : c'étaient les deux mêmes événements qui, en M et en P, étaient simultanés au présent de N.

Maintenant, S' se déplace par rapport à S et prend par exemple des vitesses croissantes. Mais pour l'observateur en N', intérieur à S', ce système est immobile. Les deux système S et S' sont en état de réciprocité parfaite; c'est pour la commodité de l'étude, c'est pour construire une physique, que nous avons immobilisé l'un ou l'autre en système de référence. Tout ce qu'un observateur réel, en chair et en os, observe en N, tout ce qu'il observerait instantanément, télépatliiqucment, en n'importe quel point éloigné de lui à l'intérieur de son système, un observateur réel, en chair et en os, placé en N', l'apercevrait identiquement a l'intérieur de S'. Donc la partie de l'histoire des lieux M' et P' qui entre réellement dans le présent de l'observateur en N' pour lui, celle qu'il apercevrait en M' et P' s'il avait le don de vision instantanée à distance, est déterminée et invariable, quelle que soit la vitesse de S' aux yeux de l'observateur intérieur au système S. C'est la partie même que l'observateur en N apercevrait en M et en P.

Ajoutons que les horloges de S' marchent absolument pour l'observateur en N' comme celles de S pour l'observateur en N, puisque S et S' sont en état de déplacement réciproque et par conséquent

interchangeables. Lorsque les horloges situées en M, N, P, et réglées optiquement les unes sur les autres, marquent la même heure et qu'il y a alors par définition, selon le relativisme, simultanéité entre les événements s'accomplissant en ces points, il en est de même des horloges correspondantes de S' et il y a alors, par définition encore, simultanéité entre les événements qui s'accomplissent en M', N', P', — événements qui sont respectivement identiques aux premiers.

Seulement, dès que j'ai immobilisé S en système de référence, voici ce qui se passe. Dans le système S devenu immobile, et dont on avait réglé les horloges optiquement, comme on le fait toujours, dans l'hypothèse de l'immobilité du système, la simultanéité est chose absolue ; je veux dire que, les horloges y ayant été réglées, par des observateurs nécessairement intérieurs au système, dans l'hypothèse que les signaux optiques entre deux points N et P faisaient le même trajet à l'aller et au retour, cette hypothèse devient définitive, est consolidée par le fait que S est choisi comme système de référence et définitivement immobilisé.

Mais, par là même, S' se meut; et l'observateur en S s'aperçoit alors que les signaux optiques entre les deux horloges en N' et P' (que l'observateur en S' a supposés et suppose encore faire le même chemin à l'aller et au retour) font maintenant des trajets inégaux, — l'inégalité étant d'autant plus

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grande que la vitesse de S' devient plus considérable. En vertu de sa définition, alors, (car nous supposons que l'observateur en S est relativiste), les horloges qui marquent la même heure dans le système S' ne soulignent pas, à ses yeux, des événements contemporains. Ce sont bien des événements qui sont contemporains pour lui, dans son système à lui; comme aussi ce sont bien des événements qui sont contemporains, pour l'observateur en N', dans son propre système. Mais, à l'observateur en N, ils apparaissent comme successifs dans le système S'; ou plutôt ils lui apparaissent comme devant être notés par lui successifs, en raison de la définition qu'il a donnée de la simultanéité. Alors, à mesure que croît la vitesse de S', l'observateur en N rejette plus loin dans le passé du point M' et projette plus loin dans l'avenir du point P' — par les numéros qu'il leur marque — les événements, s'accomplissant en ces points, qui sont contemporains pour lui dans son propre système, et contemporains aussi pour un observateur situé dans le système S'. De ce dernier observateur, en chair et en os, il n'est d'ailleurs plus question ; il a été vidé subrepticement de son contenu, en tout cas de sa conscience; d'observateur il est devenu simplement observé, puisque c'est l'observateur en N qui a été érigé en physicien constructeur de toute la science. Dès lors, je le répète, à mesure que v augmente, notre physicien note comme de plus en

plus reculé dans le passé du lieu M', comme de plus en plus avancé dans l'avenir du lieu P , l'événement toujours le même qui, soit en M' soit en P', ferait partie du présent réellement conscient d'un observateur en N' et par conséquent fait partie du sien. Il n'y a donc pas des événements divers du lieu P', par exemple, qui entreraient tour à tour, pour des vitesses croissantes du système, dans le présent réel de l'observateur en N'. Mais le même événement du lieu P', qui fait partie du présent de l'observateur en N' dans l'hypothèse de l'immobilité du système, est noté par l'observateur en N comme appartenant à un avenir de plus en plus lointain de l'observateur en N', à mesure que croît la vitesse du système S' mis en mouvement. Si l'observateur en N ne notait pas ainsi, d'ailleurs, sa conception physique de l'univers deviendrait incohérente, car les mesures inscrites par lui pour les phénomènes qui s'accomplissent dans un système traduiraient des lois qu'il faudrait faire varier selon la vitesse du système : ainsi un système identique au sien, dont chaque point aurait identiquement la même histoire que le point correspondant du sien, ne serait pas régi par la même physique que la sienne (au moins en ce qui concerne l'élcctromagnétisme). Mais alors, en notant de cette manière, il ne fait qu'exprimer la nécessité où il se trouve, quand il suppose en mouvement sous le nom de S' son système S immobile, d'incurver la

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simultanéité entre événements. C'est toujours la même simultanéité; elle apparaîtrait telle à un observateur intérieur à S'. Mais, exprimée perspectivement du point N, elle doit être recourbée en forme de succession.

Il est donc bien inutile de nous rassurer, de nous dire que l'observateur en N' peut sans doute tenir à l'intérieur de son présent une partie de l'avenir du lieu P', mais qu'il ne saurait en prendre ni en donner connaissance, et que par conséquent cet avenir est pour lui comme s'il n'était pas. Nous sommes bien tranquilles : nous ne pourrions étoffer et ranimer notre observateur en N' vidé de son contenu, refaire de lui un être conscient et surtout un physicien, sans que l'événement du lieu P', que nous venons de classer dans le futur, redevint Je présent de ce lieu. Au fond, c'est lui-même que le physicien en N a besoin ici de rassurer, et c'est luimême qu'il rassure. Il faut qu'il se démontre à lui-même qu'en numérotant comme il le fait l'événement du point P', en le localisant dans l'avenir de ce point et dans le présent de l'observateur en N', il ne satisfait pas seulement aux exigences de la science, il reste aussi bien d'accord avec l'expérience commune. Et il n'a pas de peine à se le démontrer, car du moment qu'il représente toutes choses selon les règles de perspective qu'il a adoptées, ce qui esl cohérent dans la réalité continue à l'être dans la représentation. La même raison qui

lui fait dire qu'il n'y a pas de vitesse supérieure à celle de la lumière, que la vitesse de la lumière est la même pour tous les observateurs, etc., l'oblige à classer dans l'avenir du lieu P' un événement qui fait partie du présent de l'observateur en N', qui fait d'ailleurs partie de son présent à lui, observateur en N, et qui appartient au présent du lieu P. Strictement parlant, il devrait s'exprimer ainsi : « Je place l'événement dans l'avenir du lieu P', mais du moment que je le laisse à l'intérieur de

l'intervalle de temps futur-, que je ne le recule pas

plusloin, je n'aurai jamais à me représenter le personnage enN' comme capable d'apercevoir ce qui se passera en P' et d'en instruire les habitants du lieu » Mais sa manière de voir les choses lui fait dire : « L'observateur en N' a beau posséder, dans son présent, quelque chose de l'avenir du lieu P', il ne peut pas en prendre connaissance, ni l'influencer ou l'utiliser en aucune manière. » 11 ne résultera de là, certes, aucune erreur physique ou mathématique; mais grande serait l'illusion du philosophe qui prendrait au mot le physicien.

11 n'y a donc pas, en M' et en P', à côté d'événements que l'on consent à laisser clans le « passé absolu » ou dans 1' « avenir absolu » pour l'observateur en N', tout un ensemble d'événements qui, passés et futurs en ces deux points, entreraient dans son présent quand on attribuerait au système S' la

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ritesse appropriée. Il y a, en chacun de ses points, un seul événement faisant partie du présent réel de l'observateur en N', quelle que soit la vitesse du système : c'est celui même qui, en M et P, fait partie du présent de l'observateur en N. Mais cet événement sera noté par le physicien comme situé plus ou moins en arrière dans le passé de M', plus ou moins en avant dans l'avenir de P', selon la vitesse attribuée au système. C'est toujours, en M' et en P', le même couple d'événements qui forme avec un certain événement en N' le présent de Paul situé en ce dernier point. Mais cette simultanéité de trois événements paraît incurvée en passéprésent-avenir quand elle est regardée, par Pierre se représentant Paul, dans le miroir du mouvement. Toutefois l'illusion impliquée dans l'interprétation courante est si difficile à démasquer qu'il ne sera pas inutile de l'attaquer par un autre côté encore. Supposons de nouveau que le système S', identique au système S, vienne de s'en détacher et qu'il ait acquis instantanément sa vitesse. Pierre et Paul étaient confondus au point N : les voici, à. l'instant même, distincts en N et N' qui coïncident encore. Imaginons maintenant que Pierre, à l'intérieur de son système S, ait le don de vision instantanée à n'importe quelle distance. Si le mouvement imprimé au système S' rendait réellement simultané à ce qui se passe en N' (et par conséquent à ce qui se passe on N, puisque la dissociation des

deux systèmes s'effectue à l'instant môme) un événement situé dans l'avenir du lieu P', Pierre assis ■ terait à un événement futur du lieu P, événement qui n'entrera dans le présent dudit Pierre que tout à l'heure : bref, par Intermédiaire du système S', il lirait dans l'avenir de son propre système S, non pas certes pour le point N où il se trouve, mais pour un point distant P. Et plus la vitesse brusquement acquise par le système S' serait considérable, plus son regard plongerait loin dans l'avenir du point P. S'il avait des moyens de communication instantanée, il annoncerait à l'habitant du lieu P ce qui vase passer en ce point, l'ayant vu en P'. Mais pas du tout. Ce qu'il aperçoit en P', dans l'avenir du lieu P', c est exactement ce qu'il aperçoit en P, dans le présent du lieu P. Plus grande est la vitesse du système S', plus éloigné dans l'avenir du lieu P' est ce qu'il aperçoit en Pâmais c'est encore et toujours le même présent du point P. La vision à distance, et dans l'avenir, ne lui apprend donc rien. Dans « l'intervalle de temps » entre le présent du lieu P et l'avenir, identique à ce présent, du lieu correspondant P' il n'y a même de place pour quoi de ce soit : tout se passe comme si l'intervalle était nul. Et il est nul en effet : c'est du néant dilaté. Mais il prend l'aspect d'un intervalle par un phénomène d'optique mentale, analogue à celui qui écarte l'objet de lui-même, en quelque sorte, quand une pression sur le globe oculaire nous le fait voir

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double. Plus précisément, la vision que Pierre s'est donnée du système S' n'est pas autre chose que celle du système S placé de travers dans le Temps. Cette « vision de travers » fait que la ligne de simultanéité qui passe par les points M, N, P du système S paraît de plus en plus oblique dans le système S, duplicata de S, à mesure que la vitesse de S' devient plus considérable : le duplicata de ce qui s'accomplit en M se trouve ainsi reculé dans le passé, le duplicata de ce qui s'accomplit en P se trouve ainsi avancé dans l'avenir ; mais il n'y a là, en somme, qu'un effet de torsion ment île. Maintenant, ce que nous disons du s\stème S', duplicata de S, serait vrai de n'importe quel autre système ayant môme vitesse ; car, encore une fois, les relations temporelles des événements intérieurs à S' sont affectées, d'après la théorie de la Relativité, par la plus ou moiûs grande vitesse du syslème,mais uniquement par sa vitesse. Supposons donc que S' soit un système quelconque, et non plus le double de S. Si nous voulons trouver le sens exact de la théorie de la Relativité, nous devrons faire que S' soit d'abord en repos avec S sans se confondre avec lui, puisse meuve Nous trouverons que C(.v qui était simultanéité au repos reste simultanéité en mouvement, mais que cette simultanéité, aperçue du système S, est simplement placée de travers : la ligne de simultanéité entre les trois points M', N', P' parait avoir tourné d'un certain angle autour de N', de sorte qu'une de ses extrémités

s'attarderait dans le passé tandis que l'autre anticiperait sur l'avenir.

Nous avons insisté sur le « ralentissement du temps » et la « dislocation de la simultanéité ». Reste la « contraction longitudinale ». Nous montrerons tout à l'heure comment elle n'est que la manifestation spatiale de ce double effet temporel. Mais dès maintenant nous pouvons en dire un mot. Soient en effet (%. 6), dans le système mobile S',

Fig. 6.

deux points A' et B' qui viennent, pendant le trajet du système, se poser sur deux points A et B du système immobile S, dont S' est le duplicata. Lorsque ces deux coïncidences ont lieu, les horloges placées en A' et B', et réglées naturellement par des observateurs attachés à S', marquent la même heure. L'observateur attaché à S, qui se dit qu'en pareil cas l'horloge en B' retarde sur l'horloge en A', en conclura que B' n'est venu coïncider avec B qu'après le moment de la coïncidence de A' avec A, et par conséquent que A'B' est plus court que AB. En réalité, il ne le « sait » que dans le sens que voici. Pour se conformer aux règles de perspective

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que nous énoncions tout à l'heure, il a dû attribuer à la coïncidence de B' avec B un retard sur la coïncidence de A! avec A, justement parce que les horloges en A' et B' marquaient la même heure pour les deux coïncidences. Dès lors, sous peine de contradiction, il faut qu'il marque à A'B' une longueur moindre que celle de AB. D'ailleurs l'observateur en S' raisonnera symétriquement. Son système est pour lui immobile; et par conséquent S se déplace pour lui dans la direction inverse de celle que S' suivait tout à l'heure. L'horloge en A lui parait donc retarder sur l'horloge en B. Et par suite la coïncidence de A avec A' n'aura dû s'effectuer selon lui qu'après celle de B avec B' si les horloges A et B marquaient la même heure lors des deux coïncidences. D'où résulte queAB doit être plus petit que A'B'. Maintenant, AB et A'B' ont-ils ou n'ont-ils pas, réellement, la même grandeur? Répétons encore une fois que nous appelons ici réel ce qui est perçu ou perceptible. Nous devons doue considérer l'observateur en S et l'observateur en S', Pierre et Paul, et comparer leurs visions respectives des deux grandeurs. Or chacun d'eux, quand il voit au lieu d'être simplement vu, quand il est référant et non pas référé, immobilise son système. Chacun d'eux prend k l'état de repos la longueur qu'il considère. Les deux systèmes, en état réel de déplacement réciproque, étant interchangeables puisque S' est un duplicata de S, la

vision que l'observateur en S a de ÀB se trouve donc être identique par hypothèse, à la vision que l'observateur en S' a de A'B'. Comment affirmer plus rigoureusement, plus absolument, l'égalité des deux longueurs AB et A'B'? Égalité ne prend un sens absolu, supérieur à toute convention de mesure, que dans le cas où les deux termes comparés sont identiques; et on les déclare identiques du moment qu'on les suppose interchangeables. Donc, dans la thèse de la Relativité restreinte, l'étendue ne peut pas plus se contracter réellement que le Temps se ralentir ou la simultanéité se disloquer effectivement. Mais, quand un système de référence a été adopté et par là même immobilisé, tout ce qui se passe dans les autres systèmes doit être exprimé perspectivement, selon la distance plus ou moins considérable qui existe, dans l'échelle des grandeurs, entre la vitesse du système référé et la vitesse, nulle par hypothèse, du système référant. Ne perdons pas de vue cette distinction. Si nous faisons surgir Jean et Jacques, tout vivants, du tableau où l'un occupe le premier plan et l'autre le dernier, gardons-nous de laisser à Jacques la taille d'un nain. Donnons-lui, comme à Jean, la dimension normale.

Pour tout résumer, nous n'avons qu'à reprendre notre hypothèse initiale du physicien attaché à la Terre, faisant et refaisant l'expérience Michelson-

Morley. Mais nous le supposerons maintenant préoccupé surtout de ce que nous appelons réel, c'est-àdire de ce qu'il perçoit on pourrait percevoir. Il reste physicien, il ne perd pas de vue la nécessité d'obtenir une représentation mathématique cohérente de l'ensemble des choses. Mais il veut aider le philosophe dans sa tâche ; etjamais son regard ne se détache de la ligne mouvante de démarcation qui sépare le symbolique du réel, le conçu du perçu. Il parlera donc de « réalité » et d' « apparence » , de « mesures vraies » et de « mesures fausses ». Bref, il n'adoptera pas le langage de la Relativité. Mais il acceptera la théorie. La traduction qu'il va nous donner de l'idée nouvelle en langage ancien nous fera mieux comprendre en quoi nous pouvons conserver, en quoi nous devons modifier, ce que nous avions précédemment admis.

Donc, faisant tourner son appareil de 90 degrés, à aucune époque de l'année il n'observe aucun déplacement des franges d'interférence. La vitesse de la lumière est ainsi la même dans toutes les directions, la même pour toute vitesse de la Terre. Gomment expliquer le fait?

« Le fait est tout expliqué, dira notre physicien. « Il n'y a de difficulté, il ne se pose de problème « que parce qu'on parle d'une Terre en mouve- « ment. Mais en mouvement relativement à quoi? « Où est le point fixe dont elle se rapproche ou « s'éloigne? Ce point ne pourra avoir été qu'arbi-

« t rai rement choisi. Je suis libre alors de décréter « que la Terre sera ce point, et de la rapporter en « quelque sorte à elle-même. La voilà immobile, et « le problème s'évanouit.

« Pourtant j'ai un scrupule. Quelle ne serait pas « ma confusion si le concept d'immobilité absolue « prenait tout de môme un sens, et s'il se révélait « quelque part un point de repère définitivement « fixe? Sans même aller jusque-là, je n'ai qu'à « regarder les astres; je vois des corps en mouve- « ment par rapport à la Terre. Le physicien « attaché à quelqu'un de ces systèmes extra- « terrestres, faisant le même raisonnement quemoi, « se considérera à son tour comme immobile et « sera dans son droit : il aura donc vis-à-vis de « moi les mêmes exigences que pourraient avoir « les habitants d'un système absolument immobile. « Et il me dira, comme ils auraient dit, que je me (( trompe, que je n'ai pas le droit d'expliquer par « mon immobilité l'égale vitesse de propagation « de la lumière dans toutes les directions, car je « suis en mouvement.

« Mais voici alors de quoi me rassurer. Jamais « un spectateur extra-terrestre ne me fera de « reproche, jamais il ne nie prendra en faute, (( parce que, considérant mes unités de mesure « pour l'espace et le temps, observant le dépla- « cernent de mes instruments et la marche de mes « horloges, il fera les constatations suivantes :

a 1° j'attribue sans doute la même vitesse que lui

« à la lumière, quoique je me meuve dans la di-

« rection du rayon lumineux et qu'il soit immo-

« bile; mais c'est que mes unités de temps lui

« apparaissent alors comme plus longues que les

« siennes ; 2° je crois constater que la lumière

« se propage avec la même vitesse dans tous

« les sens, mais c'est que je mesure les dis-

« tances avec une règle dont il voit la longueur

« varier avec l'orientation ; 3° je trouverais tou-

« jours la même vitesse à la lumière, même si

« j'arrivais à la mesurer entre deux points du

« trajet accompli sur la Terre en notant sur des

« horloges placées respectivement à ces deux

« endroits le temps mis à parcourir l'intervalle?

« Mais c'est que mes deux horloges ont été réglées

« par signaux optiques dans l'hypothèse que la

« Terre était immobile. Comme elle est en mouve-

« ment, l'une des deux horloges se trouve retarder

« d'autant plus sur l'autre que la vitesse de la

« Terre est plus considérable. Ce retard me fera

« toujours croire que le temps mis par la lumière

« à parcourir l'intervalle est celui qui correspond

« à une vitesse constamment la même. Donc, je

« suis à couvert. Mon critique trouvera mes conclu-

« sionsjustes, quoique, de son point de vue qui est

« maintenant seul légitime, mes prémisses soient

» devenues fausses. Tout au plus me reprochera-

» t-il de croire que j'ai constaté effectivement la

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