‹ Dürer, l'œuvre du maîtreChapitre 14 sur 26 · GRAVURES SUR CUIVRE · texte numérisé non relu

GRAVURES SUR CUIVRE

P. 93 (à gauche). La gravure de la Mort qui, selon l’usage de l’art ancien, porte le nom d’ « homme sauvage » a d’abord été attribuée à Dürer par Bartsch, bien que cette opinion ne soit pas justifiée par la signature de l’artiste. D’après Thausing, elle ne serait pas de Dürer ; d’après R. de Retberg ( Gravures en taille-douce et sur bois de Dürer , Munich 1871) « elle est probablement d’un maître plus ancien ou imitée de lui ».

P. 95. D’abord intitulée « Genoveva», on lui a donné ensuite le titre plus justifié de « l’Expiation de S1 Jean Chrysostome ». La fille d’un roi égarée dans le désert, l’aurait rejoint dans la grotte où vivait le saint, qui aurait succombé à la tentation. Touché de repentir, il la précipita, dit la légende, du haut d’un rocher, tandis que lui-même, en guise d’expiation, faisait le vœu de ramper tout nu sur la terre, comme un animal. Mais la fille du roi aurait été miraculeusement sauvée.

P. 97 (à gauche). Suivant les recherches de Ch. Lange dans sa Chronique des Beaux-Arts (1907) p. 94 et suivantes, c’est une querelle conjugale qui se rapporte à un conte cité pour la première fois dans le Ritter von Turn (Chevalier de Turn), paru en 1493 à Bâle et intitulé : Die atzel, die von dem aal schwatzt (La pie qui bavarde au sujet de l’anguille). Une femme a mangé de l’anguille, que son mari avait conservée pour lui; celui-ci se dispose à l’accommoder et tient encore en mains les instruments de cuisine. L’oiseau, une pie, dénonce le larcin de la femme. La date qu’assigne Lange (1500 — 1502) ne peut que difficilement être adoptée ; le trait montre encore toute l’inexpérience du

Notes explicatives

jeune Dürer, caractérisée surtout par l’exigu ité des mains de la femme, par la façon de rendre les plis et par l’expression du visage. Ce sont particularités de style qui ne se trouvent plus dans le Dürer de 1500.

P. 99 (à droite). Pour la distinguer de la « Némésis» ou de la Grande Fortune , (v. p. 109) cette œuvre est appelée par les collectionneurs la Petite Fortune ou le Petit Bonheur :>.

P. 102. D’après une chronique manuscrite de Nuremberg, il naquit effectivement à Landsée un porc qui vécut dans des conditions aussi anormales que celles-là.

P. 104. On n’a pas jusqu’ici trouvé une explication satisfaisante de cette œuvre, appelée aussi Les quatre Sorcières . Les lettres O. G. H. tracées sur la boule sont également une énigme pour nous. La gueule de l’Enfer avec le Diable, à gauche, et le crâne avec tibias, sur le sol, ont l’air de signifier que Dürer a voulu faire une allégorie montrant la durée éphémère de la jeunesse et de la beauté. Il est hors de doute qu’il ne faut pas y chercher une signification plus profonde ; le peintre s’attache simplement à traiter le nu étude, alors absolument nouvelle pour lui.

P. 105. Cette gravure, appelée ordinairement le Songe du Goutteux, ou le Songe du Docteur, s’est dérobée jusqu’à présent à toutes les tentatives d’explication. Elle semble contenir un avertissement à l’adresse des vieux barbons qui restent tout le jour collés à leur poêle, à cause de l’âge et de la maladie, et qui doivent résister aux séductions du diable, leur offrant les joies des sens personnifiées par Vénus et l’Amour.

P. 106. Intitulée le Monstre Marin » par Dürer dans son Journal (Edit. Leitschuh p. 68). Depuis Bartsch, on considère cette scène comme celle de l’Enlèvement d’Amymone par un Triton. Par contre, H. Dollmayr (dans l 'Annuaire des Collections d’ Histoire de l’Art de l'Auguste Maison Impériale XX. 1899) a voulu y reconnaître l’illustration d’une vieille légende mérovingienne, ce que Ch. Lange a contesté. D’après ce dernier, il s’agit là de l’illustration d’une de ces histoires qui circulent partout depuis le XVe siècle et qui racontent que de tels monstres marins ont attaqué des femmes, les ont emportées dans la mer pour leur faire violence ou les dévorer.

P. 107. Appelée anciennement le Mari Trompé , ou le « Grand Satyre >, ou la « Jalousie , cette gravure a été assimilée par Sotzmann à celle que Dürer, dans son Journal, (Edit. Leitschuh p. 57) intitule Hercule ». Des critiques postérieurs y voient l’histoire des amours de Jupiter et d’Antiope.

P. 109. La « Grande Fortune » ou le Grand Bonheur » porte dans le Journal écrit par Dürer lors de son voyage aux Pays-Bas (Edit. Leitschuh p. 57) le titre de Némésis ». Le personnage porte dans sa main gauche un frein et une bride bien caractéristiques. Les amateurs varient d’opinion sur la date de cette œuvre. Tandis que Giehlow en fait la contemporaine de la guerre helvétique de 1499, Wôlfflin la place immédiatement avant Adam et Eve», soit avant 1504. Nous avons suivi Wôlfflin sur ce point, comme en ce qui concerne la date de la plupart des eaux-fortes de la première manière. Wôlfflin donne en outre raison à la démonstration de Handckes ( Chronologie des Paysages de Dürer p. 12) opinant que la localité représentée au bas du tableau est Klausen, dans le Tyrol méridional.

P. 111. Ici encore la Mort est représentée comme 1’ Homme sauvage» qui cherche a attirer à lui une jeune fille portant le costume des fiancées nurembergeoises. A remarquer particulièrement les nuances des étoffes et la délicatesse de l’exécution.

P. 113. Cette gravure correspond à la conclusion provisoire de Y Etude des proportions du maître. Non moins intéressantes sont la technique de la planche et la représentation si caractéristique des deux corps nus, ainsi que de leur entourage.

P. 115. La légende de l’apparition du cerf avec un crucifix entre ses bois a généralement S' Hubert pour héros. Dürer désigne pourtant le personnage dans son Journal (Edit. Leitschuh p. 57) sous le nom d’Eustache, général romain qui se serait converti grâce à ce miracle.

P. 118. Wôlfflin adopte une autre date pour cette œuvre : dans les environs de 1500.

Notes explicatives

P. 119 à 126. Les seize gravures de la Petite Passion ont été dessinées dans les années

1507 — 1513, et dix d’entre elles en 1512. La seizième, qui sort du sujet de la série, la

« Guérison du Paralytique » (p. 127) a été ajoutée par Dürer soit pour atteindre un chiffre rond, soit dans l’intention de prolonger plus tard la série, projet qu’il a dû abandonner, En examinant récemment la gravure, on a découvert qu’il s’agissait d’un lépreux, dont la maladie trahit ses effets de la manière la plus réaliste. (V. Zucker : Albert Durer, Halle 1900, p. 42.)

P. 129 (à gauche). Le «Christ en Croix», que Dürer dans son Journal (Edit. Leitschuh p. 57) intitule « La Croix ».

P. 131 et 132. Deux planches gravées au poinçon froid. Dürer s’est efforcé de relever encore

par le pointe sèche le fini et la valeur picturale de la gravure en taille-douce. Mais

les toutes premières épreuves seules atteignent à cette délicatesse que la reproduction ne peut rendre.

P. 134. Traité également à la pointe sèche, de même que la S,e Véronique.

P. 135. Le «Chevalier bravant la Mort et le Diable» ou, selon la thèse de Sandrarts, le

« Chevalier Chrétien », que Dürer lui-même (dans son Journal p. 68) appelle briève-

ment « Le Cavalier ». On a aussi peu réussi jusqu’à présent à trouver une explication satisfaisante de cette gravure que de la lettre S portée sur la tablette de gauche en bas. (Cf. Paul Weber, Contributions à la Philosophie de Dürer, Strasbourg 1900.) Voyez aussi l’analyse de Zucker dans son Répertoire de la Science de l’Art (XXIII 1900, p. 484 sqq.).

P. 137. Le Saint Suaire, avec deux anges, est intitulé dans le Journal de Dürer (p. 57) « Véronique », bien que ce ne soit pas dans la gravure même, mais dans le petit feuillet

de la partie supérieure que la sainte est représentée. On a appelé par abréviation « Mouchoirs de Véronique »les suaires de cette espèce.

P. 138. Nommée par Dürer (Journal p. 57) « Jérôme à la Maison ».

P. 139. Nommée par Dürer (Journal p. 57) Mélancolie ». Sur la signification de cette gravure, cf. Weber et Zucker ainsi que Gielhow dans ses Mitteilungen (1904).

P. 141. Ces deux gravures commençaient, dans la pensée du maître, une série de Têtes d’Apôtres, à laquelle il n’en a ajouté que trois (p. 156 et 157).

P. 143. Eau-forte sur plaque d’acier ou de fer.

P. 144 (à droite). L’ « homme de douleur » ; certainement le premier essai d’eau-forte sur acier ou fer.

P. 145 à 147. Eaux-fortes sur acier ou fer. L’ Enlèvement nous offre sans doute une scène mythologique (d’après Heller , c’est l’Enlèvement de Proserpine par Pluton). On n’a pas encore expliqué le sujet de la page 147. D’après Thausing, qui assigne à l’œuvre

la date de 1514, il ne s’agit ici que d’études sans lien logique, que Dürer a gravées

sur la plaque de fer.

P. 148. Eau-forte sur acier ou fer. Le canon porte les armes de Nuremberg.

P. 149. « Le Petit Crucifix » — Nielle (gravure sur métal non destinée à l’impression). L’inscription INRI nous apparaît à rebours pour cette raison. D’après ce propre témoignage de Dürer (lettre à Spalatin de 1520) l’œuvre aurait été faite sur une plaque d’or. D’après une lettre de l’architecte strasbourgeois Daniel Specklin (1536 — 1539), Dürer a exécuté cette gravure pour l’empereur Maximilien, qui la fit adapter au pommeau de son épée. Specklin a encore vu en 1556 cette épée dans la Salle de l’Arsenal à Vienne.

Les deux autres gravures niellées, le S* Jérôme et le « Jugement de Paris» ne portent pas la griffe du maître.

P. 152. Un S1 Antoine » ou T « Ermite . Au fond se trouve la citadelle de Nuremberg, côté ouest.

P. 153. Intitulée par les collectionneurs le « Petit Cardinal », pour la distinguer de la gravure p. 158. Dürer a fait le portrait du jeune archevêque de Mayence, Albert de Brandebourg, pendant son séjour à Augsbourg, à l’occasion de la Diète de l’Empire en 1518, et l’a gravé en taille-douce, l’année suivante, à la prière de l’archevêque. Pour cette

Notes explicatives

gravure, Dürer toucha (lettre à Spalatin) 200 florins en or et 20 aunes de damas pour un habit ».

P. 156 et 157. V. la remarque de la page 141.

P. 158. Le dessin de ce second portrait de l'archevêque de Mayence appelé le Grand Cardinal a été exécuté par Dürer à Nuremberg (1522 1523) pendant la Session de la

Diète Impériale. Il est maintenant au Louvre. Le 4 septembre 1523, Dürer adressa une lettre au cardinal où il lui annonçait l’envoi de la plaque accompagnée de 500 épreuves.

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