XX VU
Albert Dürer
un élément hétérogène dans la gamine des nuances, cette note trop vive est évitée dans le Jérome Holzschuher de 1526, à la galerie de Berlin (p. 67).
Les années suivantes virent l’artiste en relations constantes avec les grands hommes de son temps. Il avait connu à Rotterdam, lors de son voyage aux Pays-Bas, Erasme, dont il avait fait une esquisse qui, en 1526, fut reprise et transformée en une gravure sur cuivre : œuvre maîtresse (p. 162). Il eut également des rapports très étroits avec les réformateurs : Mélanchthon, en particulier, doit avoir été son ami. II fut lié avec Luther, à qui il envoie, à l’occasion, des reproductions de ses œuvres; il fit entendre une plaintejfparticulièrement émouvante quand il apprit l’enlèvement du grand homme à son retour de la Diète de Worms et le crut, comme tout le monde, victime d’une
trahison. Il donna à Pirkheimer un nouveau témoignage de son amitié, lorsqu’en 1524 il fit de lui un superbe portrait en taille douce. Une autre feuille de la même année reproduisit les traits de son vieux protecteur, le Prince-Electeur Frédéric le Sage (p. 159).
En pleine possession de sa maîtrise, Durer se jeta avec un redoublement de zèle dans les théories d’esthétique, qu’il entreprit de condenser en une méthode systématique d’enseignement. En 1529, il publia son Instruction sur la manière de mesurer avec le compas et la règle, ouvrage de géométrie appliquée au dessin, qui ouvre des horizons singulièrement vastes et contient des ébauches de véritables tableaux. Il s’était déjà révélé comme ingénieur et comme architecte dans une plaquette intitulée : Instruction sur l’art de fortifier les villes, châteaux et bourgades qui date de 1527. Mais le plus répandu de ses ouvrages théoriques fut celui qui porte ce titre : Préparation à la théorie des proportions. Tout ce qu’il avait trouvé au cours d’un travail acharné de comparaisons et de mesures, est condensé dans cet ouvrage, qui peut être considéré comme son testament technique.
L’œuvre assez improprement appelée les Quatre Apôtres ou les Quatre Tempéraments est le chant du cygne de Dürer. L’art n’offre rien de supérieur à ces quatre personnages, types généraux d’humanité, qui résument en même temps l’esprit du christianisme. Deux par deux, S1 Jean avec S‘ Pierre, S‘ Paul avec S‘ Marc, les apôtres sont représentés sur des panneaux taillés en hauteur. S‘ Paul y personnifie la véhémence comme S1 Marc la sensibilité ; tandis qu’en S‘ Jean respire l’amour confiant et en S1 Pierre la gravité de la tradition. Même contraste dans l’exécution :