OPÉRA-COMIQUE EN UN ACTE ET EN PROSE, MÊLÉ DE CHANTS
Représenté , pour la preiiilèr& fois , le 24 mal i8x3.
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J 'ai peii de chose à dire sur ce pélit opéra , dont je ne sais quelle anecdote littéraire me fournit le héros. La pièce réussit rôédiocrement, et cependant j'en attendais un grand succès. Par l'habitude où j'étais de travailler pour la comédie française , je me livrais, sans m'en apercevoir, à de trop grands développements, et mon dialogue devenait beaucoup trop abondant ; ce qui est un défaut pour l'opéra-comique. Si , dans les pièces de ce genre , les acteurs savaient, comme les acteurs du Théâtre- Français, animer une longue scène, ce défaut cesserait d*en être un ; mais , poi^r des chanteurs , l'objet important est toujours la musique; et pour peu qu'au nombre de ces acteurs chantants, il s'en trouve quelques-uns qui ne se fassent pas bien entendre, comme cela arrive souvent, il n'est pas étonnant qu'un ouvrage agréable paraisse long et ennuyeux. Au temps où j'avais donné mes premiers opéras-comiques , j'en avais distribué les rôles de manière à ne pas craindre de revers. Tous les
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comédiens que le public avait, distingués comme de grands acteurs i jouaient les premiers rôles. Les EUeviou, les Martin , les Dozainville, mesdames St- Aubin, Dugazon, avaient un talent si reconnu et une manière si ferme de débiter leur prose , qu'im auteur cessait de redouter l'étendue de son dialogue. Au reste, comme je* crois l'avoir déjà dit, je suis trop souvent sorti du ^enre de l'opéra-comique. Ce genre qui ne doit se composer que de tableau?^ et- de situations musicales, traité par moi, offre beaucoup trop les scènes jftlées et les détails d'une comédie. Si les pièces, faites dans ce système, paraissent meilleures , lorsque l'on peut en faire jouer d'abord les rôles par de grands acteurs , on a le chagrin, lorsqu'ils abandonnent le théâtre, de voir ces mêmes pièces perdre beaucoup dans l'opinion publique. Au reste , cette contrariété dont je me plains doit être commune à la plupart des auteurs ; il en est peu qui se trouvent satisfaits aux reprises de leurs pièces. C'est un malheur pour les poètes dramatiques ; c'en est un'également pour les théâtres. Le défaut de soins et l'oubli des traditions anciennes, lorsque l'onremet les ouvrages, les font vieillir beaucoup plus vite , ce qui appauvrit le répertoire. Ce désavantage pour les, auteurs est beaucoup moins à craindre aiiThéâtre-Frs^nçais. Là, le3 acteurs , qui n'ont point à s'occuper de musique , donnent tous leurs soins à faire ressortir le dialo-
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;ue, à l'ensemble de l'ouvrage, et aux traditions indiquées dans le m^uscrif du théâtre , de sorte iju'une pièce qui ^ été abandonnée pendant longtemps, quoique créée par les plus grands a^cteurs, peut reparaître encore avec éclat ; tandis qu'au théâtre de rOp^à-Comiqjie , l'auteur le plus fécond, dès qu'il a perdu les acteurs qui ont joué ses premiers ouvrages, risque très-fwt de mourir de son vivant. ^ .
Mais revenons à mon Prince Troubadour^ que d'autres événements étrangers à ma pièce semblent avoir éloigné du répertoire , peut-être pour Joujours.
Quoique la musique en ait été faite par inon ami Méhul , homme du plus grand talent, on prétendit dans le temps qu'il avait fait beaucoup de tort à ma pièce, en donnant trop d'importance à la partie musicale; on prétendit qu'il avait attelé un chei^al de brasseur A un léger cabrioleL En effet, la longueur et peut-être les beautés harmoniques de sa partition , me parurent souvent arrêter la rapidité de mon intrigue, et donner trop d'importance à une bagatelle. En citant le reproche qu'on lui fit dans le temps , on voit bien que je n'ai pas le projet de critiqfuer l'ouvragp d'un ami , que son caractère et ses qualités personnelles ont rendu si cher à tous ceux qui l'ont connu, et dont l'immfense talent fera l'admiration de nos neveux. Qui ne sait d'ailleurs que lorsqu'un poète et
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un/uusicien associent leurs travau^c , tout devient commun entre eux ? Si la pièce tombe , tous deux ont tort; si la pièce réussit , tous deux ont raison: par cette loi, l'avantage est tout entier pour le poète; car c'est lui qui' risque le moins, . C^tte pièce^ qui me donne encore le droit de faire un éloge de mon ami , me rappelle tout naturellement qi>€t anecdote que ce bon Méhul racontait admirableme.nt. Il arrivait de Givet ( lieu de sa naissance) au mo^lent où je lui donnai mon Prince Troubadour. Il me réjouit fort en me racontant que , ramené dans son pays , par le désir d^y- revoir sa famille, ses concitoyens avaient désiré lui prouver d'une. manière solennelle, toute Vestimç qu'ils ay^ent pour sa personne et ses talents. Pour le fêter, on imagina de faire donner ^ur le théâtre de là ville une de ses pièces en grande réputation, et de couronner son buste à )a fin du spef^tacle. Oa pomma à cet effet des commissaires qui s'entendirent avec les comédiens. Mais les comédiens ne jouaient: que la comédie; cependant ilis promirent de satisfaire aux .désirs des amis de M. Méhql. Il fallait aussi se procurer un buste du héros de la fétie,qui JFût à peu près ressemblant. Autre malheur! la ville ne renfermait pas dans son sein lie moindre Phidias -y, un potier s'offrit à le? tirer d'embarras. On accepte sa proposition avec reconnaissance. Les commissaires, satisfaits d'avoir
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SUR LE PRINCE TROUBADOUR. a85 rempli leur mission, fixent le jour de la représentation, et ordonnent le banquet qui devait la précéder. On va chercher Méhul ; les convives , fidèles au rendez-vous, sont tout fiers et tout joyeux de la présence de- leur célèbre ami et du plaisir qu'ils vont éprouver en lui faisant une agréable surprise. On boit, on rit, on chante; à la fin du repas, on conduit en triomphe notre héros dans une loge que l'on avait décorée de superbes rideaux cramoisis empruntés au gouverneur. On applaudit à son arrivée. La toUe se lève , on commence et on lui joue l'un de ses plus beaUx ouvrages ÇJriodantje crois); mais on le lui joue sans musique. Près d'éclater de rire , par reconnaissance pour ses anciens camarades il sut se coutenir; mais il ne put y tenir, lorsqu'à la fin du spectacle, on apporta son buste, ou plutôt une effroyable figure qui n'avait de forme humaine qu'un épouvantable nez...; et comme c'était en effet le trait le plus caractéristique de sa figure , il ne douta pas , aux applaudissements qui se firent entendre , que l'ouvrage du potier ne fût trouvé très-ressemblant. Depuis cette mémorable fête, il disait gravement : « Je ne doute plus que je ne sois un grand honmie ; car de mon vivant j'ai assisté à mon apothéose. »
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PERSONNAGES
GUILLAUME IX, comie^de Poitou, duc d'Aquitaine. BÉRËNGEtl DE GRAND MANOIR, troubadour de Guillaume. Le Baron de x.a TOUiiiLLE.
Mademoiselle BABOLEIN de i*a TOURAILLE , fille du
, Baron.
LAURETTE, petite-fille du Baron, et nièce de Mademoiselle Babolein.
Le Sénéchal du fief de la TouraiHe.
ÉcuTERs, Vassaux, etc.
La scène est dans une salle gothique du château de IrTonraîlIe.