Tome FIL îi
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Le manuscrit deihon y^w^àieiia: (car tel était d'abord le titre de ma pièce, el si j'y ai substitué celui de la Manie des Grandeurs^ c'est qu'à ma pénible lecture dn avait trouvé mon premier titre par trop ambitieux) serait encore dans le même carton , siuo événement singulier ne l'ett eut fait sortir. J'appris, par je ne sais quelle voie, que mon couft^reM^Ëtienne allait donner suï* le théâtre Français une pièce qoi avait pour titre V Intrigante , et l'oû prétendait bien injustement, comme je le prouverai bientôt, que son ouvrage , par sa ressemblance avec le mien, pouvait faire croire qu'il avait eu quelque connaissance de ma pièce. Cette nouvelle , sans faire naître mes soupçons, renouvela mes chagrins, et rappela mes idées sur cet enfant malheureux qui avait été si mal accueilli au moment de sa naissance. Tout en me remémorant le mauvais effet que iw pièce avait produit à la lecture, je recherchai n»chinalement mon manuscrit. Quand je Feus ictrouvé, machinalement encore, je lus la première scène, et comme j'avais mis tous mes soins à oublier cette comédie , et comme les personnes de ma famille, dans la crainte de m'affliger, s'étaient gardées de m'en parler , elle me parut toute nouvelle. Le plaisir qu'elle me fit me donna le désir de continuer ; et plûi j'avançais dans l'ouvrage, pluJ je revenais à mes anciermes idées. En vain jecher^
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chais à opposer à -ce retour de moti enthousiasme les dangers d'une représentation, ^loii^t On m'avait menacé, je ne trouvais rien qui jmt justifier leat craintes de mes amis. Pe réflexions en réflexions, j'en vins. à pens^qu'iU pouvaient ti;ès*-bî^n s'«tye trompés; que sans doute ils avaient, été de beome foi dans leur atrét sévère , mais <pi'il se (vouvait aussi que la gâité du repas eàt un peu^xl^migé leur jugement. Eh efifet, forcer mes^convives de quitter un dîné joyeux, où les boimes grosses bêtises étaient ac-* cueillie^ par une joie bruyanle, où la chanson tant soit peti érotiqut» suoeédait a un eonie plaisant, pour venir «'enfermer dans un salon, et s&îvre attentivement les développeqaents d'une action simple et les nuances fines d'un caractère gtave qui exclmkit tout à la fois le gros rire ^t le grand intérêt ; c'était le moyeu de rendre la lecture de ma comédie ennuyeuse , fatigante , insupportable même* Ces réflexions, que je fis trop tard, ne vinrent à l'esprit de personne ; et certes , si j'avais eu un peu plus de confiance en moi-même, il m'eût ^^ été permis tf en appeler , en travestissant le vers de la Méiromanie : .
Des convives repus aux convives à jeun ;
mais comme je croyais avoir fait une bonne comédie , le coup qui vint me frapper me parut encore
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plus sensible. C'.était coamae si j'avais perdu un procès; je «ne ooîiiâamnai <}e ipoi-méme à en payer lès Ivais pv deux aas de découi^gément et d'inact|on^
Cette nouvelle lecture , en ré'reillant toutes mes idfo$ d'amour-propre, me donna le désir de fedre un nouvel essai su» une partie de mes premiers auditeurs : seulement je me promis bien de ue point leur donner à dîner, car je craignais trop les arrêts que ron prononçait après boire. Je parlai de mon projet à Ttin de mes amis (M, Droz), homorne aussi estimable par^son caractère que par ses talents (*).- Il parut d'abord étonné que je voulusse iiî'exposer à une nouvelle épreuve , qui ne pouvait êt^e,-qae pénible pour moi. Cependant, quand je liii eus fait part des motifs qui pouvaient melnire espérer de faire casser le premier jugement, il se résigna, à faire partie d'un nouvel aréopage. Le sacrifice était d'autant plus beau que cette fois j'annopçai à mes auditeurs que les fumées du Champagne ne troubleraient pas lel^n^s éerveaux. ' O l'heureux jour que celui où la pensée me vint d'en appeler en révision ! Mon triomphe fut
(^) Il est auteur' d'an éloge de Motitag^ne, coaronné par Tlnstitnt , de plusieurs ouvrages moraul « de quelques romans où le charme du style se joint à la force de la pensée et à la plus douce phUosopbîe.
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complet. Plusieura de mes juges , qui avaient clict^ le premier arrêt , assuraient naivement (^\e je ne leur avais point lu cette même pièce ; et cependant je n'y avais pas changé un vers, un seul mot Mais la dispositimi dé Tesprit n'étant plus la même, mon sort devait être difiGérent. Ce' qui m'était arrivé cl>ez moi, arrive souvent au théâtre. Que d'hommes da ^and m<mde assistent par ton à une première représentation , et qui , au lieu de faire la sieste , viennent prononcer l'arrêt d'ua pauvre auteur, selon, qije leurs digestions sont faciles ou labo-: rieuses! Heureusement que le parterre, notre véritable jugie , composé de jeunes étudiants plus amis des lettres qu^ de la table, s'il nous condanme, n'a pas au moins k se reprocher les fiunées du Champagne!
Tout fier de ma victoire, je ne manquai pas de dire à mes anciens auditeurs que, malgré jeuravis, j'alliMs m' exposer aux chances d'une première représentation* En effet, sachant qjié la'^ pièce de M. Etienne avait pour titre l' Intrigante ^j^ ne voulus point la pQrter aux Français, parce que le personnage secondaire de ma comédie était aussi une intrigante ; je trouvai pliis convenable de la faire redpvoir au théâtre de l'OdéoH', dont j'étais directeur, et d'en commencer les répétitions. Elles étaient en train , et je n'attendais plus que la per-
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mission.. de la censure pour la livrer au public , lorsque je reçus la YÎsîte de plusieurs de mes œnfrères de l'académie. MM. Etienne, Michaud et Âuger viurent me voir un jour de très*graiul matin. Ils m'expliquèrent le motif de leur visite inattendue , en m'apprenant qu'à la cour de Bonaparte , on avait fait courir le bruit que M. Etienne, auteur de la pièce de VlntriganHjt, que l'on allait joUer aux Français, s*était complètement emparé de mon sujet. M. Etienne , jaloux de détruire un bruit qui n'avait aucun fondement, m'apportait son manuscrit , afin que je visse par moi-même si quelques-unes de àes idées m'appartenaient; que, dans le cas où je ne trouverais rien qui fut ma propriété, il me priait de faire cesser ces bruits par une lettre dans les journaux. — Comme j'étais certain que mon mai)uscrit n'était point sorti de mes mains , et que cette malveillance ne pouvait être que la suite des grande^ discussions que la pièce de Conaxa avait excitées dans la république des lettres, je m'empressai de répondre à la franchise de son procédé avec moi, en réfusant de lire son manuscrit, et en priant M. Auger d'écrire lui-même la lettre qui pouvait détruire ces bruits offensants pour M» Etienne. Il la fit, et je la signai.
Peu de temps après, la pièce de M. Etienne hit
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représentée ; et il me fut facile de juger par moimême que le bruit que l'on avait fait courir était tout-à-fait dénué de fondement. M. ÉtieriSk avait obtenu trop de succès sur nos différents théâtres . pour ne s'être pas feit beaucoup d'ennemis. Ge qui pouvait en avoir augmenté le nombre était encore moins son grand talent, que la place importante qu'il exerçait dans l'administration : et, comme à peu près tout le monde était montent du genre de gouvernement que nous devions à Bonaparte , on n'était pas fâché de le lui témoigner , en déprisant, autant qu'on le pouvait, tous ceux qui le servaient.
Un auteur en place est plus que personne exposé à la critique, par cela même qu'en livrant ses ouvrages au public, il expose presque sa personne à sa censure. En parlant ici de la pièce de Conctxcu qui a fait tant de bruit et produit tant de scandale^ je trouverai une preuve de ce que j'avance. Si un autre auteur, un auteur, sans titre, sans emploi, eût fait la comédie des Deux Gendres, à peine quelques journaux lui auraient-'ils £adt un reproche sur sa discrétion ; mais ils n'auraient point ameuté tout Paris contre un auteur qui venait de faire une bonne comédie , et qui n'était coupable que de n'avoir pas déclaré franchement la source où il avait puisé sa première idée. Mais c'était moins, comme je l'ai dit, à M. Etienne l'auteur, que tout
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36o NOTICE
Paris déclarait la guerre, qu'au chef de la division des journaux et de Tesprit public. C'était une raanièiè d'établir une opposition contre un gou- ^eroement qui n'en admet^it pas ; et les traits acérés que Ton lançait à l'auteur en place que sa profession permettait d'atteindre , arrivaient indirectement au despote qui s'appuyait de ses talents. Sans le vouloir, j'ai joué un trop grand rôle dans cette petite guerre, selon moi presque aussi
politique que littéraire, pour ne pas raconter
naïvement , et la part que j'y ai prise , et Tespèce de division qu'elle fit naître entre moi et mou confrère.
Etienne et moi, nous avions été concurrents pour une place vacante à l'Institut. Comme mon compétiteur, il avait beaucoup plus de moyens que moi, pour faire valoir ses titres au fauteuil académique. Tous les journaux qui étaient dans sa dépendance, et les ministres qui faisaient déjà partie de l'Institut., appuyèrent tellement ses droits , qu'il ne lui fut pas difficile de l'emporter sur moi , qui n'avais d'autres protections que mes ouvrages. Non que je prétende dire que mon rival n'eût pas le droit de me disputer la place que j'ambitionnais, puisque à cette époque î^ venait 4e donner sa belle comédie des Deux Gendres; mais parce que mon âge, et peut-être un plus
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grand nombre* de succès, auraient pu, sans injustice me faire accorder la préférence; mais enfin il remporta,, et, quelque résigné que je sois aux contrariétés de cette vie, on se doute bien que le succès de mon rival, que j'attribuais à la protection des ministres , et aux articles complaisants des journaux, dut me donner beaucoup d'humeur. Cependant , mon ressentiment n'alla pas jusqu'à m'empêcher de rendre justice à l'homme de lettres qui venait de triompher. J'étais le premier à parler du mérite de sa grande'comédie ; et toute singulière cjii'était l'iotre position , je fus même assez franc pour lui avouer ce que je pensais de son ouvrage. Un jour que je venais de voir représenter, les Deux Gendres y je rencontrai l'auteur dans les corridors de la salle , et m'approchant de lui, je lui dis : M M. Etienne , vous savez que j'ai beaucoup de rai- « sons pour ne pas vous aimer; mais je ji'én ai pas « pour m'empêcher de rendre justice à votre talent. « Votre pièce est charmante, et le plus bel éloge que « je puisse en faire, c*est que je voudrais bien en « être Fauteur.». — Si je rapporte ce mot, c'est afin de prouver que les hommes qui cultivent les arts peuvent s'afQiger de ne pas surpasser leurs rivaux , mais qu'ils ne connaissent pas cette basse jaloutie qui p0rte à déprécier les œuvres d'un véritable talent. C'est au moins le sentiment que j'éprouve, et que je crois celui de tous les véritables artistes.
362 NOTIG?:
Je ne prétends pas dire par là qu il ne se loge pas dans le coin de noU^e ame je ne sais quelle émotion pénible qui ^ous fait voir avec chagrin les succès de notre rivaL Nous avons cela de commun avec les femmes quj n'entendent qu'avec dépit l'éloge que l'on fait des beautés à la mode. Il n'en est pas pne qui ne se dise tout bas : « // me sembk « que je suis aussi jolie qu elles ^ et que je poura rais avoir droit à leur brillante renommée. » Ce petit mouvement d'envie provient le plus souvent de ce que certaines personnes ont la malice de louer, outre mesure, des femmes devant des femmfs, des auteurs devant des auteurs. Ces personnes ignorent, ou plutôt font semblant d'ignorer, que les éloges que l'on donnç çn présence d'un auteur, à, la pièce en vpgue, ont toujours l'air d'une épigrarnme pour l'auteur présent; et tel e^t souvent son embarras , qup s'il joint ses éloges à. ceux de tout le monde , on l'accuse de parler contre' son opinion, et que s'il s'avise d'opposer à des louanges outrées une légère critique, on le soupçonne d'être envieux*. Mais, comme je l'ai dit déjà, on peut éprouver du ch^igrin de se voir enlever la faveur du public ,
Hélas! pour être auteur, on n'en est pas moins homme;
mais il y a loin de là à cette basse envie qui trouble
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le repos, et Fend ûj^uste pour^ce qui e^ vraiment bien. Tout comme un autre, j'ai vu quelquefois avec déplaisir le succès de certains confrères; mais, Fou peut m'en croire, ce honteui^ sentiment dis-, parai^àit avec le bruit des applaudissements. Rentré che25 moi, cette envié des succès d*un autre se changeait tout à coup en une noble émulation, qui me feisait chercher et trouvée les moyens d'égalfir mes rivaux. ^
Beaucoup de gens de lettre* dfat>nt peut-être, en lisant ma confession , que leur ame n'a jamais éprouvé de péiiible sentiment, au sUccès d'un rival. Eh bien ! mes confrères ne diront pas la vérité. Ce sentiment existe secrètement dans tous les cœurs ; la nature le développe chez les enfants dès letir naissance; chez la jeune fille, il se cache dans }e sourire de la candeur; mais il se fera connaître plus franchement là où l'on ne doit qu'à ses talents la faveur publique, au théâtre, au barreau, à la tribune. Dc»ton en acooser la nature? Non; car cette eh vie du succès pr0duit l'émulation , et l'émulation nous conduit èi la perfection.
Mais revenons à la pièce de&Deux GeAdreSj dont le public suivait avec intérêt les représentations , et que tous nos littérateurs les plus distingués louaient arvec un enthousiasme peut-être un peu
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com^^Rité par rimportance <le l'au^^ur. Celte exagération clans les éloges , qui n est pas orflinaire aux journalistes, excita la bile d'un littérateur que 1^ hasard avait conduite la BiblioUièque nationale. Là, il avait fait la découverte jd'un mauuscrit qui avait pour titre Conaxa y anaédie en trois actes et en vers. Cette comédie, attribuée à ue jésuite (^ le P. La Rue ) , ofifrait en même temps le canevas des Ihua: Gen4ires , et quelques vers insigBÎfitants qui prouvaient que l'auteur avait eu conaaissancQ de oe manuscrit Cette découverte excita pariHi lies auteurs qui avaient à se plaindre des jooirftaux , et; le nombre en était grand , une joie tout-àrfait scandaleuse» Tout à coup une brochure parait, qui accuse M. Etienne de n'être pas Fauteur de sa pièce ; un autre succède bientôt; le public, comme je l'ai dit plus haut, qui, grâces au ^uvevoement de Bonaparte , ne pouvait manifester d'opposition , que contre les individus qui servaient sqn de^oti»[|e, saisit avec avidité le moyen que l'on offrait à sa maliée. Le manuscrit du jésnite était devenu ]é sujet de l'entretien général. M. ÉtieDne,^ fatigué de ces bruits, voulut les détruire en assurant qu'il n'avait point puisé sa- pièce daus le manuscrit de Conaxa. C'est alors qne U guerre recommença avec plus jdé fureur; on cita quelques passages de Côniacay éù en i^et il se trouvait deui
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ou trois vers imprimés dans les Deux Gendres. Ssliïs doute M* Étieuiie eut tort de ne ^p&s convenir franchement que le foniïs de son sujet ne lui appartenait pas. De ce moment y tous les bruits , toutes les carica* tures eussent cessé/et tous les auteurs se seraient écriés : Etienne a bienfait; il a pris son bien ou il Va trowjii^). On se doute bien que ce nouvel incident des ver» trouvés dans les Deux Gendres, ne fut pas propre à ramener la paix. Comme le public ne pouvait juger que sur les pièces , on fit imprimer Conaxa, dont il se vendit en un instant un trèsgrand nombre d'exemplaires. Le Conaxa, imprimé, parut digne d'être représenté, et le théâtre dont j'étais le directeur, témoigna^ le déiir de le jouer. Comme je n'en étais pas le directeur à mon compte , et comme il était permis aux administrateurs qui payaient , de choisir les moyens qui pouvaient contribuer à la prospérité de leur théâtre, tout en prévoyant le* scandale qu'allait produire cette représentation, je me vis obligé d'yicojiseiitir. Peut-être, et je dois l'avouer, se trouvait-il*
(*) On m'a dit depaîs qn'en effet Etienne ne connaîasdit pas Conaxa; mais qu*il connaissait la même pièce sons un antre titre. Eh )>ien ! dès que le bruit de plagiat eut commencé , il n'avait qu'à indiquer la source où ■il avait puisé. Je voudrais commp lui trouver dix mannâerits de jésuite, et faire dix comédies aussi bonnes que la sienne , je m'en vanterais à tout le monde. ..
dans mon ame, «omme je l'ai dit plus haut, un mauvais s^ilâiqeixt qui fais^t que je n'étais pas fâché de voir tourmenter celui qui m'avait supplaoté dans mes prétentions à llnstitut ; cepeadant, si je profitai de l'occasion que le hasard m'offrait de me livrer à ut>e- petite v^igeance, je dois convenir en même temps que ma raison lœ suggéra d'y mettre de la géniéi?o^té. Si secrètemnDt j'étais bien aisç de n'avoir pas-le pouvoir de m'opposer à cette représentation , je n'en crus pas moins de mon devoir de &ire prévenir M. Etienne de la position où je me trouvais. Je lui envoyai mon ami (AL Dumaniant), pour le prévenir que le théâtre de rodéon allait jouer la pièce AeConaxaj et que je l'engageais, s'il en avait le pouvoir, à faire tous ses efforts pour s'opposer à cette représentation. Etienne prit sans doute ce message pour une épigramme, car il me fit répondre sèchement que la chose lui était égale, et qu'on pouvait jouer b pièce du jésuite.
Je n'entrerai dans aucun détail sur cette représentation; elle doit être encore présente à rimaginationdes personnes de nos jours. Ce furent le bruit^ les éclati^ ,, les cris du parterre qui me donnèrent dans le moment l'idée que cette furie littéraire caôhaiÉ un but politique. Ne pouvant s'en prendre au pouvoir suprême qui nous gouvernait , on
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n'était J)as fâché de faire peder sur ses agents Texpression du méc^mtentemeut général (*).
La représentation de Conaxa qui , en effet, jHt)cura beaucoup d'argent au théâtre, ne dut pas, comme on le pense bien , contribuer à un raccomodement entre moi et M. Etienne ; mais comme les intérêts politiques firent bientôt place à cette guérite littéraire, et que peu de temps après je devins son confrère à l'Académie , nous nous retrouvâmes tous les deux daus cette situation qui, si elle n'admet pas les démonstrations de l'amitié , autorise au moins les formes polies exigées par l'usage de la société. Il fallait un événement comme celui de la restauration pour rétablir la liaison amicale qui doit exister entre, des confrères. Son expnl»bn de l'Académie , pour un £ait dont tout autre académicien pouvait être coupable comme lui (**) , me fit oublier sans retour les motifs que je
C) ^l^ encore été le témoin d'une représentation semblable. M. Carion de Nisas , homme d'an vrai mérite, indisposa contre lui Topinion publique par lin discours qu'il prononça au tiibnnat. Peut-être à dette époque ses inteations pouvaient être bonnes; il avait cru devoir , pour parvenir pins tard à la liberté, faire d'abord des concessions au pouvoir; et je ne doute pas que depuis , d'après ses opinions^ connues , il ne s'^ soit bien repenti. Mais enfin, son système politique avait déplu au public, et le public, en sifflant outre mesure ime tra^jédie de M. Ciuion de Nisas, auteur, se vengea du discours de M. Carion de Nisas , tribun.
(**) M. Etienne ne fut pas compris dans la formation de la nouvelle Aca-
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croyais avoir de me plaindre de sa conduile envers moi; et à l'instant où les hommes qui s'étaient montrés les plus dévoués lorsqu'il occupait une place importante, non-seulement l'abandonnaient, mais encore , par esprit de parti , insultaient à son malheur, et le livraient à la proscription, ce fut celui que je choisis pour me rapprocher de lui , et lui témoigner la part que je prenais au chagrin quil devait éprouver de toutes Içs persécutions dont il était menacé : il fut sensible à une démarche qu il a eu raisoù de croire tout-à-&it franche. Depuis ce temps, sans être intimes amis , nous nous sommes toujours revus avec plaisir ; et si toutes ces petites querelles littéraires sont aussi bien effacées de sa mémoire que de la mienne, il ne doit pas conserver le moindre souvenir de nos ressentiments passés.
Ce serait peut- être ici le cas de m'étendre sur les changements qui se sont opérés à l'Académie, et de donner un regret à d'anciens confrères
ctémie , pour avoir , disait-on, pendant les cent joors , prononcé an diacoin^ que les quatre classes de Flnstitut réunies avaient composé. Comnir corp» constitué , Flnstitut fut appelé à complimenter Napoléon ; comme présidait de rinstitnt il ne pouvait s*y refuser : donc il n*étaît pas pins coupable que tons les chefs des autves corps constitués de Fétat qui s'étaient soaais à remplir le même devoir. — Je denumdeà tout le monde, et i à M.' Pardessus, si M. Etienne a des tosts ?
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€^est en vain qu'une volonté suprênte â pria tons les moyens de nous rendre leur perte moins amère ; malgré les dédommagements précieuit qu'il lui a phi de nous accorder, L'Académie entièi^e n'en regrette pas moins les hofnmes qui l'ont honorée long-temfpd par leurs talents et leur caractère. Je me permettrai peut-être, dans le dernier volume de mes oeuvres, de jeter quelques considérations sur l'Académie, et d'indiquer les moyens où, sans nuire à nos richesses acquises ou cédées, il pourrait nous être loisible de rentrer dsois des biens qui étaient toutà-fait nôtres , puisqu'ils étaient le résultat d'une vcflonté générale. Mais je reviens à M. Etienne, parce qu'il a fait k peu près tou^ les frais de ma Notice , et que je ne suis pas'fêché, avant de ces^ set de parler de lui, de rendre un hommage sincère au véritable talent qu'il a montré tout à Isl fois dans la Uttérature et dans là politique. Si on lui a reproché, dans la nouvelle carrière qu'il s^est ouverte parson mérite,. de n'avoir pas é(é toujours le partisan de la liberté, d'avoir secondé le despotisme impérial de tous ses efforts , il lui ^t bien facile de répondre à ce reproche injuste. Il était trop jeune lorsque la révolution a éclaté pour s'être fait une opinion. Jeté par le hasard parmi ces nmnbreux révolutionnaires qui tous aivaient sacrifié les intérêts de la patrii? à ceux du patron