TROISIEME SOIREE
DuYàl exerce un nouvel emploi, mais il le perd par son élourderie.
Le Ijon cuvé , voyant tous ses petits auditeurs réimis autour de lui , reprit ainsi le cours de son récit.
Duval , renvoyé par le fermier , se trouva encore une fois sur cette route pavée qu'il croyait avoir quittée pour longtemps ; mais il ne l'admirait plus comme au commencement de son voyage. Vers midi , il anùva dans la ville nommée Nogent-sur-Seine.
En passant siu* le pont de cette ville , il y
liouva un spectacle qui le frappa (rctouiu'iiient , et qu'il ne pouvait se lasser de considérer avec admiration. Il ne concevait même pas que , parmi le (jrand nombre de personnes qui passaient incessamment sur le pont , aucune ne semblât partager sa surprise , et il ne pouvait se rendre compte d'une indilTércnce qui lui semblait si extraordinaire.
MAXIMIL'KN.
Que voyait-il donc , cher père ?
AUGUSTE
Je ne puis pas deviner ce qui l'élonnait si fort.
Vous saïuez donc qu'il vit un des côtés de la rivière presque entièrement couvert de constructions sin[julières ; c'étaient des espèces de bâtiments très-louj^s , qui s'élarj^issaient vers le milieu , puis se rétrécissaient eu s'élevaut un peu aux deux extrémités. Il y en avait qui étaient chargés de foin , de bois, de tonneaux et de toute espèce de marchandises ; d'autres semblaient habités comme des maisons , on y voyait même de petites chambres dans lesquelles on faisait du feu , conunc sur la terre ferme.
TOUS LES ENFANTS
C'étaient ilouc des bateaux ?
F«ANTOIS.
Sans doute c'étaient des bateaux attachés ilansleport?
M. DALBERG
Il pensa d'abord que ces spacieuses machines devaient être appuyées sur une base sohde , comme \e pont reposait sur ses piles ; mais il lui sendjla que ses yeux le trompaient quand il en vit un se mettre en mouvement , et quand il vit que l'eau et le vent contri- ]»uaient à sa marehe. Il descendit aussitôt vers le bord du fleuve poiu" se convaincre de la réalité de ce qu'il voyait , et il put s'assurer à son aise que tout ce qui lui semblait si prodijjieux et si inconceval)le était cependant très-réel et très-positif. Il entendit autour de lui ([ue l'on appelait ces machines des bateaux , il ap])rit que tout ce qu'elles portaient était destiné pour Paris.
Mais comment ces lourdes masses ne tom- Ijaient-elles pas au fond de la rivière , tandis (jiie le plus petit caillou que l'on jetait dans l'eau s'enfonrail aussit«.'>t, c'était là ce que
Duval ne pouvait s'cxpliqurv. Il se tenait comme cloué sur le rivage, ne pouvant revenir de sa surprise , et se répétant sans cesse à lui-même: C'est prodigieux, c'est inconcevable, car assurément la plus grosse pierre que je puisse lancer à l'eau et qui va de suite au fond n'est pas moitié si lourde que le plus petit de ces bateaux qui restent à la surlace.
GUILLAUME
Il pouvait se faire ce raisonnement fort longtemps sans trouver le moyen de résoudre ce problème , s'il ne réfléchissait pas au ])ois dont ces bateaux étaient faits , et qui est une matière bien plus légère que l'eau.
M. DALBEKG.
Cela ne lui vintcertainementpas à l'esprit, mais il aurait encore fallu qu'il réfléchit que ce Ijois se soutient d'autant plus facilement sur l'eau, qu'il en déplace lui plus grand volume et qu'il est moins dense et moins pesant. Il ne faut pas cependant trop en vouloir à notre pauvre Duval de son ignorance , car il demanda cette explication à des personnes bien plus âgées que lui , et qui ne piuvnt la lui donner.
Cependant le bruit et le mouvement qui iv(;naient sur le port, les cris des matelots et le craquement des bateaux , toute cette scène animée qui amusait d'abord Duval , finit j>ar Tctourdirà un tel point, qu'il se liata de s'en éloifjner pour reprendre son voya{>e. Rien, <lans la vie silencieuse et solitaire qu'il avait menée jusqu'alors , ne l'avait accoutumé à ce tunudte, et il aimait bien mieux le calme et la tranquillité.
Il eut bientôt traversé la ville, et il se trouva alors dans une contrée qui lui parut avoii- beaucoup de ressendjlance avec l'idée qu'il s'était faite du Paradis. La route sur laquelle il avançait était maj^nifique et d<^minait les environs ; de quelque coté qu'il dirij;eàt sa vue , il n'apercevait que de riantes prairies coupées par des ruisseaux ou des fossés dont les bords étaient plantés de peupliers ; il admirait surtout les masses de [grands roseaux et d'iris bleus qui poussaient au ]jord des endroits marécageiLX. Pendant des lieures entières , il s'abandonnait au ravissement que lui causait cette a^jTéable perspective , et pour mieux jouir de tout ce paysage , il grimpa jusqu'à la cime du plus
liaut peuplier. Aueiiue ex'pressioii ne pourrait exprimer tout le plaisir que lui lit éprouver la vue de la riclie contrée qui se développait sous ses yeux. La multitude des châteaux et des riches habitations répandues dans la campagne , les troupeaux de moutons avec leurs bergers , les nombreux bosquets qui ombrageaient les collines, des varennes animées par leurs joyeux habitants , tout ce tableau gracieux et animé le séduisit tellement , qu'il résolut de faire tous ses efforts pour se fixer dans ce pays et pour passer sa vie entière au milieu d'un séjour aussi enchanteur.
Il se dirigea d'abord vers un joli petit village que dominait un château entouré de jolis jardins et de bosquets touffus. Il offrit ses services au fermier , ne lui demandant pour tous gages que la nourriture et le logement. La bonne volonté qu'il témoignait et la modestie de ses prétentions lui concilièrent aussitôt les bonnes grdces de cet homme. Il lui montra dans la cour un nombreux troupeau de dindons, et le prouuit à l'instant même aux fonctions importantes de leur gardien fidèle , en mettant pour condition
expresse à la conservation de cette place , que le nouveau l^erger saïuait garantir tous les volatiles confiés à ses soins contre les ruses des renards. Dnval , enchanté de son nouvel emploi , se trouva ainsi investi du commandement en chef de la plus sotte armée que Ton pût trouver sur la surface de la terre. ' Les jours qu'il passa dans ce pays ne furent pas aussi fortunés que le premier aspect de la contrée le lui avait fait espérer. Les pauvres campagnards gémissaient alors sous l'oppression la plus cruelle , suite inévitable des guerres ruineuses que soutenait alors le roi Louis XIY ; ils étaient écrasés sous les énormes impots que l'on exigeait d'eux et plus encore par la dureté des employés du fisc , qui . dépassant toujoin-s les ordres de leurs supérieurs , feraient détester même le gouvernement le plus juste et le plus paternel. Duval plaignait de tout son cœur le sort de ces pauvres gens , et l'opinion qu'il avait d'abord conçue du roi se modifiabientot singulièrement. Ainsi , un jour, il se trouvait par hasard dans la maison d'iuî pauvre homme qui était malade et à la dernière extrémité , lorsque plusieurs personnes en-
rèrcnt et exigèrent au nom ciii roi le paiement des impôts. La pauvre femme leur fit reniarquer en pleurant qu'elle ne pouvait pas même travailler pour ga*^j,ner île quoi nourrir son mari malade , mais tout eela ne touelia point les agents de l'autorité qui saisirent à l'instant même les meuLles et effets qu'ils trouvèrent à leur portée ; mais comme tous ces misérables objets n'avaient pas de valeur, ils s'approclièrent du lit, et, malgré les cris et les prières de la mallieureuse femme et de ses enfants , ils emportèrent les draps qui couvraient le moribond, et qui, le lendemain peut-être, devaient lui servir de linceul.
Ce fait et quelques autvcs dont il fut le témoin lui inspirèrent une grande aversion pour l'injustice de quelques liommes , et il était trop accoutumé à dire la vérité pour ne pas se prononcer liautement et ouvertement en faveur des opprimés contre les oppresseurs. Cette conduite lui valut l'amitié des paysans , mais il fut bientôt obligé de quitter ce pays par suite d'une aventure dont le commencement n'était cependant que comique et ridicule.
Dans le Ijatailbni aile qu'il dirigeait , il avait distiii{5,uc un dindon qui ne lui semblait pas aussi stupide que ses frères , et qui avait par eonsé<jU(^ni oijtenu son afleetion. Tout le mérite de eet intelliji^rnt animal consistait à venir à son maître quand ctdui-ci l'appelait et à attraper en l'air assez adroitement les miettes de pain que Duval lui jetait pendant son repas eliampètre. Ces talents l'avaient élevé à la dignité de favori du ber(;er ; aussi ee dernier avait-il coutume d'orner le coude son elier dindon de eoiiroimes formées des pltis belles Heurs de la saison. Mais, lu-las I cette prospérité devait avoir une fin, et il eu devait être du favori de JJiival comme du plus grand non il ire de ceux ([ue les puissants de la terre liwnorent de leur dangereuse amitié.
C'était précisément pendant la saison des moissons ; le soleil cominenrait à s'incliner vers riîorizon , et l'ennui inspira à Duval la pensée d'un mauvais tour. Pour orner sou dindon d"uiie manière tout à fait royale, il s'imagina de lui attaclierà la queue sa vieille veste rouge qu'il avait quittée à cause de la clialeur. A peine eut-il Liclié Tanimal ainsi
accoutre au milieu du troupeau, que celte énorme (jueue (pii volti{jeait à droite et à {•,aue]ie dispersa tout le pi uple dindon ; la pauvre bête elle-même , troublée et déconcertée (le cet objet inconnu qu'elle traînait à sa suite , se mit c\ courir de toutes ses forces à travers les cbamps ?
Le dindon, effrayé , tantôt sautait et cliercliait à s'enlever en volant , tantôt courait sur la terre en tournant dans tous les sens et en décrivant avec une grande rapidité les plus bizarres figures. Les moissonneurs qui se trouvaient dans les environs regardaient avec surprise cette singulière apparition , car l'obscurité qui commençait à couvrir les cbanqis et les rapides mouvements du fuyard ne leur permettaient pas de reconnaître à «pielle espèce d'animal il appartenait. La superstition, qui , dans les canqiagnes , s'empare de tout ce qui est inconnu , vint bientôt les remplir de terreur: ils crurent voir un dragon fabuleux ou lui esprit infernal ; les f L'u.mes et les enfants se 1 lottiient en tremblant derrière les linies ouïes tiones d'arbres. Les lioinmes se réunissaient en (groupes et li'oîJaicnt avancer ; cependant une bande ai'
inée de faux , de fourches et d'autres intrumeiitsosa concevoir le projet de conilDattre le redoutable animal ; le voyant prendi'c la fuite , ils le poursuivirent , bien qu'avec le cœur serré et avec beaucoup de précautions. Enfin le pauvre animal , épuisé de fatigue , vint tondjer raide mort au pied d'une baie ; alors la panique se clian^i a en plaisanterie et en de lon^s éelals de rire.
Duval était désespéré d'avoir causé la mort de son dindon. Le fermier , quand il connut l'aventure , l'attribua à une mécbanceté préméditée du berger , et le mit à la porte. Ce fut en vain que A alentin s'excusa et assura que ce malheur était arrivé con;re sa volonté ; toutes ses protestations et toutes ses prières furent inutiles ; et il lui fallut payer cher son espièglerie.
HÉHAULT.
Pour cette fois , je ne le plains jjas autant que pour ses autres infortunes.
AUGUSTE
Ni moi non plus , car enfin lui seul a^a't été la cause de la mort cruelle que s juf rit le pauvre ajjimaL
GUILLAUME
Sans doute il ne l'avait pas fait volontairement, mais si j'avais un troupeau de dindons , je ne voudrais pas le confier à un tel pâtre.
^f. DALBERG.
Ce fut avec une profonde douleur que Duval se vit ol)ligé de quitter un pays qui lui avait d'abord paru si séduisant. Une inclination invincible semJjlait l'attacher à cette contrée. Use promena pendant toute la journée dans les prairies et le long des ruisseaux , en leur disant mille adieux silencieux ; il prit aussi congé de tous ses arbres favoris , et les embrassa en arrosant leur écorce de ses larmes. Il se mit cependant en rout avant la nuit , et fit quelques lieues , plongé dans la plus grande affliction. Vers le soir , il lui fallut ti'averser une foret , au milieu de laquelle il aperçut sur une hauteur les ruines d'un vieux château. Sa cmiosité naturelle rengagea à se frayer un chemin jusque-là au milieu des épines, et ensuite à gravir jusqu'au sonunet d'une tour qui s'élevait au milieu des pierres éparses et des bâtiments renversés. Il découvrit daus l'épaisseui' du
mur un petit escalier qu'il franchit et qui le conduisit sur la plate-forme de la tour , où les ronces , les lierres et des arljrisseaiix de différentes espèces croissaient en gi'ande quantité. Il vit de là toute l'étendue de la forêt qui lui restait à traverser , mais il découvrit aussi avec une grande joie une épaisse fumée qui s'élevait non loin de la route, et qui lui fit présumer qu'il n'était pas éloigné d'une habitation. En descendant , il s'aperçut que l'escalier qu'il venait de gravir descendait aussi sous terre; il le suivit sans hésiter , quoiqu'il devnit très-ol;scur , mais il fut bientôt arrêté par mie odeur forte et suffocante. Il fit rouler une pierre le long des degrés, et écoutant avec attention , il l'entendit produire le même bruit que si elle était tombée dans un puits. Effrayé du danger qu'il avait couru , il se disposait à remonter en toute hâte , lorsqu'il trouva un nouveau sujet de teiTcur qui le fit frisonner de tous ses membres ; en effet un nombre infini d'oiseaux, effayés par le bruit qu'il av^ait fait, se précipitèrent vers l'ouvertm'e, et plusieurs vim'ent se frapper contre son visage. Il en saisit quelques-uns qui s'étaiexit em-
ban^assés dans sa longue chevelure , et il se bâta de sortir de cet liorril^le séjour. Quand il fut revenu au grand air , il regarda les oiseaux qu'il tenait serrés de toutes ses forces dans ses inains , et reconnut que c'étaient....
TOUS LES ENFANTS
Bes cbauves-soiu'is.
M. DALBERG
Précisément. Il examina avec curiosité ces oiseaux qui portaient des poils au lieu de plumes et des memijranes velues au lieu d'ades. Dès qu'il fut remis de la frayeur qu'il avait éprouvée , il se dirigea en toute bâte vers le point où il avait vu la fumée s'élever. La nuit connnençait à devenir plus profonde lorsqu'il y arriva , mais au lieu d'une maison , il ne vit qu'un énorme monceau de charbon, et à coté une petite cabane en forme de pain de sucre , et couverte de gazon.
GUILLAUME
Ah I c'étaient des charbonniers.
M. DALBEBG.
Un vieillard, la pelle à la main, et un jeune garçon armé d'un râteau , tournaient sans cesse autour de la niasse de char]:>ou eu
comljustion , occupés à couvrir de terre les endroits où la flamme se faisait jour. Ils furent fort étonnés de l'apparition de Duval dans leur solitude , mais après lui avoir adressé quelques questions, ils l'accueillirent avec bienveillance dans leur pauvre butte. Ils se montièrent fort sui'pris lorsque le jeune étranger leur raconta son aventure dans les ruines du vieux cbâteau , et ils le blâmèrent très-vivement de sa témérité, ajoutant que , dans toute la contrée , ce vieux cbàteau était connu comme le séjour des loups-garous et des fantùmes, comme le point de rendezvous des sorcières et des revenants. Ces simples et crédules babitants de la campagne n'en finissaient pas de raconter toiUes les épouvantables aventures dont ce lieu avai. été le tbéàtre , et Duval , qui était d'autant plus porté à ajouter foi à tous ces récits que lui-même y avait éprouvé une giande frayeur , les écoutait avec la plus grande attention. Tandis qu'il s'entretenait ainsi avec le vieux cbarbonnier en le suivant dans sa promenade continuelle autour du monceau de cliarbons , le fils apprêtait le souper.
Une soupe à l'eau avec des croûtes de pain et du sel , le tout dans une cïuclie de terre , composait tout le repas que le bonlionime put offrir à son hôte , et dont il lui fit les honneurs de la meilleiu*e grâce du inonde. Un petit sceau rempli d'eau , devant lequel cliacun des convives s'agenouillait a son tour, leur offrit la meilleme des boissons. Le chant de la cliouette vint bientôt leur rappeler qu'il était temps de prendre du repos , et ils passèrent une excellente nuit sur leurs couches de feuilles sèches. Le feli-i demain matin , le bon charbonnier donna à Duval tout ce qui lui restait de pain , et le fit conduire par son fils jusqu'à la hsière de la foré t.
Combien de fois ne trouve-t-on pas des vertas charitables et hospitalières dans là hutte la plus misérable ? Défendons-nous donc contre ce préjugé que partagent un ti^op grand nombre de personnes , et suivant lequel on croit que dans les basses conditions on ne trouve que de bas sentiments. C'est une grave injustice que l'on commet gratuitement envers une classe nombreuse de la société.
Au bout de quelques jours, Duval fut
assez lieiireiix pour trouver une nouvelle place de bcr^r , mais il ne la conseiTa pas longtemps. Il alla encore plus loin et changea bien des fois de gîte, d'abord parce que quelquefois on ne l'occupait que peu de temps , ensuite parce qu'il ne pouvait supporter les mauvais traitements, et aimait par-dessus tout sa lil^erté. Il serait trop long de continuer à le suivre pas à pas comme nous avons fait jusqu'ici; d'ailleurs, nous connaissons maintenant comment il savait se soumettre à son destin : nous savons aussi avec quel empressement il mettait à profit toutes les occasions qui s'offiaient à lui d'apprendre quelque chose de nouveau, et quel genre de reflexions lui inspiiait tout ce qu'il rencontrait.
Dans les voyages qu'il faisait constammeiit de côté et d'autre , il avait souvent l'occasion de visiter les artisans dans leurs ateliers ^ et ne les quittait pas sans s'être rendu compte de tous leurs travaux ; il observait de même les opérations de l'agiiculture quand il se trouvait dans la campagne. Il se faisait expliquer tout ce qu'il voyait , et à force d'adresser ses questions à tout le monde , il rencontrait
quelquefois des personnes qui se faisaient un plaisir de l'instruire. Il ne faut donc pas sV'tonner si , de cette manière , il devint de plus en plus intelligent, et fiait par acquérir des connaissances variées. Il clierclia aussi à se former im système de vie ; ainsi quand il trouvait quelque chose qui lui semblait juste et vrai , il dirigeait ses propres actions d'après ce principe pour qu'elles s'accordassent avec ses pensées.
Il était ainsi arrivé à l'âge de quatorze ans , et voyageait encore sur la grande route en cliercliant un nouveau maître, lorsqu'il fut surpris par les rigueurs excessives du froid qui marqua l'hiver de 1 709. Ce fut une horrible saison pour la classe malheureuse ; tous les fleuves étaient gelés ; les oiseaux gelaient aussi , et tombaient glacés sur la terre ; personne n'osait s'éloigner pour quelque tenqis de sa maison ; toutes les relations et toutes les affaires étaient suspendues ; les tribunaux étaient fermés et les églises désertes ; il ne se passait pas un jour qu'on n'entendît parler d'hommes et d'animaux suii:)ris par le froid et gelés dans les chemins. Pendant ce temps , Duval parcourait inutilement les villages et
— Soles hameaux , offrant ses services à tout le inonde et cherchant un asile quelconque. Sur la route de Provins , il se trouva pris d'un mal de tète si violent , qu'il lui était impossible de le supporter. Heureusement , il aper(,ut une métairie dans le lointain , et il eut à peine la force de s'y rendre ; enfin il supplia le fermier de lui donner un abri , un petit coin où il pût se coucher , et se réchauffer un peu pour avoir la force de résister au mal qu'il endiu-ait. On le conduisit à mie bergerie , où les exhalaisons de tous les animaux renfermés l'eurent bientôt tiré de son etigourdissement ; mais en même temps cet air épais donna à son mal de tète une telle intensité, qu'il perdit connaissance. Quel ne fut pas l'effroi qu'éprouva le fermier quand il vint pour le voirie lendemain matin I II trouva le pauvre Duval, couché par terre, avec les yeux rouges et enflammés , la tète gonflée , et tout le coi-ps couvert de pustules. Cet homme lui déclaici tout franchement qu'il avait la petite vérole , et qu'il lui faudrait sans doute mourir là , car manquant de vivres pour luimême , il ne pourrait le nourrir pendant une aussi longue maladie.
Il lui parla encore longuement sur la rigueur de la saison , sur les privations de toute espèce que sa famille éprouvait , mais il avait beau parler , Duval était hors d'état de lui répondre un seul mot. Le fermier fut ému de la triste situation où se trouvait notre Valentin ; il le quitta , mais il revint bientôt avec un paquet de vieux linge , il lui ôta ses vêtements , l'enveloppa de guenilles comme une momie , et le plaça au fond de l'étable sur une espèce de lit de paille, puis il le recouvrit d'une couclie de la litière qui se trouvait sous ses brebis. Après l'avoir ainsi enseveli , il fit au-dessus de lui le signe de la croix , le recommanda à la l)onté de la providence divine , et le quitta en l'assurant que s'il se tirait de là , ce ne pourrait être que par l'clTet d'un miracle.
Enterré ainsi jusqu'au cou dans le fumier , Duval attendait la mort avec le plus grand calme. Après une courte prière mentale , se trouvant dans un état d'épuisement et d'affaiblissement complet , il se recommanda à la grâce de Dieu , et resta conune anéanti , car avec ses forces , le sentiment et la pensée disparurent aussi.
GUILLAUME
O mon Dieu î je tremble pour le pauvre Duval.
LOUIS
Sans aucun cloute , il va mourir.
M. DALBERG
Mes chers amis , n'oublions pas notre Père céleste qui est tout amour pour nous ; sa bonté pour ses créatures est inépuisable , et aucune d'elles ne quitte ce monde si ce n'est par sa volonté divine. Duval , cet enfant bon , juste et pieux, était destiné par la sagesse de Dieu , à atteindre en ce monde un haut degré de perfection humaine ; il ne devait quitter sa dépouille mortelle et retourner dans le sein de son Père tout-puissant qu'après s'être rendu digne du ciel pendant bien des années, et qu'après avoir mérité, mieux qu'il ne l'avait encore fait , la miséricorde de son juge suprême. Au moment de son histoire où noussonunes arrivés , sa détresse était grande mais le secours n'était pas éloigné. La chaleur modérée et toujours égale du fumier , la température chaude que maintenait dans la bergerie la respiration du troupeau excitèrent chez lui ime abondante transpiration»
qui cliassa la malignité de la maladie des organes intérieurs et essentiels de son coqis à la surface de la peau. Il était de plus en plus couvert de pustules , et les brebis , suivant leur usage , se pressant autour de lui , léchaient incessamment de leurs langues rudes, son visage et ses mains , car il était trop faible pour pouvoir les éloigner. Ces animaux le léclièrent tant et si bien, qu'ils enlevèrent la peau et lui fuent des plaies en plusieurs endroits , mais en même temps ils nettoyaient constamment ses blessures , et leur salive salutaire adoucissait et guérissait le mal. Tandis que le pauvre malade était ainsi cbaudomcnt enseveli dans une matière fétide et corrompue, l'hiver sévissait au dehors d'une manière épouvantable, etravageait tout le pays. L'étable était environnée de chênes et de noyers, et souvent, pendant la nuit, le froid les faisait éclater et se fendre jusqu'aux racines , avec des craquen^eBts terribles qui effrayaient Duval.
Cependant le pauvi'C fermier de la métairie où notre malade avait trouvé un asile voyait ses affaires aller au plus mal. Avant l'hiver déjà , sa maison avait été dépouillée
pour le paiement des impôts , et il lui était impossiljle d'ofTiiià Duval aucune iiourrituie fortifiante. Il était trop faible pour manger du pain , et Ton ne pouvait songer à faire du bouillon ; cependant le fermier qui ne voulait pas le laisser mourir de faim, lui portait tous les jours une bouteille de bouillie à l'eau que le malade enfonçait dans son fumier pour empêcher qu'elle ne se gelât. Pendant quatorze jours il se soutint avec cette seule nourriture ; quand son estomac exigea des aliments plus substantiels , on lui apporta de la soupe à l'eau avec du pain noir tellement gelé , que l'on ne pouvait le casser qu'à l'aide d'une hache. 3Iai5 , horrible extrémité I bientôt le fermier se ti'ouva hors d'état de lui fournir même ces faibles secours , il vint le lui déclarer avec la plus profonde douleur. Cependant il alla avertir le curé du prochain village qui se trouvait à trois quaits de lieue de là , et celui-ci le fit recevoir dans une maison voisine. On le retii-a comme on put de son tombeau , et , enveloppé de ses guenilles , emballé entre trois ou quatre bottes de foin , on le transporta sur un àue à son nouveau domicile. Il arriva à moitié engourdi chez
son nouveau protecteur; celui-ci le coucha aussitôt dans la neige , et lui en frotta tous les membres , pour le rappeler à la vie. On lui prépara ensuite un lit pareil à celui qu'il venait de quitter. Ce ne fut qu'au bout de huit jours qu'on le plaça dans une chambre et sur tone couche meilleure. Il se rétablissait peu à peu , le charitable curé lui envoyait des aliments , et de temps en temps quelque boisson fortifiante ; enfin le Dieu de clémence et de bonté voulut bien lui rendre la santé. »
Ici , M. Dalberg interrompit sa narration qui lui avait causé à lui-même une vive émotion. Une douce joie vint remplacer le chagrin qu'avaient éprouvé les enfants , au récit des malheurs de Duval. Ils se pressaient autour de leur respectable maître en baisant ses mains et en le remerciant du plaisir que leur faisait éprouver l'histoire qu'il leur racontait. Le bon cm*é, tout attendri de ces démonsti'ations reconnaissantes, leur donna sa bénédiction , puis les envoya se livrer au repos.
QUATRLEMC SOIRÉE.
Adolescence de Duval.
La petite société s'était déjà réunie dans l'endroit accoutumé , et chacun avait retenu auprès de lui une petite place pour son meilleur ami , lorsque la porte s'ouvrit , et INI. Dalberg entra. Il fut salyé de tous en même temps avec respect et amitié ; on se rapprocha le plus possible de lui , et le bon curé reprit en ces termes la suite de son récit.
« Que la santé est un gTandbonheur I vous le savez bien , mes enfants , et vous en avez souvent apprécié la valeiu", mais savez-vous aus-
si combien c'est un bien précieux que cette absence de tout souci qui acconipague votre jeunesse? Avez-vous jamais songé à remercier Dieu pour cet immense bienfait ? Voyez notre pauvre Duval , combien de fois ne dutil pas être tourmenté même pour s'assurer une nourriture suffisante à son existence ? A peine fut-il sorti de la terrible maladie qu'il venait de subir , qu'il lui fallut de nouveau chercher son pain , car le cmé qui l'avait soulagé pendant qu'il était malade, était trop pauvre pour continuer encore ses soins généreux. Que pouvais-je faire autie chose , dit Duval dans son manuscrit , que me mettre de nouveau à la recherche d'une place ; mais personne n'acceptait mes services. La rigueur de l'hiver avait fait tout geler ; personne ne voidait augmenter sa famille et il m'était impossible de trouver un maître. La faim me poursuivait de la manière la plus cruelle partout où j'allais et partout où je m'arrêtais. Alors il me vint à l'idée de m'informer si la famine était universelle , et s'il n'y avait pas un coin sur la terre où le blé ne fût gelé. On me répondit qu'il y avait au midi et à l'orient des contrées qui dcv-iicnt avoir été préservées
des ravages de l'hiver par la proxin.itc du soleil. Cette assurance ine fit épn^uver un des plaisirs les plus vils que j'aie ressentis dans ma vie ; elle fut en même temps poiu' moi une source nouvelle d'observations.
Jusqu'alors l'aspect ma{;ni(iqiiedtî la nature m'avait toujours profondément cmu, mais je n'avais jamais songé aux causes physiques de ses merveilleux phénomènes. Le soleil m'avait toujours échaufie et éclairé de ses rayons , j'avais suivi les elTets de son action bienfaisante pendant les divei'ses saisons sur les animaux et sur les plantes , et j'en avais apprécié les heureux résidtats , mais ce fut seulement à ce moment que mon esprit fut entraîné à réfléchir sur tous ces miracles que l'habitude journalière nous fait regarder comme une chose commime et toute simple.
Le pauvre garçon était resté en effet dans une bien profonde ignorance : ce qu'on apj>elle le inonde n'avait jamais été poiU' lui que l'espace borné parlliorizon et que ses regards pouvaient embrasser par un beau temps. Pour lui , la terre était une superficie plate , comme une large prairie dont les contours étaient arrondis , et sur les bords de laquelle
s*appuyait la voûte azurée des cieux ; les
étoiles étaient des flambeaux suspendus qui s'éteignaient pendant le jour et s'allumaient aux approches de la nuit. Ayant toujours entendu parler du soleil comme d'xm être animé dont on disait: il se lève , il se couche , il marque midi , il le prenait en effet pour ime puissance intelligente , et ce qui contribuait à le confirmer dans cette pensée , c'est qu'il avait souvent vu le soleil représenté sous la figure d'une face humaine entomée de rayons.
FRANÇOIS
Je l'ai aussi vu toujours représenté de cette manière. Ainsi Duval considérait cet astre comme un être bienfaisant , de même que les Péruviens qui se disent enfants du soleil,
Il arrive souvent que les croyances des populations qui sont encore dans un degré peu avancé de civilisation se trouvent entièrement semblables aux premières idées des enfants ; et ce n'est que peu à peu que les nations comme les hommes s'éclairent et deviennent plus sages. Duval prit aussitôt la résolution de s'approcher du soleil , dans la conviction que dans ces heureux climats dont il avait
entendu parler, il n'aurait plus à supporter les rigueiu's d'un hiver semblable à celui qui venait de finir. Heureux déjà de cette espérance , il se mit vite en route vers l'orient , car il croyait que le soleil devait demeurer là. Il voyagea pendant plusieurs semaines d'un endroit à l'autre , à travers la Champagne, et arriA'a ainsi dans la province de Lorraine , qui avait encore alors son gouvernement ]mrticulier.
Au premier coup d'ceil , il était facile de s'apercevoir que l'abondance et le bien-être régnaient dans ce beau pays. Les villages étaient construits avec goût , les habitants étaient proprement vêtus ; de tous côtés les champs brillaient, couverts de blés magnifiques , et les prairies étalaient au loin leurs riches pâturages. Partout où Duval adressait ses questions ordinaires , il ne rencontrait que des gens qui s'estimaient les plus heureux du monde et qui célébraient la bonté de leur prince. Jugez d'après les sentiments ordinaires de notre ami quelle impression ce spectacle si nouveau dut produire sur lui I
Un jour , comme il marchait sur la grande route plongé dans ses réflexions ordinaires,
— oeil vit passer auprès de lui un ' respectable ecclésiastique monté sur un mauvais cheval ; il se mit aussitôt à marcher à ses cotés , cherchant à entamer la conversation. L'extérieur de cet ecclésiastique inspirait à Duval de la confiance et du respect ; ses cheveux d'un blanc argenté , son air doux et bienveillant exerçaient sur le jeune homme une invincible attraction. Le prêtre lui adressa le prejnier la parole en lui demandant qui il était et où il allait. Duval lui exposa en peu de mots le but de son pèlerinage vers l'est. La singularité de ce voyage fit d'abord beaucoup rire le lx)n ecclésiastique , qui lui démontra ensuite la fausseté de son raisonnement. Celui-ci s'en consola facilement , car, ajouta-t-il , depuis que je suis en Lorraine , il me semble que je suis entré dans un autre monde , et il se mit aussitôt à communiquer à son complaisant interlocuteur toutes les observations qu'il avait faites.
Le vénérable prêtre fut étonné de rencontrer un si grand nombre d*idées naturellement justes et tant de réflexions sous des dehors aussi communs et aussi négligés. Il reçut Duval dans sa demeure, et lui promit
de l'instruire autant qu'il le pourrait. II lui fit comprentlie' surtout combien il était important pour lui d'appreudre à lire. Aussitôt qu'ils furent rendus cliez le euré , celui-ci lui fit d'abord donner ;\ man^jer , puis il conduisit son petit proté^^é dans une cliandjre remplie de livres et de manuscrits , pour lui donner la solution de toutes les questions qu'il lui avait adressées en route. Il est impossible de trouver un élève plus attentif que ne l'était celui que le bon curé avait ainsi recueilli sui' la grande route. Tout ce qui avait rapport à l'iiistoirc de la France et de la Lorraine le frappait particulièrement. 3Iallieureusement , le bon curé ne pouvait pas se cbarger de nourrir im pensionnaire comme Duval et il lui fut impossiljle de le garder cliez lui. En le congédiant , il lui mit dans la main quelques écus, et lui donna pour le reste de son voyage des conseils et des ins(ruetions bien plus précieux que son petit trésor en pièces de monnaie.
Notre jeune voyageur n'avait pas encore fait une licuc qu'd se sentit pressé du désir de passer eu revue ses finances , qui se ccmposaieut d'mi grand ujinbie de petites
pièces ; le rem picr buisson qu'il renconira lui servit de comptoir. Tandis qu'il était ainsi occupé à compter son argent et à le ranger , pièce par pièce , dans son chapeau , il entendit sortir du milieu du buisson une voix plaintive et gémissante , et en même temps un mendiant se présenta à lui , tendant la main , et le conjurant au nom de Dieu de lui donner quelque part à ses richesses. Autant par peur que par compassion , Duval lui lit un don considérable , et le mendiant , qui semblait animé de la plus vive reconnaissance , lui offrit de l'accompagner jusqu'au prochain village , au ils arrivèrent à la nuit tombante.
Après mi court et modeste repas , Duval s'endormit dans mie grange , du plus profond sommeil , auprès de son nouveau compagnon de voyage. Le lendemain matin , à son réveil, il fut suipris que le mendiant se fût remis en route de si bonne heme et sans l'en prévenir , mais son étonnement fut bien plus grand quand il s'aperçut qu'à l'exception de quelques sous qu'il avait mis dans une autre poche , tout son tiésor avait également disparu. Il s'élança aussitôt hors de la grange
— QOpoui' poursuivre son voleui- et le citer devant la justice ; s'adressant à toutes les personnes qu'il rencontrait , il s'efforçait de leui' faiie sentir la justesse de ses plaintes et de les intéresser à sa cause ; mais il ne trouva partout que froideur et indifférence ; on se borna à lui conseiller de prendre son malheur en patience. Il n'y avait pas moyen de retrouver le mendiant , et Duval , pauvre comme auparavant , s'en alla chercher d'autres infortunes.
n est impossible de rapporter tous les événements que notre ami eut à supporter dans son aventiueuse carrière. H voyageait au hasard , tachant de trouver quelques moyens honoraljles de gagner sa vie. Il fut successivement pâtre , domestique des bergers , et manœuvre chez différents maîtres qiù le forçaient souvent pai* leurs mauvais traitements à aller chercher plus loin un sort moins insupportable. Si nous voulons en finir de cette histoire , il faut que je me borne à vous en raconter les événements les plus marquants. Enfin au bout de quelques années , il trouva mi séjoui' qui offrit mi large champ à son activité et au besoin d'iustiuctiou qui le
tourmentait sans cesse. Il sut faire sortir d'admirables fruits de la semence qu'il lui fut permis de recueillir, et j'espère aussi que son exemple pourra nous profiter à tous. Assurément toutes les soulfrances qu'il avait endurées avec une patience invincible et une inaltérable pieté , ainsi que sa conduite toujours honnête et loyale , lui avaient l)ien mérité im sort moins défavorajjle. Jetons encore un rej^ard dans l'intérieur de cette belle ame , et nous nous rendrons ensuite avec lui à l'ermitajje de Sainte-Anne.
Un jour , il et lit au sommet d'un rocher qui s'élevait au-dessus de sa hutte , et il admirait à la douce lueur de l'aurore les charmes toujours nouveaux de la nature qui se déployait devant ses yeux , et se perdait au loin dans une vapeur azurée. A ses pieds s'étendait une prairie verte comme l'émeraude et coupée par un fleuve mpide qui coulait majestueusement , entraînant sur sa surface d'innomlnables radeaux et des bateaux chargés de mariniers. Des deux côtés les yeux suivaient une longue suite de collines et de vallées, emljcllies par des villaj^es , des chan^ps et des bois. Les premiers rayons
du soleil éveillaient les joyeux liabitants de la forêt.
GUILLAUME
C'est absolument le spectacle dont nous avons joui du haut delà colline , à notre promenade du mois de mai.
M. DALBERG
C'était une matinée délicieuse , et Duval fut profondément ému à cette vue. La plus vive reconnaissance pénétra son ame lorsqu'il réfléchit que la création avec toutes ses ma- (jniliccnces , avait été fondée par l'éternelle main de Dieu , pour le plaisir et l'utiUté de riionune. Plus d'une triste expérience lui avait appris que le méchant lui-même jouissait de ces sublimes bienfaits qu'il méconnaissait dans son in[;ralltude. Combien la bonté du Créatciu' est [jrande I s'écria-t-il : elle n'a pas ])lus de bornes que sa toute-puissance I Tels étaient les sentiments que l'aspect (le la nature faisait naître en lui , et qui fortifièrent de plus en plus dans son cœm' la résolution qu'il avait prise depuis longtemps de ne se rendre jamais indigne de cette intarissable bonté et de cet amour immense que noire Père céleste déploie à notre égaid.
Aussi consacra-t-il toute sa vie à l'accomplissement de cet engagement qu'il avait solennellement contracté en présence des plus admiraljles merveilles que le Créateur ait faites pour nous.
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