OBSERVATION XVII
M""^ Saint-François de Salles, âgée d'environ trente-quatre ans, m'avait consulté plusieurs fois, pour des maux d'estomac dont elle souffrait depuis longtemps, après le repas, pendant le temps de la digestion. Souvent je les avais calmés par un régime doux, des cataplasmes sur la région épigasirique; une fois avec des sangsues et une autre fois avec un vésicatoire au creux de l'estomac, entretenu pendant huit ou dix jours. Pendant ces divers traitements on condamnait la malade au repos et à une nourriture trèsdouce. Mais quand cette dame reprenait, au couvent, ses occupations habituelles (musique vocale et instrumentale), les douleurs d'estomac et les difficultés de digestion redevenaient peu à peu très-douloureuses. Depuis deux ans environ, elle ne pouvait plus manger de viande, de poisson, etc.; elle ne vivait plus que de soupes, de potages, de pain avec des confitures et souvent de pain sec, il passait moins mal. La digestion de cette faible nourriture se faisait très-mal et occasionnait des douleurs incessantes après avoir été ingérée.
(1) A. Godart. Obs. XI du Mon. desHôp.
(2) Docteur Bertbelot.
A la fin de juillet 1854, M"»» S prit 20 closes de poudre nutrimen-
live de 1 gramme chaque, deux par jour, une au commencement du déjeuner el l'autre au commencement du diner. Elle s'en trouva bien, digéra mieux et souffrit moins. Elle cessa pendant quelque temps, dans le mois d'août, à cause des travaux du pensionnat, avant les vacances.
Au l" septembre. M-"" S , libre de tous travaux et de toutes fatigues, reprit l'usage des poudres nutrimentives à la dose de 1 gramme au commencement du déjeuner et du dîner; elle continua tout le mois de septembre; peu à peu ses douleurs d'estomac diminuèrent, disparurent à tel point que dans la dernière quinzaine de septembre, elle pouvait manger et digérer toutes sortes d'aliments et môme de la viande. Depuis lors elle continue à bien digérer.
En cessant mes visites, on m'a prévenu que si les douleurs el les difficultés de digestion revenaient on m'avertirait aussitôt. Depuis ce temps, je sais que la malade va bien (15 novembre 1854).
§ 2. — Dyspepsie due à altération de la fonction sécrétoire, mais à laquelle vient se joindre d'une manière indépendante r altération de la fonction musculaire et sensitive de l'estomac.
J'ai choisi ces dix-sept cas de dyspepsie parce qu'ils permettent, par leur simplicité, de légitimer nettement mes conclusions.
J'ai hâte, maintenant que le terrain est reconnu, si je puis m'exprimer ainsi, d'examiner des faits de moins en moins simples. Je vais tâcher de le faire progressivement.
On sait combien l'utérus réagit vivement surrestomac, soit pendant la période menstruelle, soit plus fréquemment pendant la grossesse.
Les femmes, dans cet état, vomissent souvent dans l'intervalle des repas, souvent le matin, au réveil, quand il n'y a aucune espèce d'ahments dans l'estomac, c'est-à-dire dans les conditions où le principe digestif n'a rien à faire.
^ Le vomissement par sympathie a lieu dans ces cas, par l'une ou l'autre des causes suivantes : P ou parce que la membrane rausculeuse de l'estomac est irritée spasmodiquement ; 2° ou parce que la sensibilité de la membrane musculeuse est spontanément excitée ; alors, comme a toute heure la molilité et la sensibilité de l'estomac peuvent être atteintes, le vonnssemcnt peut paraître à toute heure.
Les digestions parfaites qui peuvent avoir lieu chez les femmes grosses, quand cette irritation cesse pour quelques heures on quel.iues jours, prouvent bien que la sensibilité et la contractilité de l'estomac peuvent être en jeu d'une manière tout à fait indépendante de la sécrétion.
Chez une femme dyspeptique par défaut de sécrétion, et digéran bien sous I .nnuence du principe digestif des prises nutrimentives, s
tout à coup l'état de l'utérus met en jeu, comme nous venons de le dire, la contractilité et la sensibilité de l'estomac, les vomissements auront lieu, malgré le médicament, mais n'auront lieu, malgré lui, que durant la réaction utérine et point au delà.
L'exemple suivant est frappant, sous ce point de vue, et montre à jour fixe l'intervention d'une cause sensitive, rendant momentanément insulfisanle l'action d'un seul médicament efficace jusqu'alors,
OBSERVATION XYIIl.
(Communiquée par le docteur Vernois, médecin consultant de l'Empereur
et des hôpitaux.)
M"' X demeurant rue de la Michodière, âgée de dix-neuf ans,
d'un tempérament lymphatique , a depuis longtemps une gastralgie caractérisée par (le la pesanteur à l'estomac, du gonOement du ventre, du malaise après le repas, ei, depuis dix à douze jours, de douleurs vives à la région épigaslriquo. Bien des remèdes n'ont pu soulager la malade.
La malade prend, pendant douzo jours de suite, une prise nulrimentive à chaque repas, sans autre médicament.
Les trois premiers jours, disparition immédiate des douleurs; digestions faciles de viandes et de légumes.
Le troisième jour, les règles apparaissent ; cette époque est toujours mauvaise pour la malade , à cause du trouble général qu'elle porto dans sa santé.
Pendant les quatre jours qu'elles coulent, le remède n'a plus aucun effet; retour des douleurs d'estomac.
Les cinq jours qui suivent, le bon effet reparaît.
Le treizième jour, la malade, se croyant guérie, ou du moins suffisamment soulagée, suspend l'emploi du remède.
Dans cette observation, la rapidité des périodes me semble offrir avec plus de netteté ce que je cherche à démontrer. Ceux pour qui cette rapidité est un défaut pour la démonstration seront dédommagés par l'observation suivante qui n'est pas moins claire.