OBSERVATION XIX
Dyspepsie depuis quatre mois chez une jeune femme. — Pesanteur épigastrique, renvois, nausées, céphalalgie, alimentation restreinte.— Depuis deux mois, vomissements presque à chaque repas. — Taches d'éry t hème fugaces à la face, d'éphélides au cou et à la poitrine.— L'usage du bismuth et de la morphine n'arrête qut les seuls vomissements.— Usas'i des préparations nuirimentives.— Di'fl'ei'io'w faciles dès le premier jour, et suppression du vomissement sans bismuth ni
(1) Docteur A. Godarl, Obs. I du Mon. des Hôp.
morphine.— Suppression des taches de la face le troisième , des éphélides le quinzième jour.— Quelques accidents reparaissent les deux fois que la malade omet de prendre le médicament. —Cq dernier laisse également reparaître les accidents pendant une grossesse d'un mois. — Après une fausse couche qui a lieu, il reprend son effet en entier, et la malade guérit.
M™' Th. . . Mar. .., âgée de vingt et un ans, bien portante habituellement, après être venue à Paris plusieurs fois et y avoir fait des séjours, est venue s'y lixer depuis quelques mois.
Depuis son arrivée, ses digestions sont constamment mauvaises; chaque repas, principalement celui du soir, est suivi d'angoisse, d'une pesanteur considérable à la région épigastrique , de sentiment de plénitude, de renvois et nausées. Il y a alors, en môme temps, une céphalalgie assez intense. Les aliments sont pris en petite quantité ; ce ne sont pas quelques aliments en particulier qui provoquent ces symptômes , tous, en général, ont à peu près le môme effet, principalement dès que la malade veut augmenter un peu sa nourriture. Ces symptômes persistent deux , trois ou quatre heures après les repas. Il y a tendance à la constipation. Toutes les fonctions menstruelles ou autres sont dans un état à peu près complet d'intégrité.
L'eau de Seltz est impuissante à combattre ces accidents.
Depuis deux mois et demi, ces symptômes se sont accrus; de plus , à la suite du repas du soir , la face , et principalement le front , le menton et le nez se couvrent de petites plaques érythémateuses fort visibles, quoique ne durant pas plus de quelques heures; le cou et la poitrine se sont couverts de taches d'éphélides persistantes et très-caractérisées. Depuis ces deux mois, il n'arrive pas, de deux Jours l'un , que la malade ne vomisse tout ou partie de son repas, une demi-heure, une heure après l'avoir pris, quelquefois moins encore.
Je lis cesser les vomissements, mais eux seuls, chaque fois que je lis faire usage à la malade de la poudre suivante :
Pr. Sous-nitrate de bismuth o,50
Hydrochlorate de morphine. , . . 0,05
avant le repas; mais les éphélides , et surtout les taches érythémateuses de la face, ainsi que les digestions laborieuses, persistaient avec la même intensité, quoique les repas fussent très-modérés. Dans les derniers jours de novembre, ce dernier traitement étant en usage depuis trois semaines environ, je prescrivis une cuillerée nutrimcnlive (1) à chaque repas.
Dès la première, la malade mangea plus , ne vomit point; elle ressentit moins de douleur à l'estomac, la céphalalgie fut très-faible ; à la troisième (dîner du lendemain), la malade n'eut plus aucune rougeur érythémateuse à la face. A partir de ce moment , je pus supprimer le sous-nitrate de bismuth et la morphine sans que les vomissements revinssent.
Feu à peu, les digestions de laborieuses devinrent faciles"; au bout d'une semaine, la malade avait bien doublé indistinctement la quantité de ses aliments. Voyant ce mieux complètement conUrmé, je diminuai la dose nutrimentive ; mais un repas ayant eu lieu sans que la malade en eût pris elle vomil son déjeuner et conserva plusieurs heures du malaise. Dès lors
la malade, d'elle-même, reprit la cuillerée nutrimentive matin et soir; quelquefois môme, tant le remède qu'elle repoussait au début lui avait donné confiance, elle en augmentait elle-même la dose, surtout quand elle avait un repas plus copieux à faire.
Au bout de quinze jours, les éphélides avaient complètement disparu au cou et sur la poitrine.
Le 18 décembre, la malade ne prit point sa cuillerée nutrimentive; elle vomit, et, le soir, en ayant pris peu , elle eut de la pesanteur à l'estomac et une ou deux plaques érylhémateuses à la face.
Une grossesse étant survenue, la malade, pendant un mois, vomit souvent et malgré l'emploi de la cuillerée, ce qui la désola.
Une fausse couebe d'un mois survint; la cuillerée nutrimentive reprit ses propriétés.
Après quelques semaines, la malade put cesser quelques jours le médicament, puis le reprendre lorsque la digestion redevenait laborieuse ; elle arriva ainsi à une grossesse qu'elle traversa heureusement, ainsi que l'allailement de son enfant, sans plus avoir besoin du médicament.
Ce que ces deux observations viennent de nous démontrer si clairement chez deux femmes peut exister aussi chez l'homme sous d'autres influences.
La sympathie de l'estomac pour l'utérus pendant les menstrues ou la grossesse est loin de s'attaquer exclusivement à la membrane sensible et à la membrane contractile; j'ai seulement dit qu'elle pouvait s'attaquer à elles d'une manière indépendante de l'appareil sécrétoire gastrique.
Cette indépendance est encore marquée dans les observations tout à fait inverses oîi, pendant la grossesse, la sécrétion seule était viciée, et 011 les prises nutrimentives suffisaient seules pour arrêter les troubles dyspeptiques.
L'observation IV de M. le professeur Parise était de ce genre, il en est de même de la suivante.