OBSERVATION XX
(Recueillie par M. le Durand, méd. à Nemours.)
M- B., habitant la campagne, et occupée aux travaux des champs, vint me trouver, le 13 avril 1851, pour des vomissements survenus chez elle depuis trois mois, et qui étaient incessants pendant une demi-heure aprcs chacun de ses repas. Cette femme était dans son septième mois de grossesse. Avant cette grossesse elle était toujours bien réglée, et n'avait jamais eu de vomissements ni de douleurs d'estomac, même pendant une première grossesse survenue il y a cinq ou six ans.
1 a malade prit un paquet de poudre nutrimentive par jour, pendant trois iours et, à partir du premier, elle cessa de vomir, et put atteindre, sans aucun nouvel accident du côté de l'estomac, le terme de sa grossesse.
Ce sont les deux seules observations de ce genre qui me soient parvenues.
« Les troubles de l'estomac devinrent si inquiétants, dit M. Parise, que j'eus recours aux prises nutrimentives. » M. Durand ne les a employées qu'après trois mois de vomissements incessants, ee fut donc au moment le plus difficile qu'on se mit à l'œuvre.
Chez les deux malades « dès le premier jour » les troubles cessèrent.
Comme il n'est pas possible que chez ces deux malades, l'une au quatrième mois, l'autre au septième mois^ juste au jour et à l'heure où l'on a donné de médicament, la réaction de l'utérus sur l'estomac cessât naturellement, et précisément pour la première fois, on ne peut mettre en doute l'effet des prises nutrimentives.
De telles observations nous conduisent à formuler nettement la proposition suivante : Dès que chez une femme enceinte les vomissements ou la dyspepsie paraissent à la suitedu repas, il faut employer les prises nutrimentives (1).
Leur administratif)n est un excellent moyen de diagnostic, quant à la cause de la dyspepsie ; et la rapidité de leur emploi, un moyen ulile d'arrêter dans sa racine, et en peu de jours (il a suffi dans deux cas de trois à quinze jours), des troubles qui, devenant plus tard incoërcibles, compromettent si souvent la vie des femmes et celle du produit de la conception.
Je répèle donc ce que je disais dans le précédent travail : 1° Les phénomènes de la dyspepsie, qui reconnaissent pour cause le vice de la sécrétion gastrique, doivent être traités par les prises nutrimentives ;
2° Ceux qui dépendent de l'atonie de l'appareil musculaire de l'estomac, par la strychnine (3 mill. par repas) ;
3" Ceux qui dépendent de l'irritabilité seule, par les narcotiques ;
4° Ceux qui dépendent des deux premières causes associées réclament l'association des deux remèdes, sous peine, pour le médecin, d'échouer, qu'il emploie l'un ou l'autre uniquement. Je renvoie à ce que j'ai dit, p. 7, du danger de la médication narcotique employée seule.
De combien les succès deviendraient-ils la loi pour les malades, si la persévérance dans la coordination rationnelle des moyens thérapeutiques, sur laquelle j'ai laut insisté, p. 7 et 8, était toujours la loi des médecins?
tl) Neutres, acidiliccs, associées ou non à la codéhie ou à la strychnine, suivant les cas et rcirot produit.
Je suppose, en effet, un praticien qui, au lieu d'arriver quelques jours avant les règles delà malade (obs. XVIII), soit arrive le premier jour, et eût prescrit les poudres nutritnentives. Comme alors la con- Iractilité et l'irritabilité prédominaient, il eût échoué par ces moyens seuls ; et si de cet échec il eût conclu à l'incfficacilé des prises nutriinenlives dans toute condition de dyspepsie, il se fût privé à tout jamais d'un médicament utile; tandis que, s'il eût persévéré jusqu'à ce que la disparition des règles ait enlevé naturellement les causes de dyspepsie étrangères à la sécrétion, ou s'il eût combattu simultanément, pendant toute cette durée, le vice de sécrétion et ces causes étrangères par les médicaments appropriés,' il lût arrivé à une conclusion tout apposée.
J'aurais à faire les mêmes raisonnements relativement aux dyspepsies des hommes dans lesquels la contractilité, la sensibilité et la sécrétion pathologiques s'isolent ou se réunissent deux à deux pour amener les troubles dyspeptiques. — Là est toute la clef du traitement de cet état morbide.
Puisse-t-on se pénéti'er de cette idée :
1° Que les causes des phénomènes attribués à la dyspepsie résident dans trois organes ; la membrane muqueuse, les glandes sécrétoires, la membrane musculeuse;
2" Que chacune des fonctions dévolues à ces organes (sensibilité, sécrétion, contraction) peuvent se vicier isolément ou simultanément ;
3" Que la. seule fonction dont le vice foute immédiatement atteinte A LA VIE est la sÉcHÉTOiRE ; quc uiicux vaudrait méconnaître les autres vices que celui-ci ;
4° Qu'il faut, dans le doute, essayer aussitôt et tout d'abord la pepsine acidifiée, le médicament physiologique qui remplace la sécrétion de l'estomac; si, seul, il ne réussit pas, lui associer la strychnine ou les narcotiques, et ne l'abandonner que lorsqu'on a la certitude que la sécrétion de l'estomac se fait bien et suffisamment.
Les vingt observations que j'ai rapportées, qui sont dues à des observateurs très-différents, observant indépendamment, et quelques-uns à de grandes distances, n'ont guère besoin de commentaires et parlent assez d'elles-mêmes.
Pour plus de clarté et de certitude néanmoins, je vais supposer des objections, et y répondre; le lecteur, s'il n'en a pas d'autres à faire, ne quittera donc point cette lecture sans conviction.
1° Si l'on contestait l'utilité et la supériorité du iiicdicamcnt physiologique, je répondrais que, dans ces observations, la magnésie, l'eau de Vichy, le quassia, le sous-nitrate de bismuth et la médication
variée, le régime qui nvnient été employés, l'ayant été sans succès, avaient obligé à rccoui ir à tVaulres moyens, c'est-à-dire à la pondre iiutrimentivc qui fut employée alors et qui réussit.
2° Si l'on contestait qu'on eût eu affaire à la dyspepsie, je répondrais que chacune de ces observations relate les phénomènes incontestablement propres à ce mal.
3° Si l'on contestait à ces dyspepsies de reconnaître pour cause une insuffisance de la sécrétion gastrique, je répondrais qu'un seul médicament est donné et réussit, c'est le ferment digestif lui-même.
4° Si l'on me contestait que c'est bien le ferment digestif des prises nutrimentives qui opère la bonne digestion, je répondrais qu'avant de l'administrer, la digestion des aliments était difficile; que ce fut au premier repas où on le donna que la digestion des aliments fut facile, et qu'au repas même oii par contre-épreuve on le supprima, la digestion redevint mauvaise ; c'était donc bien le fei ment digestif qui manquait à l'économie et qu'on lui rendait pour digérer.
C'est donc avec de bonnes preuves que j'affirme que les prises nutrimentives, par le principe digestif qu'elles renferment, remplacent le ferment digestif du suc gastrique que l'estomac ne sécrète pas.
§ 3. — Indications et effets généraux des poudres nutrimentives
dans la dyspepsie.
Il faut faire quelques remarques, relativement à l'opportunité du médicament : si les vomissements, quoique rendus avant la deuxième heure accomplie de la digestion, sont fades, neutres ou alcalins, on est en droit de les attribuer au vice de la sécrétion. C'est une certitude si, quoique pris en petite quantité, les aliments rendus, après la première heure de la digestion, ne sont point ou presque point attaqués.
Le sentiment de pesanteur à l'estomac, le gonflement épigastrique douloureux, la tendance au sommeil, la céphalalgie et le malaise après le repas indiquent que les aliments ne se digèrent point ; et le plus souvent cela est dû au vice de sécrétion gastrique.
L'administration des prises nutrimentives a réussi, en effet, plus souvent dans ce cas que lorsqu'il y avait des douleurs vives, atroces. Ces dernières douleurs sont plutôt le fait de la gastralgie, de l'exagération de sensibilité de la membrane muqueuse , que de la dyspepsie.
Toutefois, il y a des gastralgies, celles qui sont sous la dépendance de la dyspepsie, qui peuvent céder à l'emploi des poudres nutrimentives.— L'observation XIII est un exemple de soulagemenl immédipt, par leur usage, des douleurs gastralgiqucs ; l'observation "VI est de ce genre.
ainsi que l'observation XVIII. — Mais c'est surtout l'observation V (à laquelle je renvoie avec instance), qui en montre un exemple incontestable.
D'après ce qu'on vient de lire, \e ne pense pas qu'on puisse douter : 1» Que le principe digestif des poudres nutrimentives fasse digestion ;
2° Qu'il dissipe les effets immédiats de l'indigestion , renvois , nausées, vomissements (1), diarrhée, pesanteur épigastrique, malaise, céphalalgie ;
3» Qu'il fasse disparaître les effets médiats d'une digestion habituellement laborieuse, érythèmes, taches hépatiques, etc. ;
4" Enfin, puisse suffire, en reposant l'estomac, à lui faire recouvrer ses forces, dès lors, rétablir la sécrétion normale de son principe digestif, de manière à rendre désormais inutile le secours d'un principe digestif étranger, c'est-à-dire à assurer la guérison radicale de la dy-ipepsie ?
Effets que (page 16) je m'étais proposé de démontrer.
(1) J'ai vu, dans des cas où le défaut de principe digestif était le seul vice de la digestion, mais où l'estomac ne recevait pas depuis longtemps d'aliments, que le premier jour, en donnant les prises nulrimeiiiives, il y avait irritation produite ; mais, en associant les deux ou trois ])remières fois la médication à de légères doses narcotiques, le bienfait de la médication paraissait alors complètement, et permettait désormais d'abandonner les narcotiques.
Dans les cas de pyrosis ou d'acidité, on évitera aussi celle irritation en donnant les prises nutrimentives neutres; elles s'acidifleronl dans l'estomac s'il y existe en effet un excès d'acide, et seront propres, dès lors, sans exciter l'estomac, à transformer les aliments en nutriments.