‹ Dyspepsie et consomptionChapitre 20 sur 30 · CONSOMPTION PAR DÉFAUT D'ALIMENTATION SEULEMENT · texte numérisé non relu

CONSOMPTION PAR DÉFAUT D'ALIMENTATION SEULEMENT

Premier degré, curable par l'alimentation seule.

QDAND l'abstinence OU l' ALIMENTATION SUFFISANTE n'a PAS DDBÉ PLUS d'un certain temps, on peut, en rendant des aliments A TEMPS ET EN ARRIVANT RAPIDEMENT A LEUR RATION NORMALE, ARRÊTER LA CONSOMPTION ET NOURRIR LE CORPS, PARCE QUE l'eSTOMAC, n'aYANT PAS PERDU SA FONCTION, LES TRANSFORME, PAR SON EXERCICE, EN NU- TRIMENTS QUE l'assimilation MET A PROFIT.

Dans le chapitre précédent, nous avons examiné progressivement la dyspepsie causée uniquement par le vice de la fonction glandulaire ou sécrétoire, puis celle qui est causée par le vice de la fonction sensitive et de la musculaire, puis enfin la dyspepsie qui reconnaît pour cause un ou plusieurs de ces troubles. Nous n'avons abordé que des dyspepsies provoquées par une cause assez passagère et curable pour ne point compromettre la vie d'une manière directe et prochaine, c'est-à-dire que des dypepsies ne reconnaissant pas pour cause un état de consomption ou cachectique.

Actuellement , nous abordons des difficultés plus grandes, où l'on n'est plus aux prises seulement avec le malaise et la douleur, mais avec un état de danger pour la vie.

La nécessité de se passer des aliments pendant un certain temps peut venir soit du dehors, quand on ne trouve pas d'aliments {Exp. physioL, famine), soit du dedans quand un état maladif éloigne de la nourriture, ou quand celle-ci est défendue par les règles de la thérapeulique.

Quelle que soit celle cause, qu'elle vienne des aliments ou de l'état de l'individu, il résulte de l'absence des aliments un fait unique, c'est que l'économie ne trouve plus chaque Jour dans l'estomac de matériaux assimilables, de nutriments.

Mais aucune manifestation vitale ou fonctionnelle quelconque ne peut s'exécuter dans l'organisme sans la présence d'une matière ahbile, qui, par le fait de cet exercice, se modifie, se consume et est rejetée au dehors. Et dans cette présence et cette usure est une con- ■ ditton sine quâ non de l'exercice de toutes les fonctions.

Celte nécessité étant absolue, il en résulte que si la matière alibilc ne

peut êlre prise hors de la trame des organes, c'est-à-dire dans les aliments transformés par l'estomac en nutriments ; elle est prise dans la trame même des tissus, soit parce qu'il y a en cette trame une matière alibile (t) libérable ou une réserve nutrimentaire libre.

C'est alors que celte consommation des matériaux alibiles du dedans se faisant pour prolonger l'exercice des organes et n'étant plus équilibrée par les nutriments tirés du dehors, le corps s' émacie pendant ce temps, perd de son poids; les fonctions et leurs organes moins entretenus, moins réparés , s'affaiblissent progressivement et cessent de vivre. Telle est toute l\ consomption.

Il faut le reconnaître, la consomption est passagèrement utile et capable de conjurer un danger très-pressant, mais elle estruineuse si elle se prolonge (2).

(1) N'est-ce point en \ertii de cela que le sang el l'albumine pris à un veau el injectés ensuite dans les veines du veau n'est point, dit-on, éliminé, c'est-à-dire s'y comporte comme si l'albumine de ce sang était nutrimentaire, tandis que le sang et l'albumine d'an autre animal s'y comporle d'une manière inverse.

(2) Il existe en physiologie des connaissances très-précises à cet.égard. Les pigeons de Chossat, privés d'aliments, ne purent prolonger leur vie au delà de vingt jours; ceux de Redi au delà de vingt-huit jours ; les chiens au delà de trente -six ; l'homme, au delà de cinquante à soixante jours.

Tant que, pour les animaux observés par Chossat, la consomption du corps ne diminua pas ce dernier des 0,4, les animaux vécurent malgré l'abstinence ; mais, dès que ces 0,4 furent consumés', aucune partie de l'économie ne pouvait plus rien céder. Cette matière, dont le passage et les transformations sont la condition de toute manifestation vitale ou fonctionnelle, manqua; dès lors toute manifestation vitale cessa, elles animaux moururent dès ce moment précis.

Voilà le lerme extrême et la mesure avec laquelle la consomption du corps peut prolonger la vie.

Dans l'état de maladie, môme avant que l'abstinence ait duré depuis longtemps, et comme pour donner plus d'énergie et de résistance à certaines manifestations vitales et fonctionnelles dont la maladie menace vivement et prochainement l'existence, celle consomption se développe largement: ainsi dans les maladies aiguës, fébriles, graves.

Il y aurait un puissant intérêt et une immense utilité à savoir, pour la maladie et pour chaque maladie, quelle est aussi la durée possible de cesacriûce et sa limite pondérable; mais il est douteux qu'on puisse jamais y arriver d'une manière assez précise pour comporter quelque utilité pratique.

Quoi qu'il en soit, si la limite durant laquelle pendant l'abstinence la consomption du corps peut prolonger la vie est de cinquante à soixante jours chez l'homme en santé au début, il est probable que chez l'homme malade cette limite, quelle que soit d'ailleurs la résistance individuelle, est plutôt plus restreinte que plus étendue.

Elle csl si ruineuse que Chossat a pu dire : « L'inaniliation est la cause de mort qui marche de front et en silence avec toute maladie, dans laquelle ralimcntation n'est pas à l'état normal (1). »

On cherche en vain dans toute la médecine un aphorisme plus utile, dhme vérité plus saisissante et plus élevée que celui de Chossat.

Dans toute maladie, il n'y a que deux genres de mort : l'une est su- Lite ou rapide, comme par la rupture d'un anévrisme, l'iiydropéricardile ; la suffocation du croup ; une lésion de la moelle (myélite, ramollissement) montant au bulbe et paralysant la respiration ^ une méningo-encépbalite ou l'apoplexie interceptant aussitôt tout acte vital du système nerveux. C'est la mort telle que l'a comprise Bicbat.

L'autre espèce de mort, en général moins rapide, qui ne tue guère avant cinquante ou soixante jom'S, comme ferait l'abstinence seule en un corps sain, c'est la mort comme la comprend Chossat.

Or, il faut- l'avouer, dans sa conception, Chossat l'emporte sur l'auteur de V Essai sur la vie et la mort.

Car la mort telle que le premier la comprend est la plus universelle ; pas un anévrisme, pas une affection du poumon, pas une maladie de la moelle ou du cerveau qui ne puisse amener la cause de mort que signale si éloquemment Chossat, pour peu que ces maladies durent.

Bichat a saisi le mécanisme bruyant et intéressant de l'une ; Chossat a surpris la silencieuse marche de l'autre.

L'avenir jugera lequel aura contribué, le plus ou le plus directement, par son génie, à la médecine préservatrice de la mort.

Si l'on comprend tout ce qu'il y a de sévère dans ces études , et qu'on y conforme sa conduite après les maladies, sans perdre un jour, dès qu'on le peut, il faudra donc alimenter les malades; arrêter par là celte résorption des matériaux du dedans, cette consomption.

J'insiste avec beaucoup d'inslance sur cette hâte.

Si parla consomption les fonctions s'affaiblissaient toutes du même degré,sans doute le danger de la temporisation serait faible, et il suffirait, pour sauver les malades, de les alimenter avant qu'ils ne soient morts.

S'il y a un si grand danger à tarder à alimenter les malades qui parcourent le premier degré de la consomption, c'est que les choses se passent d'une manière toute différente.

Loin (|ue l'affaiblissemunt progressif s'attaque au même degré à toutes les fondions, il en est qui s'épuisent, cessent de s'exercer avant les autres.

(l) Recherclies expérimentales sur l'inaniliation.

Bien plus, certaines fonctions primordiales peuvent "avoir succombé d'une manière irrémédiable, avant même que les autres soient assez affaiblies pour donner l'alarme : telle est la fonction digestive.

C'est là tout le danger.

Nous verrons dans le chapitre suivant (page 40) les animaux inanitiés arriver à un moment oii on leur donne des aliments et oîi ils ne les digèrent plus et meurent, les victimes de la famine perdre leur faculté digestive, aussi bien que les malades épuisés par la longueur du mal ou de la diète.

La digestion ne fait d'ailleurs point exception à la loi générale.

Les fonctions sont établies de telle sorte que celles qui importent le plus à la vie organique du moment ne s'épuisent que les dernières, et que les organes qui les exercent se consument le moins, et le moins vite.

La fonction d'innervation, qui importe le plus à la vie organique du moment, meurt la dernière, et, à la mort , le système nerveux n'a pas perdu plus d'un centième de son poids primordial , que déjà les muscles, moins importants à la vie du moment, ont perdu près de la moitié de leur poids, et la graisse a perdu les quatre-vingtdix-neuf centièmes ! sacrifice admirable des organes secondaires, au profit de ceux qui tiennent les rênes de la vie ! sacrifice qui ressort bien nettement des belles et précises expériences de Chossat.

Mais dès qu'une fonction primordiale et l'organe qui l'exécute ne peuvent plus vivre aux dépens des secondaires qu'ils ont épuisés, chaque fonction primordiale, à son tour, cesse de s'exercer^ et la fonction digestive, étant moins importante à la vie du moment que la circulation, la respiration et l'innervation, succombe aussi définitivement avant celles-ci, mais sans bruit. On ne voit point cesser celte fonction, comme on voit cesser le cœur de battre et la poitrine de se soulever.

Dès que l'une des fonctions primordiales que je viens de citer a succombé, aucune ne peut plus désormais se relever.

Plus d'innervation dès que le cœur a cessé de battre ; plus de circulation dès que les poumons ne respirent plus ; plus de respiration, de circulation, d'innervation durables, dès que 1 estomac arrive au moment de son épuisement hiérarchique irrémédiable.

Les physiologistes, malheureusement, et même parmi eux Chossat, n'ont guère vu dans les effets de l'inanitiation, c'est-à-dire de la consomption, que l'épuisement général, et non point celte mort successive des fonctions de digestion, d'assimilation, de circulation, de respiration, qui aboutissent* à la mort du système nerveux, à la mort générale.

Si la science s'arrêtait à la croyance d'un affaiblissement ou d'un épuisement général, comme suite de l'abstinence et de la consomption, d'un épuisement général, marchant également et de front pour toutes les fonctions, ceux qui s'arrêteraient avec elle n'y puiseraient qu'une sécurité et une pratique ruineuses.

En effet, quelle erreur ou quelle imprévoyance de croire qu'il suffira que la ruine générale ne soit pas consommée, pour l'arrêter à jour fixe !

Que pourront faire avec des aliments les médecins , s'ils viennent s'adresser à un estomac désormais épuisé et insuffisant? autant vaudrait mettre ces aliments dans un vase inerte; l'estomac ne pouvant rien sur eux, quel profit en retirera l'économie ?

J'abonde dans le sens de ceux qui, dès que la fièvre est tombée, ou que la chaleur cesse pour les premières fois d'être intense, ou que la sensibilité au froid arrive, ou que le nombre de pulsations devient normal et s'abaisse même au-dessous, ou que le corps paraît maigrir plus rapidement, essayent aussitôt d'alimenter. J'entends par aussitôt, dès les premiers jours, car si l'on attend six ou huit jours seulement, il sera peut-être trop tard, la fonction digestive sera peut-être irrévocablement perdue.

L'alimentation possible et facile dès ces premiers jours, aura cessé de l'être ; on se sera, par une sécurité et une temporisation fatales, créé les difficultés dont je parlais il y a un instant.

Les divers phénomènes de diminution du poids et du volume du corps, d'abaissement de la chaleur, du pouls, etc., sont ceux qui annonçaient dans les magnifiques recherches de Chossat la terminaison prochaine de l'inanitiation par l'épuisement général; l'anorexie, la révolte de l'estomac, sont alors, avec eux, des phénomènes qui peuvent être dus à l'inanitiation, à la consomption physiologique faute d'aliments,' et non à la maladie. Ils indiquent souvent à la fin des maladies la nécessité absolue d'alimenter et de nourrir, point sur lequel M. Marrolte vient de rappeler dernièrement l'attention, dans un article remarquable.

Mais comme ils peuvent aussi bien appartenir à une maladie, à une impuissance de l'estomac qu'à un besoin, il peut y avoir doute et comme, il faut le dire, aucun signe certain ni pour le temps ni pour 1 état des fonctions, aucun signe certain n'existe qui puisse fliirc reconnaître pendant l'abstinence que la fonction de l'estomac va s'éteindre , il unportc qu'on se hâle d'essayer l'effet de l'alimentation.

Avant le quarantième jour de l'abstinence, avant le soixantième do

l'alimentation insuffisante, du quarantième au soixantième du début de la résorption des matériaux du dedans, le méJecin doit être en éveil ; il y a danger pour la conservation des fonctions primordiales, et le premier danger est pour l'estomac. Mais comme l'état de faiblesse générale antérieur à la maladie, une consomption légère due à une autre cause avant la maladie, une faiblesse déjà plus gi-ande de l'estomac avant la maladie qui a amené la consomption peuvent raccourcir encore ce temps , il ne peut y avoir qu'une seule ligne de conduite pour le médecin i

C'est de devancer plutôt l époque que de V attendre.

Dès les premiers Jours, il faut que le médecin se mette à l'œuvre, et surmonte les difficultés, s'il en est, qu'elles viennent de l'état du malade ou du choix des aliments : soit que d'emblée le malade s'alimente, appète et digère bien, soit qu'il faille tâtonner sur le choix des aliments, donner des potages ou plutôt des aliments solides et même de la viande rôlie..., même donner quelques condiments, comme un peu de vin vieux, etc.

Comme encontre tout démontre que les fonctions s'éteignent successivement aussi bien dans l'abstinence que dans l'alimentation insuffisante, bien qu'un peu moins rapidement dans ce dernier cas, il faut donc, au sortir des maladies aiguës, faire cesser la consomption, non-seulement le plus tôt possible, mais aussi le plus complètement possible.

Il importe, en cinq ou six jours, quelquefois dix ou douze, de se hâter de rapprocher la quantité d'aliments de la ration normale et physiologique, donner par exemple: les deux premiers jours 1/20; arriver le cinquième jour à 5/20; le huitième jour à 8/20; le dixième jour à 10/20, c'est-à-dire à > demi-ration normale, puis dépasser celte moitié.

Il faut se kappeler que même dans les expériences physiologiques

EN UN CORPS SAIN l' ALIMENTATION INSUFFISANTE {de moitié par exemple) FMT PÉRIR PRESQUE AUSSI VITE QUE l' ABSTINENCE ENTIÈRE.

La raison en est que les matériaux du dedans étant plus vite épuisables que ceux du dehors, la consomption est loin de pouvoir fournir chaque jour l'autre moitié des nutriments qui devraient venir du dehors, pour réparer suffisamment les organes et rétablir les fonctions dans leur jeu physiologique.

L'alimentation donnée insuffisante, par excès de prudence, tue, par

quent, aussi sûrement que l'abstinence.

Si l'on peut arriver en dix jours à la demi-ration, et en douze, par

conseq

exemple, à la ration entière sans trouble, on serait coupable de ne point le faire. Voila, la. bègle absolue.

Ce n'est donc que dans les cas ofi il est impossible défaire prendre et digérer plus de la demi-ration en dix ou douze jours, qu'on peut se permettre de tenter de moins rapides progrès. La ration entière et physiologique correspond à un exercice entier de toutes les fonctions, et les convalescents sont loin de le fournir, dès lors leur ration physiologique pour ce repos relatif est moins élevée ; voilà donc un élément qui vient adoucir^ la rigueur des préceptes précédents, et l'observation XXTI, par exemple, montre qu'il faut en effet en tenir compte. Mais cette tempérance raisonnée, dans leur application, ne doit point laisser oublier un seul instant le principe qui les eégit, à savoir : que l'abstinence et l'alimentation insuffisante peuvent, par elles seules, faire périr des malades pourtant guéris.

La quantité, la qualité de l'alimentation normale, avant la maladie, doivent seules servir de type, et c'est de lui, la convalescence commencée, qu'il est nécessaire de se rapprocher rapidement.

Voilà comment la sagacité active et la persévérance qui n'excluent pas la prudence la plus absolue du médecin terminent, par les seuls moyens naturels, le premier degré de la consomption et la maladie du même coup.

Dans les cas où il est difficile d'y parvenir avec toute la rapidité désirable, l'intervention du médicament physiologique que je préconise ne peut jamais être un adjuvant nuisible ; mais dans le cas où, en des rapides périodes, on peut arriver, par les seules forces de l'estomac, à la ration normale et à l'exercice complet de toutes les fonctions, il n'est point indispensable.

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