OBSERVATION XXIII
(Recueillie par le docteur Berlhelot père.)
M"" J.. .jâgée de soixante ans, atteinte d'une goutte chronique et, depuis dix à douze ans, d'une névrose gastrique avec une irruption par la bouche d'une énorme quantité de gaz, surtout dans la nuit après le repas du soir. Depuis quelques années, j'avais souvent combattu, avec avantage, ce développement de gaz, par l'usage de pilules composées avec du sous-nitrate de bisniulli et de la poudre de charbon de bois blanc.
En mars 185i, ces irruptions de gaz par la bouche s'accompagnèrent de contractions spasmodiques excessivement douloureuses, dans la région épigastrique, avec vomissements de matières glaireuses, lilantes, tantôt blanches, tantôt jaunâtres, souvent mêlées d'aliments, sous forme de bouillie. Les digestions ne se faisaient plus ou fort mal, il y avait dans le creux de l'estomac des douleurs très-vives, mais non permanentes. Au toucher on reconnaissait, vers l'extrémité inférieure de la petite courbure de l'estomac, une tumeur assez dure, douloureuse, de deux pouces environ de diamètre.
Après une application de dix sangsues les douleiu's épigastriques cessèrent presque complètement, des cataplasmes émollients furent continués sur la même région, ainsi qu'une diète très-sévère pendant huit à dix jours ; alors les douleurs et les vomissements ayant complètement disparu (mais non la tumeur épigastrique), on accorda à la malade, sur ses instances réitérées, du bouillon très-léger, qui passa bien; on augmenta successivement la nourriture jusqu'à lui faire prendre des potages, des épinards, des œufs frais, du poisson léger, puis enfin du blanc de poulet. Ce dernier aliment ne fut point supporté, il suscita de violentes douleurs épigastriques avec vomissements répétés et crampes très-douloureuses de l'estomac (les crampes et les douleurs cessèrent sous l'action d'un ompiatre d'extrait do datura stramonium).
Les mêmes moyens employés qu'à la première attaque furent complètement inutiles ; aucune nourriture, même le bouillon de poulet, ne pouvait être tolérée; cette crise dura plus d'un mois, la malade était tellement affaiblie qu'on regardait sa fincomme prochaine, lors qu'il me vint à la pensée d'essayer la poudre nulrimenlivealin de voir si elle ferait digérer la malade. Je lui en donnai d'abord 50 centigrammes, mêlés à trois ou quatre cuillerées de bouillon léger ; il ne fut point vomi : dans la journée on donna trois fois trois cuillerées de bouillon avec 50 centigrammes de poudre nulriinentive, chaque fois, et il fut bien digéré. Les jours suivants nous augmentâmes peu à peu le bouillon jusqu'à quatre demi-verres chaque jour avec
50cenligranimes de poudre nulrimentive parchaq|ip denii-yp)Te. |1 n'y eut plus de voniissemenls, alors nous donnîimRS trois légers potages qu tapjoka, par jour, avec un gramme de poudre nutrimentive dans cliaciue. Nous augmentâmes successivement la nourrilure en commençant (sans compter les potages qui furent toujours continues) par des œufs frais, des épinards, du poisson; puis du liachis de vjande cuite, et après du poulet. Au bout de six semaines de ce régime, lorsque les forces de la malade étant presque complètement réparées, une imprudence de régime ramena les douleurs d'estomac, les vomissements et les autres crises. Après trois ou quatre jours de régime sévère, de diète absolue, tout s'apaisa, et nous pûmes recommencer la nourrilure avec les poudres nutrimentives et les mômes précautions que la première fois. Maintenant (fin d'octobre 1854), lamajade mange de tout, boit de l'eau et du vin en mangeant, et elle ne prend plus qu'une dose de poudre nutrimentive (1 gramme), à son repas du soir, et digère toujours bien; elle cesse et reprend de temps en temps le médicament, plutôt par habitude que par nécessité.
Ces observations sont bonnes à méditer pour les esprits temporisateurs dans le traitement et peu rechercheurs des yérités non encqre rebattues.
En présence de tous les faits qui se déroulent ici avec tant de netteté, qu'on me pardonne de répéter que le salut des malades dépend du plus ou du moins de hâte qu'on rnet à employer les méthodes ratiorinelles; elles deviennent impuissantes quand on agit trop lentement oij qu'on vient trop tard. Voyons l'observation suivante, et quel enseignement elle donne aux temporisateurs.