‹ Dyspepsie et consomptionChapitre 23 sur 30 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

Le 24 février 1852, une jeune gouvernante anglaise (vingt ans) de madame la marquise de R... présenta les premiers symptômes d'une lièvre typhoïde où les symptômes abdominaux prédominaient. L'intelligence fut toujours nette, seulement les fonctions cérébrales se faisaient lentement, les réponses aux questions étaient toujours justes, mais se faisaient quel- (piefois longtemps attendre.

Los douleurs de tête, vives au début, diminuèrent, puis cédèrent bientôt sous l'influence du traitement (sangsues, purgatifs, etc.).

Enlin, cette alfection, qui avait commencé avec une forme en apparence bénigne, mais lente, sembla marcher vers sa résolution, et, ù la fin de mars, la malade était en convalescence. Jm malade commença à prendre de légers potages , à se lever chaque jour pendant deux ou trois heures, lorsqu'elle eut la malheureuse idée de revenir à des habitudes antérieures à sa maladie, de s'enfermer dans un cabinet de toilette froid et de se faire des ablutions d'eau froide de la tête aux pieds.

Le môme jour (30 mars), la malade était reprise de fièvre, de douleurs de lôlect de vomissements de matières vertes ; des boissons gazeuses, de

(1) Communiquée par M. le docteur A. Godarl, Obs. IlL duMon. desllôp.

légers narcotiques, purgatifs, puis un vomitif lirenl cesser la lièvre, le mal de I6te; mais les nausées, deux ou trois vomissements peu abondants de matières vertes en vingt-quatre heures, persistaient; la malade perdit l'appétit et s'affaiblissait sensiblement chaque jour.

Le 12 avril, je prescrivis des prises de sous-nitrate de bismuth, additionnées d'une petite dose de morphine (5 grammes de sous-nitraîe bismuth ; 3 centigrammes d'hydr.-chlor. morphine; sucre, 10 grammes pour dix prises). Chaque prise fut donnée un quart d'heure avant un très-petit potage; le potage n'était pas rendu, mais les quelques vomissements verts revenaient deux ou trois fois en vingt-quatre heures. Malgré la persistance de ce symptôme, l'absence de lièvre, l'état de faiblesse de la malade établissaient pour moi l'indication positive de la nourrir, de la soutenir par quelques aliments, lorsque, le 16 avril, un érysipèle à la face me força de garder la chambre pendant plusieurs jours.

On profita de cette circonstance pour appeler un des homreopalhes dont l'instruction générale peut être le moins contestée; mais ce médecin, enchaîné par ses doctrines, mit immédiatement la malade à «ne dièie absolue et pendant treize jours combaliit en vain les vomissements par des doses homœopalhiques de noix vomique, etc.

Pendant ce temps, la malade s'affaiblit progressivement, et le 29 avril, quand je fus rappelé, je trouvai la pauvre malade dans un étal désespérant.

Elle était tellement faible, qu'elle ne pouvait soulever son bras qu'avec un grand effort ; il fallait approcher l'oreille de sa bouche pour entendre les quelques mois qu'elle ne prononçait que lentement et avec peine ; elle était d'une maigreur extrême; son pouls était lent et misérable (1), la peau froide, et la malade vomissait toujours trois ou quatre fois par jour des matières de couleur vert-pomme.

Une terminaison funeste était menaçante, aucune médication utile ne me paraissait possible. Pensant aussitôt aux avantages que j'avais déjà retirés de l'emploi des cuillerées nutrimentives, qui m'avaient permis de nourrir des malades dont l'estomac était devenu impropre à toute fonction digeslive, je voulus voir encore, dans ce cas extrême, si je ne pourrais, sinon sauver, au moins prolonger l'existence de ma pauvre malade.

J'envoyai immédiatement chercher des prises nutrimentives, et je Us donner à la malade quelques cuillerées de potage dans lequel j'avais mis une de ces prises. Le potage fut gardé et la malade ne sentit ni douleur ni pesanteur quelconque d'estomac. Un second potage, donné le soir, passa comme le premier, et, chose remarquable, la malade ne vomit pas de toute la journée.

Le lendemain matin, un vomissement seulement de matière verte avait eu lieu. Encouragé par le résultat de la veille, je fis prendre h la malade une prise nutrimenlive dans deux ou trois cuillerées de bouillon, et immédiatement après, je lui fis manger la moitié d'une côtelette de mouton ; ce petit repas passa bien, et, le soir, la malade prit un potage, toujours avec la prise numenlive.

Le 1" mai, la malade n'avait pas vomi, je lui trouvai un air souriant,

(1) Les expériences de Chossat sur l'inaniliation ne donnent-elles point exactement les mômes phénomènes que ceux-ci, à la dernière période?

elle se sentait moins faible, elle put causer quelques instants sans fatigue. Ce jour, elle prit une côielelle entière le matin et un potage le soir, toujours, bien entendu, avec la poudre nulrimentive, et ces aliments passèrent comme les deux jours précédents. Pendant les cinq jours suivants, le môme régime fut suivi : un jour, la malade vomissait une ou deux fois des matières vertes; un autre jour, elle n'en vomissait pas, jamais les aliments n'étaient rendus.

L'espoir de sauver cette pauvre enfant était revenu, elle avait repris quelques forces, mais l'appétit ne se développait pas, elle mangeait parce que je lui disais : «Mangez, » mais elle me répétait toujours : «Je n'ai pas faim.» A dater du Sou 9 mai, non-seulement l'appétit ne s'était pas développé, mais elle se sentit de l'éloignement pour toute nourriture ; j'insistais néanmoins pour qu'elle prît tous les jours quelques alimenls, mais elle ne le faisait que par obéissance.

Bientôt les forces que nous avions reconquises se perdirent, la malade ne prenait plus que moins en moins d'aliments chaque jour, elle s'affaiblit progressivement et s'éteignit le 21 mai.

Un fait sur lequel je dois insister, c'est que jamais elle n'a vomi les aliments donnés avec les prises nutrimentives, que la digestion de ces aliments se faisait bien, que les garde-robes avaient lieu tantôt spontanément, tantôt à l'aide de lavements, et paraissaient normales.

Ne peut-on pas conclure de ce qui précède, que si la malade avait été moins affaiblie quand elle a été mise à l'usage des préparations nutrimentives, ou mieux, que si elle les eût employées (ce fui le soixante- troisième jour) plus tôt, les forces de cette pauvre enfant eu.ssent été soutenues, que les fonctions digestives auraient pu se rétablir, et qu'il eût été possible, par un traitement convenable, de triompher de son affection?

Si, dès le quarante-sixième ou cinf|uantièrae jour, la malade eût commencé l'usage des prises nutrimentives, si la nutrimentalion eût redonné dès ce jour des forces à l'estomac, je rie doute pas que la malade n'eiàt point perdu d'une manière invincible l'appétit , et parcouru iusqu'à la mort les phases de l'inanition.

Je répète qu'il faut presser l'emploi de la méthode que je propose, et, si, dès les premiers jours, l'alimentation suffisante n'est pas possible, recourir aussitôt à cette méthode, et si on la cesse, ne la cesser que quelques jours.

L'Observation XXIII ne montre-t-elle pas, comme ici, une malade mourante ; celle-ci se relève, une imprudence dans l'un et l'autre cas rappelle les accidents. —Dans le premier, on ne cesse que quatre jours l'alimenlalion, etla malade guérit, tandis que dans le second, on ordonne quinze jours une diète absolue,, et la malade meurt.

Je ne connais pas l'histoire détaillée du malade qui suit, mais je regrette que le médicament qui avait opéré un changement si complet n'ait pas été continué, même après une interruption de trois ou quatre jours, comme dans l'observalion XXIll.

OBSEUVATION XXV (1).

M. X.,., à Bar-sur-Aube, âgé de soixante-cinq ans, est alleinl d'un cancer ^ l'estopiac qui provoque de fréquentes hématemèses, le malade ne peut plusnm digérer. Pendant huit ou dix jours de l'usage des poudres nulnmentives, il a pu manger des potages, de la côtelette, du poisson bouilli, etc. Mais ce bon effet n'a pas continué, par suite des progrès du inal.

Peut-être ce bon effet eiàt-il continué ou reparu si l'éloigneinent du malade n eut pas cte un obstacle à la persévérance.

De quelle persévérance et de quelle autorité ne faut-il pas user quandonvoit, comme dans l'observation XXVI, des malades qui prcfcypî's la mort, pqrce qu'elles p'aimcnt pas avaler des pilules!

OBSEUVATION XXVI.

M"'" X..., cinquante-neuf ans, d'une conslitulion fort détériorré, à peî)u jaune-paille, a depuis longtemps des digestions très-dillîciles elles signes rationnels d'un commencement de dégénérescence squirrheuse de l'estomac , sans tumeur perceptible.

Je la mets deuîc jours de suite à l'usage des pj7u/es nutrimenlives. Elle digère beaucoup plus facilement une côtelette et du beefsteak. Le troisième jour, la malade, qui n'aime pas à avaler des pilules, et d'ailleurs fort capricieuse, renonce à l'emploi de ce moyen. Il résulte néanmoins de sa déclaration spontanée qu'elle avait éprouvé un bon etfel du remède.

Je n'insisterais pas sur de pareils cas, s'ils n'étaient précédés de faits oi!j, en vérité, il paraissait (|ne tout fi\t perdu, et qui montrent qu'on peut sauver par la méthode que je soutiens, avec ténacité, comme une bonne cause.

L'observation suivante montre qu'après plusieurs mois d'alimentation insuffisante, alors que l'estomac est absolument impropre à digérer, il ne faut pas se décourager, et que l'emploi persévérant d'un fermentdigestif étranger peut parfois encore ranimer les restes de l'assimilation.

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