BT DE LA NÉVROSE
Il serait donc préférable de supprimer tout diagnostic de mots, pour s'en tenir à Texposé du résultat de l'analyse constatant la qualité du suc gastrique, et surtout l'état de la force nervo-motrice de l'estomac.
Cette manière de faire, qui ajouterait, au diagnostic de l'atonie, la durée de la digestion, et les conditions du suc gastrique, serait incontestablement plus scientifique, partant plus utile, puisqu'elle permettrait d'instituer une thérapeutique fondée sur l'ensemble des données physiques et chimiques fournies pai* l'examen.
Seul, en effet, le traitement qui tient compte à la lois de la composition du suc gastrique et de la réaction musculaire de l'estomac est vraiment rationnel et efficace. Mais dans le traitement de toutes les affections des voies digestives, et plus particulièrement dans celui de l'atonie gastro-intestinale, il ne faut jamais oublier de tonifier le plus possible l'état général, de remonter les forces nerveuses affaiblies ou épuisées, et d'agir pour le moins autant en vue de ranimer l'élément nervo-moteur que d'augmenter la sécrétion gastrique.
Qttelqttes cas d'atonie et de névroses de V estomac,
M"* X., 22 ans, anémique et nerveuse, tendance à la neurasthénie, faiblesse générale, menstruation
166 DIAGNOSTIC DIFrÉSENnSL DS l'aTOMIE
irr^Iière, se plaint de céphalalgie, d'inappétence, de constipation, de renvois, de ballonnement après les repas avec lenteur de la digestion, de douleurs le long du dos, plus particulièrement entre les épaules, d'envie de dormir après avoir mangé, et de bouffées de chaleur à la tête. HCl = 0,0516 ; peptonisation lente mais complète; pas d'acides organiques ; l'estomac est vide huit heures après le repas d'essai.
Diagnostic. Dyspepsie par atonie, et insuffisance du suc gastrique.
Traitement Tinctur. nucis vomie, et tinctur. rhei vinosi ^; frictions au drap mouillé pratiquées le matin au sortir du Ut ; puis douches en jet brisé de 22^ à 14° et 10^ G. pendant 15 secondes ; le soir une douche chaude sur le ventre (de 32"* à iO"" et 43° C.) suivie d'une douche froide surtout le corps. Régime approprié, cure de repos en plein air, vie calme et tranquille, distractions modérées. Guérison complète après six semaines. La sécrétion du suc gastrique se fait de nouveau normalement.
^ Nous employons très volontiers la noix vomique dans le traitement de Patonie gastro-intestinale, et sous la forme suivante :
Bp. tinctur. nucis vomie 4 à 5 gr.
» rhei vinosi 15 »
» Gorl aurant 10 »
25 à 30 gouttes avant les repas. On augmente ou diminue la quantité de la teinture de Rhubarbe suivant le degré d'atonie de l'intestin.
ET DE LA NÊVBOfiE 167
M"' X., 25 ans, névropathe et neurasthénique ; symptômes d'atonie. HCl. == 0,0670 ; peptonisation lente; pas d'acides organiques, pas de dilatation; 8 heures après le repas d'épreuve le liquide qu'on retire de l'estomac est clair, et ne contient pas de détritus alimentaires.
Traitement Drap mouillé au sortir du lit, galvanisation centrale et faradisation de l'estomac avec le pinceau métallique; plus tard douches chaudes et froides sur l'estomac, puis douche froide sur tout le corps. Régime alimentaire de l'atonie, cure de repos. Guérison rapide.
M"* X., 28 ans, troubles dyspeptiques, constipation opiniâtre et éructations fréquentes, tension et ballonnement du ventre. Une à deux heures après les repas, douleur à l'épigastre s'irradiant dans le dos et les reins, parfois gastralgies violentes d'origine nerveuse. La diminution de HCL, et le retard de la peptonisation permettent d'exclure l'ulcère. L'irradiation des douleurs dans le dos et dans les reins n'est pas un symptôme propre à l'ulcère, ainsi que quelques auteurs le prétendent ; mais elle peut s'observer dans toutes les douleurs névralgiques de l'estomac. D'après Leube (Specidle Diagnose der inneren Krankheiten), la douleur de l'ulcère présenterait cela de particulier que son intensité varierait avec la position du malade. L'ulcère s'accompagne en outre presque toujours de vomisse-
ments, ce qui ne se remarque pas dans Tatonie, ni chez notre malade, qui n'a jamais eu de vomissements ni même de nausées.
HCl. égale 0,0255. Un morceau de fibrine gros comme une petite noisette, chauffé au bain-marie avec 15 cc^ de liquide gastrique ne disparaît qu'au bout de 40 minutes, tandis que 15 à 20 minutes auraient suffi au suc gastrique normal pour digérer la même quantité de fibrine ; pas d'acides organiques, pas de dilatation ; l'estomac n'est vide que de 8 heures à 8 h. Va après le repas d'épreuve.
Diagnostic. Atonie de l'estomac et névrose de la sensibilité.
Traitement Régime de l'atonie, galvanisation et faradisation de l'estomac, massage du ventre, drap mouillé le matin au lit; plus tard le maillot pendant 30 à 50 minutes, suivi de la douche froide; puis la douche chaude dirigée sur l'estomac pendant 2 à 3 minutes, et suivie d'une douche froide générale de 10 secondes. Cure de repos, séjour constant en plein air, distractions reposantes et saines, etc. A l'intérieur, gouttes de noix vomique alternant avec le sirop d'hypophosphites. Après une cure de deux mois à Nice, la malade quitte l'établissement, se disant guérie. La sécrétion du suc gastrique est devenue à peu près normale ; les gastralgies ont cessé, et le repas d'épreuve est digéré dans l'espace de 7 h. \l^ à 7 h. V,.
ICT DS LÀ idlVROSS 169
M. X., 34 ans, a toujours été fort bien portant; et a toigours joui d'un grand appétit et d'un excellent estomac. Dans sa famille, quelques parents nerveux et neurasthéniques ; lui-même est un peu timide, et aurait toujours eu une certaine tendance à l'hypocondrie ou plutôt au pessimisme. Après quelques ennuis et des contrariétés provenant d'un mariage manqué, M. X. a éprouvé un sentiment de lassitude générale ; il remarque qu'il se fatigue vite en marchant, lui qui était jusqu'alors habitué, comme chasseur, aux longues marches ; puis la lassitude gagne la tête; le malade a de la difficulté à se livrer à un travail intellectuel de quelque durée; toute tension d'esprit le fatigue outre mesure, et lui donne comme la sensation d'un casque lourd sur la tête; il ne peut supporter aucune contrariété; son caractère s'est assombri et est devenu très irritable; il se plaint de vertiges et d'insomnies pénibles, mais l'appétit et la digestion sont toujours très satisfaisants. Cet état dure depuis un peu plus d'une année avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation. Le médecin ordinaire prescrit des bromures, de la valériane et des distractions. L'état général neurasthénique s'accentue malgré les distractions et plusieurs voyages, qui, au lieu d'apaiser l'irritation nerveuse, ne font que l'augmenter en fatiguant le malade outre mesure. C'est alors qu'apparurent les troubles dyspeptiques caractérisés par les
symptômes atoniques classiques de la neurasthénie. Malheureusement on ne sut pas reconnaître cet état, et le malade devint de plus en plus dyspeptique; jusqu'au moment où, plongé dans le noir le plus complet, il alla consulter le professeur Charcot, qui découvrit une atonie neurasthénique et un degré assez avancé de dilatation, et qui nous envoya ce malade. Loi*s de son arrivée à Champel, Tappétit était conservé ; mais la digestion laborieuse et suivie de renvois, de gonflement et de poids à l'estomac; la constipation était intense, et le malade plongé dans le plus profond découragement. Le i-égime, le repos, le traitement psychique, le massage, l'hydrothérapie et l'électricité finirent, non sans peine il est vrai, par triompher de cette dyspepsie nerveuse grave, et qui n'était pas loin d'entrer dans la voie de l'incurabilité.
Ce cas nous semble démontrer assez péremptoirement que la neurasthénie est bien la cause et non l'effet de la dyspepsie. La marche du mal est frappante ; ce n'est qu'après une année de neurasthénie que se présente la dyspepsie chez une personne nerveuse par hérédité, il est vrai, mais qui jusqu'alors avait joui d'une digestion parfaitement normale. On ne peut certes invoquer ici une neurasthénie par auto-intoxication.
M"* X., 32 ans : Petit appétit ; elle est vite rassasiée; se plaint de douleurs à l'épigastre, de constric-