‹ Dyspepsies nerveuses et neurasthénieChapitre 4 sur 29 · SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC DE LA DYSPEPSIE NERVEUSE ET NEURASTHÉNIQUE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC DE LA DYSPEPSIE NERVEUSE ET NEURASTHÉNIQUE

L'atonie de l'estomac et des intestins est l'expression neurasthénique de ces organes; c'est une parésie gastro-intestinale, semblable à la fatigue et à la faiblesse des extrémités qu'on remarque si souvent chez les neurasthéniques *; mais l'atonie gastro-intes-

^ UAmyosthénie, la faiblesse musculaire, par troubles nerveux fonctionnels est fréquente dans la neurasthénie; mais sa cause ou son début est toujours psychique. Tous les symptômes subjectifs que présentent ces malades ont une origine morale, et sont les conséquences des idées ou obsessions hypocondriaques. Les malades qui redoutent une affection de la moelle se plaindront bientôt de rachialgie, de fidblesse dans les jambes, etc. Toutefois, la phosphaturie si fréquente chez les neurasthéniques est bien la preuve que la neurasthénie peut troubler directement la nutrition, et même profondément, jusqu'à la glycosurie ; ainsi que nous avons pu le constater chez des neurasthéniques, des neurasthéniques à hérédité arthritique il est vrai. Au surplus, Strauss dans des recherches sur la glycosurie alimentaire, a prouvé la fréquence de la glycosurie dans les névropathies (névrose traumatique, maladie de Basedow, alcoolisme chronique, etc.)*

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tinale est certainement la plus fréquente de toutes les manifestations de la neurasthénie. Aussi, est-ce une erreur, dont les conséquences peuvent être fâcheuses, que de séparer Tatonie gastrique de la neurasthénie; ou de la considérer non comme un effet, mais comme une cause de la neurasthénie, comme Tafiection primordiale qui provoque la neurasthénie, par voie d^auto-intoxication, par Tabsorption des toxines auxquelles les fermentations gastro-intestinales donnent naissance. Cette manière d'envisager la question de la neurasthénie gastro-intestinale ne nous paraît pas d'accord avec Tobservation clinique \ Encore serait-il plus logique de dire que si la neurasthénie se greffe sur Tatonie de Testomac, c'est par suite d'une assimilation gênée, et consécutivement d'une nutrition insuffisante, d'une digestion en défaut, amenant finalement l'asthénie générale'.

En réalité, ce phénomène est plutôt rare; et nous voyons bien souvent les gros mangeurs dont l'estomac est surmené, et qui sont affectés d'atonie gastrique, ne jamais souffrir de ne^irasthénie vraie ; tandis que le neurasthénique gastrique nous indi-

^ NouB avons été très heureux de voir le professeur De* bove défendre la même opinion, en soutenant que les accidents nerveux des gastro-entéropathes ne sont pas liés aux troubles digestifs, mais à un état névropathique général. (Séance de l'Académie de médecine du 22 septembre 1896.)

' Voir prof. Bouohaad : Maladies de la nutrition.

quera toigoars une hérédité nerveuse on arthritique, et se plaindra de ressentir depuis plus ou moins longtemps des malaises généraux peu graves, il est vrai, et qui n'ont qu'incidemment attiré son attention, mais dont le earaetère neurasthénique est évident, et qui peu à peu atteindront leur maximum d'intensité sur le point faible du malade, sur les organes digestifs.

C'est alors que celui-ci se décide à prendre les conseils du médecin ; mais il ne parlera que de sa dyspepsie, de la lenteur de la digestion, de la pesanteur qu'il ressent après les repas, etc., tandis qu'il laissera dans l'ombre les symptômes généraux, comme les vertiges, la fatigue générale, la diminution de la capacité de travail, etc., etc. Avec la dyspepsie, la neurasthénie s'aggrave ; les symptômes généraux s'accentuent ; et en réalité, la marche apparente de la maladie tendrait à faire croire que le point de départ est à l'estomac, quand en fait, il est dans le système nerveux. C'est par la même illusion qu'on a regardé la spermatorrhée, la phosphaturie comme des causes de neurasthénie, quand ces affections ne sont, dans l'immense majorité des cas, qu'une conséquence ou qu'un symptôme de l'épuisement nerveux général, ce que prouve par exemple l'inutilité de la plupart des traitements locaux contre l'impuissance et la spermatorrhée.

Ces étais morbides sont toujours dus à une dépres-

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sion plus OU moins grave du système nerveux, et sont généralement Vindice d'une dégénérescence,dont il ne sera pas difficile de découvrir cP autres stig* maies.

Sous le point de vue thérapeutique, il est fort im* portant de se faire une idée juste des causées premières de Tatonie de Testomac; car ici, c'est la pathogénie qui impose le traitement. Si Ton envisage la neurasthénie comme une conséquence de l'intoxication gastro-intestinale, on employera naturellement comme principal agent thérapeutique les désinfectants de Testomac et des intestins; ce qui n'empêchera pas la neurasthénie de poui*suivre sa marche progressive, malgré tous les antiseptiques possibles.

Nous n'avons jamais vu un seul des nombreux médicaments de l'antisepsie intestinale agir de quelque manière que ce fut sur la neurasthénie ; et dans tous les cas, nous n'avons jamais pu constater de leur fait une amélioration quelconque de l'état général, pas même dans les cas où il était possible d'admettre une complication catarrhale de l'intestin avec production exagérée de gaz.

Comment s'étonner de ce résultat? Les antiseptiques jouent à l'égard de l'intestin le même rôle que les désinfectants, dont on inondait autrefois les fosses d'aisances, lors des épidémies de typhus ou de choléra, et qui en somme n'avaient aucune valeur, et

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ne faisaient le plus souvent que remplacer une odeur par une autre. Le salol, le benzonaphtol, etc., donnent aux malades une satisfaction très légitime assurément, celle de pouvoir constater une certaine désinfection des gaz de fermentation ; ce qui suffira du reste à maintenir ces médicaments dans un rang fort respectable en thérapeutique. C'est de la médecine esthétique ; mais elle est purement symptomatique, et dans Tespèce insuffisante ; car il faut ici avant tout s'attaquer à la cause première de la maladie, d'oii dépendent l'atonie et les fermentations.

Dans les aifections de l'estomac, les antiseptiques ont encore moins de valeur ; seul l'acide chlorhydrique, l'antiferment physiologique, peut être prescrit avec avantage; et tout particulièrement dans les cas de catarrhe de l'estomac, où il rend de très grands services. Mais c'est surtout dans la dilatation de l'estomac que l'antisepsie de ce viscère est impérieusement indiquée ; et alors, c'est au lavage qu'il faut avoir recours ; car, c'est le vrai, pour ne pas dire le seul, antiseptique vraiment utile, et sur lequel on puisse compter.

L'extrême fréquence des cm de dyspepsie nerveuse et neurasthénique n'empêche pas, tant s'en faut, de nombreuses confusions entre l'atonie et la gastrite; et les neurasthéniques, soi-disant atteints de catarrhe gastrique et traités comme tels, sont encore beaucoup trop nombreux. Le diagnostic de catarrhe

est généralement tiré du fait que le malade présente une langue chargée ; or, cet état de la langue est autant, sinon davantage, un symptôme de dyspepsie nerveuse ou neurasthénique ; mais la langue chargée a jusqu'ici inspiré l'idée de catarrhe, et en conséquence, la cure à Vichy, à Carlsbad, à Ejssingen ou à Vais. £t pourtant, Texpérience nous montre que ces eaux, comme toutes les eaux minérales du reste, sont mal digérées par la grande majorité des neurasthéniques; de même que tous les liquides, elles entravent les mouvements péristaltiques, et poussent à la dilatation.

C'est pour la même raison que les atoniques gastriques supportent mal les cures de lait, si banalement ordonnées, et qui leur font certainement plus de mal que de bien ; tandis qu'ils digèrent très bien le lait, si on le leur sert en bouillie épaisse par exemple, avec du riz ou du tapioca. C'est donc bien comme liquide que le lait est de lourde digestion ; et cela est si vrai que la simple prescription d'un léger régime, et la recommandation de ne prendre aucun liquide au repas, suffit au début à faire disparaître aussitôt tous les symptômes de l'atonie simple. Nous avons toujours vu la neurasthénie gastrique aggravée par les cures d'eaux minérales, sauf dans quelques cas rares de gastrite concomitante. Cette complication de la parésie nervo-motrice est évidemment toujoui*s possible.

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Les symptômes de l'atonie simple et de Tatonie neurasthénique sont à peu près les mêmes; avec cette différence toutefois que, dans Tatonie neurasthénique, on découvre vite, si on veut bien les chercher, la plupart des stigmates généraux de la neurasthénie; car ils ne font que très rarement défaut. Mais on ne doit pas oublier que les phtisiques, les albuminuriques, les cardiaques ne se plaignent souvent, au début de leur maladie, que d'une fatigue générale et de troubles dyspeptiques qui sont causés par l'atonie gastrique. Aussi doit-on toujours, en présence d'un neurasthénique gastrique, penser à la possibilité d'une aifection plus grave, masquée momentanément par les symptômes prédominants de la dyspepsie gastrique ou gastrointestinale.

L'atonie de l'estomac est caractérisée par des troubles de la motilité, conséquence d'une distension, d'une parésie musculaire, accompagnée ou compliquée généralement de désordres de la sécrétion, plus particulièrement d'une diminution de la sécrétion de l'acide chlorhydrique ; d'autres fois, mais fort rarement, l'atonie s'accompagne d'hyperchlorhydrie, signe à peu près certain que l'atonie s'est greffée d'une névrose de l'estomac

L'atonie se rencontre: chez les buveurs; les gros mangeurs; ou chez les personnes qui, sans manger beaucoup, mangent trop vite, et ne mftchent pas

assez ; chez tous ceux dont Festomac est habituellement surchargé. Il se produit alors des fermentations organiques qui sont des causes de catarrhe; aussi Tatonie des gloutons est-elle bientôt accompagnée ou suivie du catarrhe de Testomac, de Thypersécrétion muqueuse; et le catarrhe finit par être le phénomène le plus saillant de la maladie; ce qui n'est jamais le cas dans Tatonie par neurasthénie, où les malades mangent généralement peu et lentement.

Si chez les neurasthéniques, où elle constitue un symptôme si fréquent, la dyspepsie est presque toujours caractérisée par des phénomèmes d'atonie gastro-intestinale, Tatonie de Testomac n'a pas en revanche une origine fatalement neurasthénique. Bon nombre de malades en eifet présentent tous les signes de l'atonie, sans présenter les symptômes classiques de la neurasthénie (pression à la tête, difficulté de travail, rachialgie, fatigue générale, sentiment de lassitude le matin au réveil, dépression morale, plaque sacrée, etc., etc.). Ce sont des personnes à tempérament faible ou nerveux, dont l'estomac est de par sa nature le « lieu de moindre résistance, » des surmenés de tous genres, sans tare nerveuse obligée, ou fortement accusée ; chez eux, l'atonie est la conséquence d'excès de travail ou de veilles, d'ennuis, de préoccupations. Elle est due comme la neurasthénie aux émotions morales, aux

soucis prolongés, à la vie sédentaire ou mondaine, et au surmenage. Généralement, toutefois, ces mala* des sont des nerveux héréditaires, des anémiques, dans tous les cas, des prédisposés.

Cependant la neurasthénie, elle aussi, peut être causée uniquement par des travaux intellectuels sexagérés; des chagrins; des soucis d'aifaires; par toutes les fatigues multiples qui sont Tapanage de la lutte pour la vie ; enfin, par des excès de tous genres ; et cela, sans que l'hérédité paraisse jouer dans le développement de la maladie un rôle prédominant

C'est que la représentation mentale obsédante entretient, multiplie et exagère le mal ; Tidée fixe se crée peu à peu, et Tobsession, Thabitude psychique morbide peut aboutir alors à la neurasthénie, à rhypochondrie, à la mélancolie, parfois même à la paranaia confirmée. Toutefois, dans ces cas, on finit presque toujours par découvrir, dans les ascendants, des arthritiques, des impressionnables, des déséqui* libres, des diabétiques ou des rhumatisants, des nerveux et des sensitifs, des diathésiques en un mot.

L'atonie neurasthénique est probablement due à une excitation première des nerfs de Testomac et des intestins, ou d'emblée à un état de dépression produisant à la longue la parésie nervo-musculaire. On a toutes raisons d'admettre que les nerfs sont primitivement malades, et que l'état de l'estomac

n'est que secondaire; Tatonie est dès lors un symptôme de Tépuisement neryeux, avec réaction anormale des nerfs qui président à la digestion (réaction parfois en plus, le plus souvent en moins); et le résultat des actions réflexes dans le domaine des nerfs vague et sympathique. Aussi, voit-on la dyspepsie neurasthénique attaquer le canal gastro-intestinal dans toute son étendue, ou se limiter à Tintestin, tandis que l'estomac fonctionne normalement, et vice-versa.

Dans le cas de névrose intestinale, les selles sont irrégulières, fréquentes, accompagnées de coliques, de ténesme, de mucosités. Nous avons donné des soins à une malade qui présentait des troubles nerveux si intenses, qu'on les avait cru causés par une entérite avec ulcération de l'intestin. Des cures nombreuses, thermales et autres, des lavages de l'intestin au tanin, à l'acide borique, puis avec une solution de nitrate d'argent, n'avaient pu améliorer la situation qui menaçait de devenir grave. La malade était tombée dans un état de faiblesse telle, qu'à première vue on était en droit de soupçonner l'existence d'un cancer; l'appétit faisait défaut, la maigreur était extrême, ainsi que la dépression morale. Cet état, très alarmant en apparence, finit par céder à l'isolement absolu, associé à la cure hydrothérapique.

Dans la névrose de l'intestin, le malade est pris

avant la garde robe, d'une sensation indéfinissable de malaise général et d'énervement, avec coliques plus ou moins vives ; après la selle, il perd comme par enchantement Tétat d'abattement moral, d'in« quiétnde et de crainte qui Taccablait Ce phénomène caractérise essentiellement la diarrhée nerveuse, et le « rectum nerveux '. »

Si cette dyspepsie intestinale s'accompagne de symptômes nerveux de l'estomac et du cœur, elle mérite bien le nom de névrose vago-sympathique. Ces phénomènes s'aggravent ou s'atténuent suivant l'état moral du malade, selon que les préoccupations et les contrariétés, ou au contraire la quiétude d'es* prit et la bonne humeur, dominent en lui.

Dans l'atonie simple, sans névrose, la constipation constitue à elle seule presque toute la maladie.

L'augmentation du mucus dans les selles caractérise l'affection connue sous les noms de : colite mu* queuse (colica mucosa), Entérite membraneuse, ou

^ Le diagnostic entre la névrose de l'Intestin et le taenia est parfois malaisé; et il n'est pas très rare de roir des malades qui ont été traités plus ou moins longtemps pour une dyspepsie nerveuse occasionnée en réalité par la présence d'un tœnia. Aussi, faut-il toujours penser au tœnia, et à la possibilité de son existence, quand on a affaire à une névrose gastro-intestinale. L'on évitera ainsi de commettre une faute très préjudiciable à sa réputation, le public ayant vite fait d'accuser le médecin de s'être trompé et même grossièrement, ce qui du reste est excusable dans ce cas, toutes les apparences étant en réalité contre lui.

pBettdO'inembraneiise, diarrhoechtubtUaris ou névrose de rintestin. On en distingue deux groupes :

a) Névrose simple sans inflammation de V intestin, (colica mucosa) et

6) L'entérite membraneuse, plus rare, caractérisée par une entérite aiguë avec forte sécrétion muqueuse.

La colite muqueuse e^t une névrose de la sécrétion et de la sensibilité; la membraneuse est une névrose de la sécrétion seulement.

La colite muqueuse se remarque dans la proportion de 90 7o chez les femmes nerveuses; elle est caractérisée par une constipation plus ou moins intense, avec crises de coliques très vives, et expulsion de masses muqueuses organisées, et qui prennent les formes les plus diverses.

Dans ces deux alfections, les déjections ont une forme particulière ; ce sont des membranes comme des rubans ou des tubes, divisées en branches d'arbre, et ressemblant aux membranes du croup ; parfois les membranes sont très grosses, et atteignent une longueur telle qu'elles sont souvent prises pour des tœnias. Ce sont les a peaux nerveuses » des hystériques et des neurasthéniques.

Elles sont prises aussi parfois pour des lambeaux de la muqueuse intestinale, et ont été longtemps regardées comme un symptôme d'ulcération de l'intestin. Mais elles ne proviennent ni d'un état catarrhal, ni d'ulcérations, et elles ne sont absolument

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que le résultat des troubles nerveux de la sécrétion ; ce que prouve du reste l'absence d'épithéliums et de leucocytes, qui ne manquent dans aucune affection organique de l'intestin.

C'est la mucine qui constitue le fond de ces membranes, parfois associée avec de la fibrine, mais ton* jours en petite quantité ; aussi le nom d'entérite fibrineuse qu'on a donné à cet état morbide, n'est-il pas juste. Au microscope, on y découvre une substance amorphe, vitrée, avec une grande quantité de bactéries, de cristaux de cholestéarine, et de phosphates ammoniaco-magnésiens.

Les symptômes de la colite muqueuse se montrent généralement après une constipation plus ou moins opiniâtre, et débutent par une crise de coliques dans la r^ion de l'estomac, ou du colon descendant. Les coliques n'intéressent pas toute l'étendue du ventre; elles restent généralement localisées, et s'accompagnent souvent de sensations douloureuses dans la vessie et les organes génitaux. La colite pseudo-membraneuse peut ne se manifester que par une douleur sourde, persistante, presque continue, s'exaspérant quelques heures après les repas, impressionnant très vivement les malades, et influençant outre mesure leur moral. La douleur est localisée généralement dans Thypocondre gauche ; son siège correspond assez bien à l'endroit où commence le colon descendant ; elle peut s'étendre jus-

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que dans la fosse iliaque ; et les malades accusent alors une douleur dans le bas ventre à gauche, douleur que Ton attribue d'autant plus volontiers à Tovaire que la malade est plus nerveuse.

On parle alors d'ovarie, d'ovarite avec irradiations douloureuses dans le ventre, et le long du sciatique. De telles malades sont souvent traitées pour des affections de Futérus ou de ses annexes, pendant qu'elles ne souffrent en réalité que d'une névrose de l'intestin.

En voici un exemple.

Madame X : 32 ans, a été surmenée en soignant pendant quatre années son mari atteint d'albuminurie. Elle n'a jamais été enceinte. On constate un certain degi'é d'anémie, sans toutefois que la malade se plaigne de faiblesse ; elle nie de plus toute hérédité nerveuse. (?) Elle éprouve depuis quatre ans des douleurs au flanc gauche, et le long de l'hypocoudre gauche, à l'endroit à peu près où le colon atteint l'extrémité inférieure de la rate ; les douleurs deviennent plus vives au moment des époques, et augmentent aussi quelques heures après les repas ; le matin à jeun elles ont disparu, ou sont très &ibles. Ne laissant que peu de répit à la malade, elles ont produit un grand affiaissement de l'état général, et surtout une grande dépression morale; la malade est persuadée qu'elle a un ulcère ou un cancer de l'intestin, et broie du noir en ruminant ces idées sombres ; aussi, n'est-elle pas éloignée de l'obsession

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et de ridée fixe, et nous avons actuellement, pour le moins autant à tenir compte de Tétat psychique de la malade, que de son état intestinal.

Le fait de Texaspération de la douleur pendant les règles, et son irradiation du oOté des ovaires, fit tout d'abord penser à un état ovarique ou utérin. On pratiqua la dilatation du col par le massage ; puis on conseilla une cure d'eaux-mères, qui fut sans résultat, exaspérant plntM Tétat nerveux. L'été dernier, un gynécologue s'efforça de redresser l'utétu», alors en anteflexion, en laissant à demeure peudant trois semaines une tige en verre; puis la malade fut électrisée pour une ovarite gauche ; on parla ^ifin de l'amputation du col, à laquelle la malade allait se soumettre, quand elle eut l'idée de consulter auparavant le professeur Spillmann qui, après l'avoir examinée avec le Docteur Michaux, chirurgien des hôpitaux de Paris, nous l'adressa avec le diagnostic anteflexicm de l'utérus, rien aux annexes, troubles dyspeptiques avec colite pseudo-membraneuse, et enfin, état névropathique ou neurasthénique très marqué, avec insomnie, etc.

Etat actuel. La malade se plaint avant tout de sa douleur, et n'accuse que des troubles dyspeptiques insignifiants; ce n'est que par une interrogation persistante que l'on parvient à savoir que la malade rend des « peaux, » et que ses selles sont fréquem-

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ment mélangées de membranes plus ou moins longues, et de mucosités sur lesquelles l'attention de la malade, contrairement à ce qui se passe généralement dans ces cas, n'avait pas été plus particulièrement éveillée, frappée et obsédée qu'elle était par sa douleur. Elle présente en outre un certain nombre de stigmates nerveux, et en particulier une « crainte exagérée des chats. »

Comme hydrothérapie, nous ne pouvions recommander la douche froide, trop excitante pour Tétat nerveux de la malade; et dont la « réaction» aurait été certainement insuffisante chez une personne aussi anémiée. Nous aurions constaté avec la douche le même résultat que la malade avait obtenu des eaux-mères. Les douches chaudes, ou alternativement chaudes et froides, peuvent être employées avec utilité et avantage dans des cas semblables : elles ont une action révulsive et tonique ; mais rien ne vaut dans la névrose de VintesHn le traitement hydrothérapique par le drap mouiUé, et le maiUot ou les demi'baifw.

Nous commençâmes le traitement par la friction au drap mouillé, faite le matin au sortir du lit. Cette opération eût un effet excellent sur l'état général de la malade, qui ressentait après chaque application du drap mouillé une grande sensation de calme et de bien-être. Nous prescrivîmes le soir le demi-bain refroidi de 32° à 28° et 26° C, suivi de deux aflfusions

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à 24^ et 22° C. Deux fois par semaine, le demi-bain était remplacé par un bain alcalin à 34° C, snm d'affiisions tempérées à 30'' et 28'' C.

L'effet de ces opérations balnéaires, combinées bien entendu avec un r^[ime approprié, et avec Tentraînement moral, fut fort satisfaisant II aurait certainement amené une guérison complète, si la malade avait eu une volonté plus ferme, et avait pu déployer l'énergie et l'esprit de suite qu'exige toujours un traitement semblable.

Les malades atteints de colite muqueuse sont sans appétit, maigrissent et souffirent d'une dépression morale extrême. Après l'expulsion des paquets muqueux, ils éprouvent un grand besoin de repos, sont fatigués, comme brisés. La période d'accalmie dure plus ou moins longtemps; puis les mêmes symptômes se renouvellent avec les mêmes troubles généraux de la neurasthénie.

Pendant la crise, on se gardera d'employer les purgatifs, comme on le fait si souvent ; mais on aura recours à l'opium et au chanvre Indien ; on prescrira des elystères d'huile, d'après la méthode que nous indiquerons plus loin. On ordonnera un régime l^er et régulier.

La crise passée, on insistera sur l'importance de la régularité des selles, qu'on s'efforcera d'obtenir non par des laxatifs, mais par les préceptes diététiques: les douches, les bains de si^e tièdes et frais, les

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lavements et un régime approprié (légumes verts, fruits cuits, pain de Graham, pruneaux le matin à jeun, etc. Nous recommandons aussi, non sans succès, Pingestion d'une orange amëre, ou d'un verre d'eau froide le matin à jeun, ce qui suffit parfois poui* sup* primer une constipation jusqu'alors très opinifttre ; le malade fera aussi matin et soir une promenade d'au moins une heure). La nature nerveuse de l'entérite pseudo-membraneuse fait que la constipation tient bien plus souvent du spasme que de l'atonie musculaire; c'est pourquoi les agents sédatifs, comme la belladone, les bromures, l'hydrothérapie tiède, (demi-bains), rétablissent-ils parfois bien mieux l'équilibre dans les mouvements péristaltiques, que les traitements excitants, comme les douches froides, le massage, et les purgatifs, qui augmentent au contraire le spasme, et conséquemment la consti* pation.

La coagulation du mucus, qui caractérise Tentérite nerveuse, est vraisemblablement due au défaut de proportions entre l'acidité du contenu intestinal et l'alcalinité de la sécrétion de l'intestin, l'un étant en excès, l'autre en diminution.

Le pronostic n'est pas toujours favorable; néan* moins, nous avons vu bon nombre de malades guéris, ou tout au moins très soulagés, par un traitement spécial approprié, combiné avec une hygiène sévère; aussi sommes-nous loin du pessimisme de

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certains médecins qui prétendent que ces cas sont rebelles à tons les traitements.

Quand on a pu éliminer de son diagnostic la colite muqueuse et nerveuse, la présence de mucus dans les selles annonce toujours un état catarrhal de Tintestin. On distingue les selles muqueuses suivantes :

a) Selles muqueuses pures, sans mélange de ma* tières fécales, et accompagnées de ténesme, annonçant toujours une inflammation du rectum ou de la partie inférieure du colon descendant.

h) Dans le catarrhe du rectum, ou de la portion inférieure du colon descendant, les matières fécales sont dures, et recouvertes d'une couche plus ou moins épaisse de mucosités, d'aspect trouble et vitreux, comme des « glaires, » mais toujours grises ou blanches.

c) Dans le catarrhe du colon ascendant, du coecum et de l'intestin grêle, le mucus est intimement lié aux matières et fait corps avec elles.

On voit alors des mucosités flotter dans une masse plus ou moins liquide; et, si le mucus est en grande quantité, les matières prennent une consistance de gelée ; ou bien encore, les matières sont à moitié liquides et contiennent des mucosités. En ce cas, il est permis d'admettre une inflammation dans toute la longueur du canal.

On trouve parfois dans les fèces des matières qui ont l'aspect du frai de grenouille, ou qui ressem^

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blent à da sagou cait On les prenait autrefois pour des mucosités, ou pour le produit d'ulcérations des follicules; mais Wirchow a démontré leur nature végétale. Ce sont des corpuscules amidonés, ce qu'il est facile de prouver par la réaction iodée. Leur importance pratique n'en est pas moins grande, parceque la présence d'amidon dans les sellesannonce tOHJours un trouble profond de la digestion et de l'absorption.

Dans le catarrhe de l'intestin grêle, le mucus se présente dans les selles sous la forme de corpuscules muqueux jaunes (Nothnagel), qui ont l'aspect de grains de pavot, ou de pois jaunes, bruns, ou vert foncé, et d'une consistance semblable à celle du beurre; leur coloration est due àlabilirubin que l'on y reconnaît facilement.

La présence du pus dans les selles annonce en revanche une ulcération de la muqueuse (dysenterie, carcinome, ulcères tuberculeux, syphilitiques ou typhiques). Les leucocytes n'arrivent guère jusque dans les selles, lorsque l'ulcération est à l'intestin grêle; mais s'ils s'y trouvent, ils confirment le dia* gnostic d'ulcération du duodénum.

La constatation du sang dans les déjections a une valeur diagnostique importante ; le sang peut provenir de l'estomac: il est alors noir, mêl é intimement à la selle, à laquelle il communique une couleur foncée comme du goudron.

Lorsque les mouvements péristaltiques sont fréquents, et violents comme dans le typhus, le sang qui se mêle aux selles diarrhéiques, est rosé.

Dans les cas d'ulcérations des parties inférieures de Fintestin, ou dans Tentérite aiguë intense, on trouve du sang en petite quantité, et les selles sont diarrhéiques.

Le sang rouge qui tapisse des masses dures et solides provient du rectum, de TS Iliaque, ou de Tanus (hémorrhoïdes).

Enfin, les selles contiennent encore du sang dans Tulcère et le cancer de Testomae ; dans les troubles de circulation de Tintestin; dans la cirrhose du foie; dans Tulcère du duodénum, lorsqu'un corps étranger traverserintestin;dans le cancer de l'intestin; dans Tanchylostome duodénal ; dans la diathèse hémorragique; et enfin dans Thystérie. Les hémorragies hystériques sont loin d'être rares, et on a appelé tout dernièrement l'attention sur des cas d'hémorragies cérât)rales, dont l'hystérie devait être certainement la cause ou l'occasion. On peut aussi observer des hémorragies des muqueuses dans la neurasthénie, plus particulièrement des muqueuses pulmonaires, utérines, et d^ organes de la digestion. Leur origine nerveuse par paralysie vaso-motrice ne peut faire aucun doute. Aussi, se montrent-elles surtout dans la neurasthénie qui se complique d'hystérie.

Les troubles vaso-moteurs sont extrêmement fré-

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quents, tant dans Thystérie que dans la neurasthénie, et sont parfois la cause de symptômes de la plus haute gravité. C'est ainsi que nous avons vu une malade mourir d'un oedème pulmonaire subit, sans autre raison appréciable que Thystérie, malgré toutes les recherches que nous avons faites avec de nombreux confrères pour trouver la cause d'un oedème aussi grave, aussi brusque, et surtout aussi foudroyant ^ Le traitement de l'oedème pulmonaire hystérique doit être des plus énergique ; si les ventouses sèches, et les injections d'éther restent sans effet, on fera une saignée de 300 grammes au moins, et on appliquera 10 ventouses scarifiées qui retireront environ 260 grammes de sang. Dans un cas fort grave, et après inutilité des injections de morphine, puis d'éther et de caféine, de l'application des ventouses sèches, des sinapismes, du marteau Mayor, etc., le traitement par la saignée a fait disparaître très rapidement les symptômes d'un œdème des plus inquiétants.

Les névroses de Vintestin commes celles de l'esto* mac se divisent aussi en : névroses de la motilité, et en névroses de la sécrétion. La névrose de la motilité

^ L'autonomie de l'œdème aigu da poumon a été nettement établie par Huchard, Rehaut, Landouzy et d'autres auteurs ; et l'œdème aigu congestif du poumon est arant tout un œdème névropathique, que l'on peut très bien rencontrer chez des personnes qui ne présentent aucun symptôme d'aortite ni de néphrite interstitielle.

est caractérisée par de Tentérospasme, et des contractions spasmodiques des muscles de Tintestin.

Les spasmes nerreux se distinguent des coliques par Tabsence de la douleur. L'entérospasme est très fréquent chez les femmes nerveuses atteintes d'affections utérines; il accompagne souvent la colite. Il importe de distinguer Fentérospasme de la constipation. Vmtérospasme est caractérisé par des selles dures, allongées en forme de fuseau, ou minces comme un crayon. Dans ces cas, on ne prescrira aucun purgatif; mais on aura recours à la ceinture de Priessnitz appliquée autour du ventre, et aux opérations calmantes de Thydrothérapie : le maillot, les demi-bains, les affusîons tempérées, les bains de siège tièdes; comme médicaments, la belladone et les bromures. On prescrira en outre un r^me simple et léger. On recommandera le même traitement contre le spasme du sphincter anal, d'origine neurasthénique, hystérique ou tabétique.

La paralysie de l'intestin, caractérisée par le ballonnement du ventre et la suppression des selles, se remarque dans le tabès, la méningite, dans les diverses psychoses, l'hypocondrie, la mélancolie et l'hystérie.

Les vomissements fécaloldes, qui accompagnent parfois la paralysie nerveuse, peuvent, dans certains cas, rendre le diagnostic fort difficile entre la parésie nerveuse et l'étranglement interne. Le pronostic est

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favorable lorsque la paralysie est consécutive à la fatigue musculaire, qui suit « Tinquiétude péristaltique » des hystériques, ou Taccumulation de gaz et de matières fécales.

Le traitement doit s'attaquer aux causes avant tout; puis on administrera de grands lavements d'huile; on fera du massage, de Télectricité; on aura recours aux agents physiques de la médecine.

Ia névrose du rectum donne lieu à une constipation opiniâtre, avec spasme des fibres musculaires circulaires du rectum ; on sait que Thystérie a une prédilection particulière pour les muscles en sphincter (coït douloureux, vessie irritable, aphonie» vomissements, r^urgitations, toux, etc.).

Les manifestations nerveuses rectales présentent les formes les plus variées : défécation douloureuse» et douleurs ou sensations de brûlure après la selle» pouvant durer pendant des heures. D'autres fois, ce n'est pas la douleur, mais la contracture qui domine; l'acte de la défécation est suivi d'un anéantissement qui peut aller jusqu'à la syncope. D'autres fois, un besoin impérieux d'aller à la garde-robe se fait sentir à la moindre émotion ou impression morale, à l'idée de se mettre en voyage, etc. Nous connaissons par exemple quelques personnes, qui ne peuvent prendre leur billet à la gare, et faire enregistrer leurs malles qu'après avoir préalablement calmé leur intestin par quelques centigrammes d'opium.

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Chaque cure ou traitement nouveau peut faire disparaître très vite, mais aussi pour un moment seulement, les symptômes morbides ; car le traitement s'use vite, et les rechutes sont faciles et fréquentes.

Le spasme peut parfois disparaître entièrement et subitement, lorsqu'apparaissent des troubles trophiques de la peau, lesquels sont évidemment d'origine nerveuse. Ces troubles trophiques de mu*, ture nerveuse ou hystérique sont loin d'être rares; et il est tort commun de constater chez les hystériques de véritables poussées intermittentes d'orchite, d'érythëme noueux, d'ulcérations de la muqueuse buccale, etc.

Les troubles tn^hiques viscéraux sont de même tout aussi fréquents. L'origine nerveuse de l'hyperchlorhydrie permet de supposer que l'ulcère rond a aussi une origine nerveuse trophique; en effet, sa forme arrondie, à l'emporte-pièce, présente tous les caractères que l'on est convenu d'attribuer à l'influence trophique.

En dehors de certaines maladies comme la tuberculose et la fièvre typhoïde, les altérations anatomiques de l'intestin grêle sont extrêmement rares; et la grande majorité des troubles de l'intestin ont pour origine une perversion des nerfs. Quant aux altérations trophiques nerveuses, elles sont certainement très fréquentes (atrophies de la peau, des moscles, des os, éruptions herpétiques et huileuses,

oedème pulmonaire, pneumonies, cystites par trophoneuroses).

D'après le prof. Buzzard, la diarrhée nerveuse aurait pour origine une irritation centrale du nerf vague. Il explique ainsi les diarrhées que Ton observe si souvent dans le cours du tabès. H nous parait plus juste de voir la cause de la diarrhée nerveuse dans une paralysie du splandbnique, et dans la transsudation qui suit la parésie des vasomoteurs. N'est-ce pas Texplication la plus physiologique que Ton puisse donner des diarrhées profuses, qui se montrent parfois comme crises dans la maladie de Basedow ?

Le système nerveux commande à la sécrétion des sucs et à la transsudation des liquides intestinaux; il est aussi le grand régulateur de ces fonctions.

En paralysant les vaso-moteurs, et en augmentant la sécrétion des glandes de Lieberkuhn, il peut être la cause de diarrhées séreuses considérables. C'est la même paralysie vaso-motrice fonctionnelle qui seule peut expliquer Toedème pulmonaire nerveux. Cette paralysie vaso-motrice peut même aller, ainsi que nous l'avons vu, jusqu'à l'hémorragie.

La colite ulcéreuse reconnaît très probablement aussi la même origine nerveuse.

On traitera la névrose du rectum par les procédés calmants de l'hydrothérapie et de l'électrothérapie; par les antispasmodiques (valérianates de zinc, de

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