‹ E. et J. de GoncourtChapitre 17 sur 127 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

se séparer encore de celui qu'il avait tant aimé, l'assimiler de nouveau à son travail, le tenir là dans la chaleur de son cœur, ce jeune frère confié à lui par sa mère mourante, et prolonger l'illusion d'une collaboration posthume.

Maintenant qu'il avait élevé cet autel à la piété fraternelle, Edmond de Goncourt se sentait plus fort, plus libre pour poursuivre son labeur acharné, devenu plus rude, à présent qu'il devait en porter tout le poids, toute la responsabilité; mais la lutte seule pouvait l'empêcher de s'abandonner, de succomber, et il lança dans le public sa Faustin (1882), cette hardie et curieuse étude d'actrice qui devait soulever de nouveau les critiques passionnées et réveiller les colères assoupies.

La bataille recommençait; il y eut une averse d'articles pour ou contre le roman, une fureur des uns, un enthousiasme des autres, qui remettaient dans le courant littéraire le nom des Goncourt, et cette fois la jeunesse venait à lui, s'éprenait de passion pour le lutteur survivant, le poussait peu à peu vers l'apothéose, récompense de tant d'efforts et de tant de combats.

En même temps il n'abandonnait pas ses études d'art, ses recherches historiques, ses préoccupations dramatiques, donnant en 1873 le volume complété sur Gavarni, en 1881 les deux tomes consacrés à la Maison d'un artiste; l'étonnante reconstitution du passé qu'est Madame de Saiiit- Huberty (1885), cette triomphante princesse de théâtre, cette adorée reine d'opéra qu'il exhume d'un linceul taché de sang pour lui rendre la vie, le charme, la séduction et la voix, continuation admirable des biographies d'actrices, que suivront plus tard (1890) Mademoiselle Clairon, et (1893) la Guimard.

Puis, c'est Chérie (1884), cette peinture t psychologique et physiologique » de la jeune fille, l'analyse la plus difficile et la plus redoutable qu'il soit permis de tenter, et dans laquelle, toujours novateur, il cherche à se débarrasser, à se dépouiller plus encore que dans ses livres précédents de la forme usée et convenue du roman.

D'autres volumes paraissent, (1886) les Pages retrouvées, qui donnent bien l'essence même de leur talent, l'arôme particulier du style des Goncourt, la notion exacte de leur nature complexe, possédant si parfaitement le xvme siècle et se montrant si étonnamment, si réalistement moderne :

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