‹ E. et J. de GoncourtChapitre 18 sur 127 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

c'est un peu le coffret précieux qui renferme le germe de tout ce qui se débattait à l'origine dans le cerveau de ces deux grands écrivains.

En 1888, ce sont les Préfaces et Manifestes littéraires, un livre qui sent la poudre, un carnet ramassé sur un champ de bataille contenant les notes des combats livrés, des défaites et des victoires, des courageuses escarmouches d'avant-poste, persévérantes, renouvelées, — résumé grandiose et singulièrement éloquent de la vie littéraire des deux novateurs, Edmond et Jules de Goncourt.

Dans l'intervalle, entre les livres qui ont paru et ceux qu'il élabore lentement avec sa conscience habituelle, Edmond de Goncourt tente la redoutable aventure du théâtre, pris de ce désir, de ce besoin de bataille qui lui vient peut-être de son père, de son oncle, les officiers de la grande Armée et qu'expliquerait aussi son nom de Goncourt, Gundcurtis, un vieux nom germain signifiant, suivant Lorédan Larchey, combattant, guerrier \. Il donne à l'Odéon, en décembre 1888, une pièce tirée de Germinie Lacer t eux, pièce qui deviendra centenaire, pièce qu'on reprendra, malgré une presse épouvantable, une critique déchaînée et furieuse.

Il se reposera ensuite des émotions du combat, émotions qu'il goûtera de nouveau en 1896 avec Manette Salomon, au Vaudeville, avec cette petite pièce satirique jouée en 1893 au Théâtre libre A bas le progrès! sans parler des pièces tirées de ses œuvres par des lettrés, des admirateurs, des disciples, Sœur Philomène, Charles Demailly, Les frères Zemganno, etc., en faisant paraître (1891) Outumaro, la première étude complète donnée en France sur les merveilles de l'art japonais au xvmc siècle, que complétera (1896) son volume sur Hokousai; et c'est en 1894 un curieux volume illustré, Vltalie d'hier.

Mais si ces derniers livres ne rencontraient pas d'ennemis, il n'en était pas de même de la publication régulière qu'il faisait du Journal des Goncourt, mémoires de la vie littéraire, publication qui ne devait d'abord avoir lieu que vingt ans après sa mort, et qu'il se décidait à donner, en partie du moins, de son vivant, dès 1887, ces Mémoires allant de 1851 à nos jours.

i. Journal des Goncourt (1885-1888), t. VII, p. 162.

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