L APPROCHE DE LA MORT
Et c'est la fin, l'expiation du crime.
La chambre rayonnait. Midi l'emplissait de chaleur et de clarté. Auprès du lit, sur une petite table arrangée en autel et couverte d'un linge, deux bougies brûlaient, dont les flammes palpitaient dans le jour d'or. Un silence de prière, coupé de sanglots, laissait entendre derrière la porte le pas lourd d'un prêtre de campagne s'éloignant. Puis tout se tut, et les larmes s'arrêtèrent tout à coup autour de la mourante, suspendues par un miracle de l'agonie.
En quelques minutes, la maladie, les signes et l'anxiété de la souffrance s'étaient effacés sur la figure amaigrie de Renée. Une beauté d'extase et de suprême délivrance, devant laquelle son père, sa mère, son ami étaient tombés à genoux. La douceur, la paix d'un ravissement était descendue sur elle. Un rêve semblait mollement renverser sa tête sur les oreillers. Ses yeux grands ouverts, tournés en haut, paraissaient s'emplir d'infini: son regard, peu à peu, prenait la fixité des choses éternelles.
De tous ses traits se levait comme une aspiration bienheureuse. Un reste de vie, un dernier souffle tremblait au bord de sa bouche endormie, entr'ouverte et souriante. Son teint était devenu blanc. Une pâleur argentée donnait à sa peau, donnait à son front une mate splendeur. On eût dit qu'elle touchait
déjà de la tète un autre jour que le nôtre : la Mort s'approchait d'elle comme une lumière.
C'était la transfiguration de ces maladies de cœur qui ensevelissent les mourantes dans la beauté de leur âme, et emportent au ciel le visage des jeunes mortes!
Germinie Lacerteux.
C'est la première fois que dans le roman on a osé étudier la vie des humbles, des misérables dans leur nature intime, et su analyser la dégradation progressive d'un être vulgaire, en intéressant à ses souffrances. Aussi cette œuvre est-elle d'une importance capitale au point de vue de l'histoire littéraire contemporaine.
Germinie, bonne chez M1Ie de Varandeuil, adore sa maîtresse, une vieille fille de haute noblesse, très originale.