INTRODUCTION IX
C'est de la frontière douloureuse, là bas vers l'Est héroïque et patriote, de Bourmont sur la Meuse, dans l'ancien petit pays de Bassigny-en-Barrois, près des Monts Faucilles, des marches de Lorraine, pas bien loin de Domrémy, de Vaucouleurs, de l'Argonne, des Vosges, de cette terre des nobles souvenirs et des grandes actions que vient la famille des Concourt.
Le premier titulaire de la seigneurie qui leur donna ce nom fut leur arrière-grand- père, messire Antoine Huot de Goncourt, dont le prénom se transmettra ensuite d'ainé en aine comme un legs pieux. Leur grand-père, né à Bourmont, est ce Jean-Antoine Huot de Goncourt, député à la Constituante, dont nous trouvons un croquis si original dans le premier volume du Journal des Goncourt *, et qui eut deux fils, tous deux officiers, tous deux lancés dans le tourbillon terrible des batailles de l'Empire, de la manière la plus active et la plus brillante.
Mais tandis que l'ainé, Pierre-Antoine-Yictor, ayant demandé sa retraite en 1810, puis ayant repris du service lors de l'invasion, était nommé plus tard député de l'Assemblée nationale de 1848 et de l'Assemblée législative, qu'il ne quittait qu'au coup d'État de 1851, le second, Marc -Pierre, chef d'escadron et officier de la Légion d'honneur en 1813, marqué pour le plus bel avenir militaire, voyait à vingt-huit ans sa carrière brisée par le désastre de Waterloo.
En juin 1821, Marc-Pierre, qui avait fixé sa résidence à Paris, épousait une Parisienne, Annette-Cécile Guérin; pris d'une velléité de vie provinciale, peut-être aussi pour se rapprocher d'amis qu'il possédait dans l'état-major de l'armée, il avait momentanément quitté la capitale et habitait rue des Carmes à Nancy, la vieille capitale des ducs de Lorraine, lorsque le 26 mai 1822 naquit son premier enfant, un fils, Edmond-Louis-Antoine Huot de Goncourt, celui qui devait survivre à tous les siens et rester l'unique héritier, le seul représentant du nom des Goncourt.
Presque aussitôt la famille revient s'établir à Paris,