X INTRODUCTION
22, rue Pinon, comme s'appelait alors la rue Rossini; une première fille y meurt, toute petite; une seconde, née en 1827, Emilie, est cette petite Lili, morte du choléra en 1832, sur les genoux de son frère, ainsi que le raconte une page navrante et apitoyée de la Maison d'un artiste1; et le 17 décembre 1830 nait le deuxième fils, celui qui allait partir le premier, Jules-Alfred Huot de Goncourt.
Un livre minutieux, précis et très complet de notre confrère Alidor Delzant 2, consacré entièrement aux Goncourt, nous fournit tous ces détails et suit l'existence des deux frères en quelque sorte jour par jour, en s'aidant de pièces communiquées par le survivant et de renseignements puisés à cette source intarissable, les œuvres d'Edmond et de Jules de Goncourt, surtout leurs mémoires, ce Journal précieux, dont le neuvième et dernier volume a paru cette année.
C'est donc en nous aidant à la fois de cette étude très étendue et des nouveaux documents mis à notre disposition par les volumes publiés depuis 1889 par Edmond de Goncourt que nous pouvons donner un rapide aperçu de leur vie et de leurs travaux.
Leur père mort, en 1834, c'est leur mère qui les élève, se consacrant entièrement à eux, et Edmond placé dans la pension Goubaux, où fut aussi Alexandre Dumas fils, elle concentre tout son dévouement, tous ses soins sur Jules, dont la santé était délicate, moins robuste que celle de son frère, comme si, nerveuse plante parisienne, il ne dût pas montrer la résistance, la vigueur de l'aîné, vigueur puisée en pleine terre lorraine.
Et la différence entre eux, ces deux frères si unis, se comprenant et se complétant si admirablement, vient peut-être en effet de ce que l'un est né à Paris, tandis que l'autre était né à Nancy, — cette origine donnant à l'ainé son sérieux, son calme un peu triste, sa haute stature, avec cette prestance qui le fait ressembler à quelque beau cavalier de la maison de Lorraine, quand le plus jeune, un être de grâce 3, de taille plus petite, très gai, très remuant, plein d'esprit et de vivacité, au visage dont on aurait dit
1. La Maison d'un artiste, -par Edmond de Goncourt, t. II, p. 199.
2. Les Goncourt, par Alidor Delzant, 1889. Paris, Charpentier et C,e.
3. Les frères Zemganno, par Edmond de Goncourt, 1879, p. 74 et 199.